CINQUIÈME PARTIE. — >; Il
et il L'employa à prier Dieu qu'il lui fît la grâce de le 'retirer du monde, ce qu'il obtint ; de sorte que ceux qui vinrent le lendemain pour le consacrer, le trouvèrent mort1. Saint Ambroise passa à des extrémités étranges pour n'être pas évèque. Saint Grégoire de Nazianze prU la fuite, ayant été ordonné par force. Saint Augustin fut aussi présenté par force pour être promu à l'épiscopat. Durant les cérémonies de son ordination, il pleurait ;"i chaudes larmes de se voir élever à cette sainte dignité, parce qu'il s'en estimait indigne et incapable. 11 y en a un grand nombre d'autres qui ont eu les mêmes sentiments, et qui ont résisté fortement à leur ordination.
Or d'où vient que ces Saints ont tant redouté ce que la plupart des ecclésiastiques de maintenant désirent avec tant de passion ? C'est que ceux-là cheminaient dans la lumière, et ceux-ci marchent dans les ténèbres. Ceux-là étaient animés de l'esprit de Dieu, et ceux-ci sont possédés de l'esprit du monde. Ceux-là ne voyaient que les difficultés, les périls et les précipices qui se rencontrent dans les dignités ecclésiastiques, et ceux-ci n'y regardent que l'honneur, l'éclat et les commodités temporelles. Ceux-là, sachant bien qu'il n'y a rien destable ni de solide en la terre, voulaient faire leur établissement dans le ciel, et ceux-ci veulent faire leur fortune en la terre, sans se soucier des biens éternels qui sont au ciel : Pro nihilo habuerunt terram dcsidcrabilem'1 . Ceux-làétaient remplis de la connaissance de leur indignité, faiblesse et incapacité ; ceux-ci sont pleins d'ambition et de présomption. Ceux-là tremblaient lorsqu'on leur voulait imposer un fardeau qui est formidable aux épaules mêmes des Anges ; ceux-ci, par un prodigieux aveuglement, le regardent comme le dernier point de leur félicité. Ceux-là craignaient d'être élevés aux charges de l'Église, même avec la vocation de Dieu, parce que Judas, choisi et ap-
; Niceph. lib. 13, cap. 17. — 2 Ps. CV, 24.
pelé du Fils de Dieu à l'apostolat, n'avait pas laissé de s'y damner; ceux-ci sont assez hardis pour n'appréhender ni l'enfer, ni la damnation, et assez impies, pour ne se -soucier de la vocation de Dieu, préférant celle du monde, de la chair et du diable. Ceux-là ont suivi la voie *de Jésus Christ, le souverain Prêtre, laquelle les a conduits dans le ciel ; ceux-ci marchent par le chemin que le plus méchant de tous les prêtres, qui est Judas, leur a montré, lequel les mène dans l'enfer, qui #est tout pavé de prêtres et de pasteurs damnés, ou faute de vocation, ou pour n'y avoir pas été fidèles.
Regardez lequel de ces deux partis vous voulez embrasser. Si vous désirez suivre Jésus-Christ et tous les saints prêtres, renoncez de tout votre cœur à l'esprit qui possède et qui conduit les autres. Détes-tez cette passion déréglée qu'ils ont au regard des bénéfices. Sitôt que'vous sentirez naître dans votre cœur quelque désir ou inclination qui votre .portera de ce côté-là, ayez soin de bonne heure de l'étouffer entièrement, demeurant dans une sainte indifférence atout ce qu'il plaira à Dieu ordonner de vous. Prenez une forte résolution de ne plaider jamais pour des bénéfices, et de n'en prendre aucun, spécialement à charge d'âmes, que vous ne soyez certain que Dieu vous y appelle, et par une connaissance si claire qu'il vous soit impossible d'en douter.
Pour vous disposera connaître la très adorable volonté de Dieu en cette occasion, vous devez premièrement faire les sept choses qui sont marquées dans le second point de la méditation qui est sur le choix de la première vocation on condition1. Après cela, considérez attentivement les choses suivantes, dans lesquelles vous verrez
1 Ici encore le P. Eudes renvoie à la méditation sur la vocation en général. Cf. Entretiens intérieurs, Œuvres, tome h, p. 192.