CINQUIÈME PARTIE. — § X
plus purs que les Anges, plus lumineux que les Chérubins et plus embrasés de l'amour divin que les Séraphins. Ils doivent être Lucernse ardentes etlucentes1, pour éclairer, pour enflammer les autres de la lumière et du feu «lu ciel.
Être Prêtre, c'est être un Dieu visible sur la terre. Tous les chrétiens sont appelés Dieux dans la divine parole : Ego dixi : DU estis', mais les Prêtres et spécialement les Pasteurs portent ce nom et sont Dieux en un degré beaucoup plus éminent que les chrétiens.
Ce sont des Dieux en puissance et en dignité ; car ils sont revêtus de la puissance de Dieu et d'une puissance infinie. N'est-ce pas l'effet d'une puissance infinie, que de former un Dieu dans le très saint Sacrement, de le former aussi dans les cœurs des chrétiens, de donner le Saint-Esprit aux âmes, d'effacer le péché et de communiquer la grâce ?
Dieu communique sa divine puissance aux Prêtres d'une manière si admirable, qu'ils peuvent faire avec lui tout ce qu'il fait de plus grand.
Dieu a créé le monde, et il en peut créer une infinité d'autres. Et n'a-t-il pas donné le pouvoir aux Prêtres de produire et former Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie, qui vaut mieux qu'une inlinité de mondes ?
Le plus grand effet de la puissance du Père, c'est de produire son Fils unique dans son sein paternel, et de nous le donner par l'Incarnation.
La plus grande chose que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait faite en ce monde et qu'il fera jamais, c'est de s'être immolé soi-même en la croix, et de se sacrifier encore continuellement comme il fait à la gloire de son Père. Le plus grand œuvre du Saint-Esprit, c'est d'avoir formé le corps personnel de Jésus-Christ dans les sacrées entrailles de sa très sainte Mère, d'avoir formé son corps
1 Joan. V, 35. — '- Joan. X, 34.
mystique, qui est son Église, et d'appliquer aux âmes les fruits de son sang et de sa mort.
Or Dieu u'a-t-il pas donné tous ces pouvoirs aux Prêtres ? N'est-ce pas leur emploi ordinaire que de former le corps personnel et le corps mystique du Fils de Dieu ; de distribuer aux fidèles son corps, son sang, son Esprit, ses mystères et ses grâces ; de le sacrifier tous les jours au Père éternel, et d'appliquer aux âmes son précieux sang et les fruits de ses travaux et de sa mort? 0 puissance admirable des Prêtres ! Certainement un chacun d'eux peut bien dire avec Jésus-Christ, le souverain Prêtre : Data est mihi omnis potestas in cielo et in terra1: « Toute puissance m'a été donnée auciel,enlaterreet sur l'enfer. » Au ciel, car ils peuvent le fermer et l'ouvrir ; sur l'enfer, car ils peuvent chasser les puissances infernales des corps et des âmes ; en la terre, car ils y ont pouvoir sur le corps mystique et sur le corps personnel de Jésus-Christ, qui est assujéti à leur puissance et qui obéit exactement à leur voix ; de sorte qu'on peut dire avec vérité : Et est subditus Mis'1.
Et ainsi les Prêtres sont des Dieux en puissance, en autorité et en dignité. 0 puissance, û dignité du sacerdoce, qui surpasse incomparablement toutes les puissances et toutes les dignités de la terre et même du ciel, après la dignité ineffable de Mère de Dieu !
Rendons grâces infinies à son infinie bonté de nous avoir élevés à un état si noble et si saint ; et considérons que, comme les Prêtres sont revêtus de la puissance et de l'autorité de Dieu, ils doivent aussi être revêtus de la sainteté de Dieu, de son amour, de sa charité et de ses autres divines perfections, autant qu'il est possible. Et c'est à eux principalement que s'adressent ces paroles du Saint-Esprit : Induite vos sicut electi Dei, sancti et dilecti, viscera misericordùe, benignitatem, humilitatem,
1 Matth. XXVIII, 18. — * Luc. II, 51.