Le zèle du Prêtre pour le salut des âmes
Le culte divin n'est pas l'unique fonction du prêtre : il doit aussi travailler au salut des âmes. Le P. Eudes le savait. « Après l'incomparable Xavier, dit le P. Ilérambourg, il n'est peut-être personne, du moins au XVII0 siècle, qui ait porté plus
1 Ibid. Saint Vincent de Paul pe pouvait souffrir non pins t|ii'un ecclésiastique laissai à un Laïque l'honneur de servir la sainte inesse, « car, disait-il, n'ayant droit de le faire qu'en cas de nécessité, c'est un sujet de honte à un ecclésiastique qui a le caractère pour le service des autels, qu'en sa présence ceux qui ne l'uni pas fassent son office ».Ahelly,' Vie de saint Vincent de Paul, tom. 3, p. lO.'i. Edit. Dumoulin. Paris. 1881. Cf. Bérulle, Reniement de l'Oratoire, Du service de la sainte messe. Migne. col 1646.
INTRODUCTION Ll.\
loin le zèle pour la gloire' de Dieu elle salul des âmes1. »
« Je me sens, disait-il lui-même, une si forte inclination de travailler an saint des âmes, que je renoncerais volontiers à toute la gloire du paradis, des Anges et des Saints, et même de la très sainte Vierge, et que je quitterais* sans peine le ciel, si j'y étais, pour revenir sur la terre afin d'aider au salut d'une pauvre a me2. »
Dans un pèlerinage qu'il fit à l'abbaye de Clairvaux en 1665, il se prit à envier le bonheur des religieux qui y vivaient dans une séparation absolue du monde et une union constante avec Dieu. Vivement frappé de la sécurité de ces heureux solitaires, et des responsabilités énormes qu'entraîne la vie apostolique qu'il menait depuis tant d'années, la pensée lui vint de se fixer au milieu d'eux pour s'adonner à la contemplation qui l'attirait. Mais bientôt, en songeant aux âmes qui avaient besoin de son ministère, il écarta ce dessein comme une tentation : « Je crains, se dit-il, de ne pas faire un assez saint usage des talents que Dieu m'a confiés pour travailler au salut des âmes ; mais si j'abandonnais tout pour me retirer dans une solitude, ne serait-ce pas enfouir le talent? Si j'abandonnais les missions pour me retirer en religion, en serais-je quitte pour dire que je craignais de me perdre ? N'est-ce pas la réponse même de ce serviteur paresseux qui fut traité par son maître avec tant de rigueur ? Ne méritera is-je pas avec justice le même châtiment 3 ? »
Après cela, on ne sera pas surpris de voir le P. Eudes insister sur l'obligation qu'a le prêtre de
1 Hérambourg, Vertus du P. lùale.s, ch. XXIII.
- Hérambourg, 1. c,
3 Martine, Vie du PI Eudes, II, p. 113.
travailler au salut des âmes'. Il y revient à chaque instant, et il le fait avec une hauteur de vues et une force de conviction que Ton rencontre rarement. C'est par ce côté peut-être que ses livres sur la vie ecclésiastique se distinguent le plus des ouvrages analogues qui parurent au XVII0 siècle. Un bon nombre prêchent plutôt ïa sainteté que le zèle. C'est le cas, par exemple, du Traite des saints Ordres de M. Olier. D'autres, il est vrai, traitent du zèle assez longuement ; mais, sans vouloir déprécier leur mérite, nous croyons pouvoir affirmer .qu'on y chercherait vainement les accents enflammés que l'amour des âmes a inspirés au P. Eudes.
Convaincu que le salut des âmes est la raison d'être du sacerdoce, le Vénérable ne comprenait pas qu'on s'y engageât pour faire son salut, comme il l'entendait dire quelquefois : « Sachez, mon frère, dit-il, que quand vous entrez dans l'état du sacerdoce, votre salut doit être tout fait, et que vous devez y entrer pour travailler au salut des autres. Car TatTaire de votre salut doit être en si bon état,*et vous devez être si saint, que vous soyez capable avec la grâce de Dieu de sauver et de sanctifier les autres2. »
Aussi le P.Eudes se plaisait-il à rappeler aux prêtres la qualité de sauveurs du mondé que Jésus-Christ leur a communiquée. «.Vous êtes, leur dit-il dans le. Mémorial, les. sauveurs du monde, que le grand Sau-' veur a laissés ici-bas en sa place, pour y continuer
' Cf. Mémorial de la rie ecclésiastique, passim. : Manuel pour une Communauté ecclésiastique, passim. ; Le Bon Confesseur, eh. 2; Constitutions de la Congrégation de Jésus et Marie 48 part., eh. 9 : Royaume de Jésus, 2 pari., n. XXXVII : Constitutions des Religieuses de Noire-Dame de Charité, 1' constitution ; Régula- Conf/rer/ationis Jesu et Mariée, 1" part., ch. 4, etc..
3 Le lion Confesseur, ch. 2.
et y accomplir l'œuvre de la rédemption de l'univers. Aussi a-t-il voulu que vous portiez le nom de sauveurs dans les Ecritures, car c'est des prêtres, et spécialement des premiers, qu'il est fait mention en ces paroles du prophète Abdias : Ascendent salvatores in montem Sion1. Et Clément Alexandrin ne l'ait pas difficulté de leur donner la qualité de rédempteurs*. »
Pour allumer la flamme du zèle dans le cœur des prêtres, le P. Eudes s'attacha à en montrer l'excellence. C'est surtout dans le Bon Confesseur qu'il l'a fait. 11 y a consacré un long chapitre, où il montre avec complaisance qu'il n'y a rien de plus grand ni de plus divin que de travailler à sauver les âmes. C'est là, dit-il, le grand œuvre de Dieu, de Jésus- Christ, de Marie, de l'Eglise, des Anges et des Saints. N'est-ce pas pour cela, en effet, que Dieu a créé le monde? N'est-ce pas la raison d'être de l'Incarnation et de la Rédemption, de la vie et de la mort de Jésus-Christ ? N'est-ce pas pour cela que l'église a été instituée et qu'elle a reçu mission de prêcher la doctrine du salut, d'administrer les sacrements et de perpétuer le sacrifice de la croix ? N'est-ce pas là le but du ministère que les Anges exercent auprès des hommes? Aussi le Vénérable ajoutc-t-il que nous ne pouvons rien faire qui soit plus agréable à Dieu ni plus utile au prochain. Le jeûne, l'aumône, l'oraison, le martyre même ne valent pas les efforts que l'on fait pour sauver une âme. A l'appui de cette assertion, il apporte, entre autres preuves, cette belle parole de sainte Thérèse : «. 0 mon Jésus, que l'amour que vous avez pour les enfants des hommes est admirable, puisque le plus grand ser-
Abdias, cap. unie, v. 21.
1 Mémorial, chapitre préliminaire.
L\|i LE MEMO MAL
vice qu'on puisse vous rendre, c'est de vous abandonner (c'est-à-dire de quitter l'oraison) pour l'amour d'eux, et pour procurer leur salut l. » Et un peu plus loin il rappelle que cette grande sainte portait plus d'envie à ceux qui se dépensent pour le salut des Ames qu'aux martyrs2.
Il faut lire dans le Bon Confesseur les pages admirables que le Vénérable a consacrées au développement de ces pensées : elles comptent certainement parmi les plus belles qui soient sorties de sa plume. Elles ne sont d'ailleurs que le magnifique commentaire de cette parole de saint Denys l'Aréopagite, que le P. Eudes aimait à citer : La plus divine des œuvres divines, c'est de coopérer avec Dieu au salut des Ames : Omnium divinorum divinissimimi est coopéra/'/ Deo in salut nu ani?narûms.
Pour stimuler le zèle des prêtres, le Vénérable leur montrait aussi la rage avec laquelle le démon s'acharne à la perte des âmes : « Aurons-nous moins d'amour pour les Ames de nos frères, disait-il, que cet enragé en a contre elles? Ferons-nous paraître moins de ferveur pour leur salut, qu'il exerce de fureur pour leur perdition ? Si la rage dont il est rempli contre elles lui fait estimer les milliers d'années, durant lesquels il lui est permis de s'efforcer de les perdre, un temps fort modique, avec quelle ardeur devons-nous employer les moments de cette vie qui passe comme une ombre, pour aider à sauver des Ames pour la moindre desquelles le Fils de Dieu a sacrifié une vie de trente-trois ans, dont un mo-
1 Exclamations, 2.
' Le Bon Confesseur, eh. 2, sect. 5.
;1 Bon Confesseur, 1. c. : Mémorial, 1' part.. Qualités d'nn bon pasteur: Constitutions de ta Congrégation de Jésus et Marie, 4* part., ch. 9 : ('(institutions des Religieuses de Noire-Dame de Charité, !• constitution., etc.
ment vaut mieux que dix mille éternités des hommes et des Anges ' ! »
a Ayons pitié, disait-il encore, de tant d'àmes qui périssent tous les jours, créées à L'image de Dieu, rachetées du précieux sang- de son Fils, et qui sont 1rs Ames de nos frères et de nos sœurs. Ayons pitié de tant de travaux que notre Sauveur a portés pour elles ; ayons pitié de tant de plaies qu'il a reçues et de lant de douleurs qu'il a endurées ; ayons pitié de tant de larmes qu'il a versées et de tant de sang qu'il a répandu ; ayons compassion d'une mort si honteuse et si cruelle qu'il a soufferte pour leur salut ; ayons compassion aussi des larmes de sa très sainte Mère et des angoisses inconcevables dont son Cœur maternel a été rempli pour le même sujet. Ne passons aucun jour sans faire du bien à quelque âme2. »
« 0 mon Sauveur, ajoutait-il, quand sera-ce que ces divines paroles de votre sacrée Mère seront accomplies : Esurientes implevit bonis,, et divites dimisit inanes ? 0 très sainte Mère de Dieu, quand serace que l'on verra l'accomplissement de votre grande prophétie ? Quand sera-ce que les démons seront dépouillés des richesses immenses qu'ils possèdent et qu'ils ont dérobées à votre Fils bien-aimé ? Quand sera-ce que la faim extrême que vos enfants ont du salut des âmes sera rassasiée ? Oh ! que toutes les créatures de la terre et du ciel se prosternent avec vous devant le trône de la divine Miséricorde pour obtenir cette grande grâce3 l »
Animé de pareils sentiments, le P. Eudes ne pouvait comprendre qu'un prêtre restât insensible à la perte des âmes, lui qui a pour mission de les sau-
1 Le Bon Confeseur, 1. c.
5 Ibid.
» Ibid., ch. 2, sec. 3.
ver. « Oh ! que nous sommes coupables, s'écriait-il, si au lieu de chercher la seule gloire de Dieu et le salut des âmes, nous courons après la gloire du monde et après nos intérêts particuliers ' ! »
Il aurait voulu que les ministres de Jésus-Christ apportassent la même générosité que le divin Maître à travailler au salut des âmes, et à plusieurs reprises, dans le Mémorial comme dans le Bon Confesseur, il les presse de s'y dévouer sans réserve.
« Un bon pasteur, dit-il, est un autre Jésus-Christ qui, à l'imitation du Sauveur, emploie tout son esprit, son cœur, ses affections, ses forces, son temps, son bien, et est toujours prêt de donner son sang et de sacrifier sa vie, pour procurer le salut des âmes que Dieu lui a commises2. »
« C'est, ajoute-t-il, une vive image de Jésus-Christ en ce monde, et de Jésus-Christ veillant, priant, prêchant, catéchisant., travaillant, suant, pleurant, allant de ville en ville et de village en village, souffrant, agonisant, mourant et se sacrifiant soimême pour le salut des âmes3. »
« Père du peuple de Dieu », le prêtre devrait « travailler sans cesse » à le « nourrir du pain de la parole sacrée » et à le « revêtir de Jésus-Christ » par l'administration des sacrements. « Capitaine de l'armée de Dieu », il devrait « avoir toujours les armes à la main et combattre perpétuellement contre ses ennemis » pour lui gagner des âmes qui sont pour lui autant de royaumes. Epoux de l'Eglise de Jésus-Christ, il ne devrait songer jour et nuit qu'à trouver toutes sortes de moyens de l'embellir et de l'enrichir » pour la « rendre digne de l'Epoux céleste4. »
1 Mémorial, chapitre préliminaire.
2 Mémorial, 1° part. Les qualités d'un bon pasteur.
3 Mémorial, 1. c.
4 Mémorial, 1. c.
• Voilà comment le P. Eudes entendait la pratique du zèle.
11 ne pouvait souffrir qu'un prêtre, dont le temps est si précieux, vécût dans une oisiveté stérile, ou perdit son temps en de frivoles occupations. Dans les Constitutions qu'il donna à sa Congrégation, il eut grand soin de prémunir ses enfants contre ces défauts malheureusement trop communs. « La Congrégation étant établie pour travailler au salut des âmes, tous ses enfants, dit-il, repasseront souvent par leur esprit qu'ils n'y sont pas venus pour y mener une vie oisive, ni pour y chercher leurs intérêts «t satisfactions, mais pour y coopérer avec Dieu à ce grand œuvre qui est l'œuvre des œuvres et la plus divine des choses. divines '. »
Ailleurs il invite ses prêtres à imiter la vie laborieuse de Jésus et de Marie « en fuyant l'oisiveté et l'inutilité, et en s'occupant toujours à quelque exercice qui soit utile pour eux-mêmes ou pour le prochain 2. »
« On fuira l'oisiveté, dit-il encore, comme la source de tout mal, et pour cet effet, hors les heures de la conversation, on ne perdra point le temps en des entretiens inutiles ou en d'autres amusements et occupations frivoles 3. »
Dans le Mémorial, le Vénérable donne le même conseil à tous les prêtres. « Craignez, leur dit-il, que l'arrêt qui a été prononcé contre le serviteur inutile, en ces termes : Servum inutilehi projîcite in tenebras exteriore$w, ne soit fulminé contre vous. Et afin que «ela ne soit pas, fuyez l'oisiveté comme une peste et
' Constitutions de la Congrégation de Jésus el Marie, 4° pari. -•h. 9.
- Constitutions, Ie part., eh. 4.
3 Constitutions, 2e part., ch. 1.
* Mutth.XXW 30.
LVVI LE MEMOKIAL I
comme la more de tous les vices. Et pour n'y pas' tomber, réglez et occupez votre temps par la prière*, par l'étude, parles exercices de charité ou par quelque honuètc occupation, et considérez qu'il n'y a point de gens qui soient obligés de b'ien employer leur temps, comme les prêtres, parce qu'ils sont chargés des affaires les plus importantes de la terre et du ciel, qui sont les affaires de la gloire de Dieu et du salut des âmes1 ».
Le P. Eudes poussait si loin l'ameur des âmes qu'il regrettait parfois de voir tant de prêtres 'consacrer à se perfectionner dans les sciences un temps qui aurait pu être employé avec plus de fruit, pensait-il, à l'évangélisation et à la conversion du peuple. Non qu'il Fût l'ennemi de l'étude. Les livres qu'il nous a laissés montrent en^lui une connaissance approfondie des sciences ecclésiastiques. Quelques-uns même, le Cœur admirable par exemple, témoignent d'une érudition considérable et supposent de longues recherches. En exposant ses idées sur la prédication et l'administration du sacrement de pénitence, nous verrons qu'il demandait aux prêtres de se préparer au saint ministère par
1 Mémorial, 2* part., n. 9. Le P. de Bérulle et M. Olier ont également mis les prêtres en garde contre l'oisiveté et l'inutilité. « 11 serait à propos, disait M. de Bérulle, d'ériger une congrégation d'ecclésiastiques, en laquelle il y eût pauvreté en l'usage contre le luxe, vœu de ne rechercher aucun bénéfice ou dignité contre l'ambition. vœu de s'employer aux fonctions ecclésiastiques contre l'inutilité. » Esquisse de l'Oratoire, ms. cité par le P. Boulay, Vie du P. Eudes, tome I, appendice, p. 19. « L'oisiveté, dit encore le P. de Bérulle doit être soigneusement bannie (de l'Oratoire) comme indigne non seulement d'un ecclésiastique réglé et retiré, mais d'un chrétien. » Œuvres de piété, GXCI1I. Migne, col. 1274. « 11 ne doit point y avoir de moments oisifs et inutiles dans la vie d'un prêtre, dit à son tour M. Olier, et il ne faut pas qu'il s'occupe de lui-même, ni qu'il recherche de satisfaction sensible dans les douceurs du divin amour. » Traité des saints Ordres, 3e pari., eh. 6. Cf. Manning, Le Sacerdoce éternel, ch. 10, La valeur du tennis d'un prêtre.
INTRODUCTION I.XVIl
un travail aussi sérieux qu'assidu. Mais il eût voulu que l'étude fût pour eux un moyen de se mettre à même de travailler au salut des àmcs, et qu'ils ne s'y appliquassent jamais par pur amour de la science.* C'est dans ce sens que, durant une mission qu'il prêchait à Vasteville1 en M'ùWK attristé de voir les pénitents se presser en foule autour des confessionnaux et attendre des jours entiers sans pouvoir se confesser, il écrivait à l'un de ses enfants : « Que font à Paris tant de docteurs et tant de bacheliers, pendant que les Ames périssent par milliers, faute de personnes qui leur tendent la main pour les retirer de la perdition et les préserver du feu éternel? Certainement, si je me croyais, je m'en irais à Paris, crier dans la Sorbonne et les autres collèges : Au feu! au feu de l'enfer qui embrase tout l'univers! Venez, messieurs les docteurs ; venez, messieurs les bacheliers ; venez, messieurs les abbés ; venez, messieurs les ecclésiastiques, nous aider à l'éteindre - ! »
1 Paroisse du diocèse de Goutances, à trois lieues de Cherbourg.
2 Dans sa première encyclique, le Pape Pie X, s'adressant aux Évèques du momie catholique, leur disait : » Que les nouveaux prêtres, qui sortent du séminaire, n'échappent pas pour cela aux sollicitudes de votre zèle. Pressez-Jes, Nous vous le recommandons du plus profond de notre âme, pressèzdes souvent sur votre cœur qui doit brûler d'un feu céleste : réchauffez-les, enflammez-les, afin qu'ils n'aspirent plus qu'à Dieu et à la conquête des âmes... Ce n'est pas que nous ne jugions ces jeunes prêtres dignes d'éloges, ' qui>se consacrent à d'utiles études dans toutes les branches de la science, et se préparent ainsi à mieux défendre la vérité... Nous ne pouvons néanmoins le dissimuler, et nous le déclarons même très ouvertement, Nos préférences sont et seront toujours pour ceux qui. sans négliger les sciences ecclésiastiques et profanes, se vouent plus particulièrement au bien des âmes dans l'exercice des divers ministères qui siéent au prêtre animé de zèle pour l'honneur divin. » Voilà des sentiments qui ne diffèrent guère de ceux du P. Eudes. Déjà Léon Xlll avait écrit dans le même sens : « Les élèves des séminaires, mettant à profit un temps précieux dans une parfaite tranquillité d'âme, pourront se renfermer entièrement dans ces études qui les rendront mûrs pour les grands devoirs du
LWIII LE MEMORIAL
Cependant c'esl surtout aux pasteurs et aux missionnaires que le P. Eudes voulait inspirer un zèle ardent pour le salut des âmes. Dans le Mémorial comme dans le Bon Cohfesseur, il leur rappelle souvent qu'ils auront à rendre compte au tribunal de Dieu de toutes les âmes qui leur sont confiées, et qu'ils répondront de celles qui seront perdues par leur négligence et leur inertie. Saint Grégoire le Grand disait aux prêtres de son temps que c'est tuer les âmes que de les laisser périr par un lâche silence : Tôt occidimus quot ad momem ire tepidiet tàcentes videmus1. Parole terrible que le Vénérable cite souvent pour arracher à leur torpeur les pasteurs sans zèle et sans courage2. «
Le P. Eudes d'ailleurs a soind'indiquer aux prêtres, et surtout aux pasteurs, les moyens à employer pour exercer autour d'eux un zèle fructueux. Dans le Mémorial comme dans le Bon Co?ifeÈseur, il insiste particulièrement sur le bon exemple qu'ils doivent donner aux fidèles, et sur l'application qu'ils doivent apporter à connaître lésâmes qui leur sont confiées, à veiller sur leurs besoins, à les instruire et à les' exhorter au bien, à réprimer les abus et les vices, à faire respecter les lieux saints, à visiter les écoles, les pauvres, les malades, enlin à administrer les sacrements 3.
Le Vénérable avait une tendresse toute spéciale pour les misères spirituelles et corporelles de l'hu-
sacerdoce, pour le ministère de la prédication et des confessions. Qu'on réfléchisse combien est grave la responsabilité des prêtres qui négligent de prêter leur concours personnel à l'exercice de ces saints ministères, alors que le peuple en a un tel* besoin. » Encyclique aux Évêques d'Italie, 12 décembre 1902.
' Hom. 17.
1 Mémorial. Ie part.. Les qualités d'un bon pasteur.
* Mémorial, 2' part., n. 12, sq.; Bon Confesseur, ch. 2, sect. 4, etc.
INTRODUCTION i.\l\
manité, et il ne manque jamais l'occasion de recommander aux prêtres de témoigner aux pécheurs et à tous les malheureux une grande compassion et une charité sans bornes: « On se souviendra, dit-il, que Dieu recommande tant et si souvent, dans les divines Ecritures, les orphelins, les veuves, les étrangers et tous les pauvres ; à raison de quoi on s'efforcera d'exercer la charité vers toutes ces personnes en toutes manières, autant qu'il sera possible ; conversant plus volontiers avec les pauvres qu'avec les riches ; étant plus prompts à les visiter dans leurs maladies et leurs afflictions, et à se rendre au confessionnal quand on y sera demandé par eux ; et traitant avec eux en toute occasion avec un cœur plein d'amour et de respect vers Notre-Seigneur que l'on doit regarder en eux1. »
Voilà le zèle tel que le P. Eudes le concevait et le pratiquait. Ses ouvrages ont certainement contribué, aussi bien que ses exemples, à en raviver la flamme dans le clergé de son temps. Ils peuvent nous rendre le même service en ces jours difficiles où plus que jamais l'Eglise a besoin de prêtres zélés, et c'est pour cela que nous les offrons de nouveau au clergé français et surtout aux enfants du Vénérable.
1 Constitutions de la Congrégation de Jésus et Marie, 1° part, ch., 6. Cf. Mémorial, 1. c. : Bon Confesseur, 1. c".