CINQUIÈME PARTIE. — § XVII
n'est autre chose qu'une continuation des sentiments d'amour, de respect, de soumission, que son Fils Jésus a eus au regard d'elle pendant qu'il était en ce monde. Adorez ces sentiments dans le divin Cœur de Jésus, et vous donnez à lui pour y entrer. Car, comme il nous a associés avec lui en sa qualité de Fils de Marie, il a un très grand désir aussi de nous rendre participants des sentiments et dispositions qu'il a portées dans son Cœur au regard d'une telle Mère. Priez-le donc qu'il vous les grave dans le vôtre, afin que vous l'aimiez et honoriez avec lui comme votre Mère, et que vous lui rendiez l'obéissance et le service que vous devez.
Considérez les obligations indicibles que vous avez de le faire, à raison des grandeurs, perfections et excellences en quelque façon infinies dont Dieu l'a ornée ; à raison des services et honneurs infinis aussi en quelque sorte, qu'elle a rendus et rendra éternellement à sa divine Majesté; et à raison des biens immenses et incompréhensibles que nous avons reçus de sa divine bonté par son entremise : Venerunt mihi omnia èona pariter cum M'a1. Bonis omnibus per eam repleti sumus2.
0 grande et divine Marie, que vous êtes admirable '.Que vous êtes digne d'honneur et de louange ! Que j'ai d'obligations de vous révérer, servir et aimer, et d'être tout à vous ! C'est ce que je désire de tout mon cœur ; et pour cet effet je vous offre, je vous donne, je vous consacre entièrement et pour jamais mon corps, mon cœur, mon àme, mon esprit, ma vie, mon être avec toutes ses dépendances et appartenances, mon temps, mon éternité: vous protestant que je veux que toutes ces choses vous rendent un hommage continuel et éternel, et que je désire aussi exciter tout le monde, autant que je pourrai, à vous louer, servir et glorifier. Employez vous-même, ô ma Souveraine, le pouvoir que Dieu vous a donné sur
1 Sap. Vil, 11. — ■ Tob. XII, 3.
moi. pour me posséder et m'approprier à vous entièrement, et pour détruire en moi tout ce qui déplaît à votre Fils, et y établir le règne de sa grâce et de son amour.
Considérez que les prêtres ont une alliance spéciale avec la très sainte Mère de Dieu Car, comme le Père éternel l'a rendue participante de sa divine paternité, et lui a donné pouvoir de former dans son sein le même Fils qu'il fait naître dans le sien, ainsi il communique aux prêtres cette même paternité, et leur donne puissance de former ce même Jésus dans la sainte Eucharistie et dans les cœurs des fidèles. Comme le Fils de Dieu l'a rendue sa coopératrice et coadjutrice en l'ouvrage de la rédemption du monde, ainsi il rend les prêtres ses coopérateurs et ses coadjuteurs en l'œuvre du salut des âmes. Comme le Saint-Esprit l'a associée avec lui d'une manière ineffable dans la plus divine de ses opérations, et dans son chef-d'œuvre qui est le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu, ainsi il associe les prêtres avec lui pour faire une extension et une continuation de ce mystère en chaque chrétien, dans lequel le Fils de Dieu s'incarne en quelque manière par le baptême et par le saint sacrement de l'autel. Comme le Père éternel nous a donné son Fils par elle, ainsi il nous le donne par les prêtres. Comme toutes les grâces qui sortent du cœur de Dieu pour venir à nous passent par les mains de Marie, ainsi elles nous sont données par le ministère des prêtres. De sorte que, comme elle est la trésorière de la très sainte Trinité, les prêtres portent aussi cette qualité. Enfin c'est par elle que Jésus a été offert à son Père au premier et au dernier moment de sa vie, lorsqu'elle l'a reçu en ses sacrées entrailles et lorsqu'elle l'a accompagné au sacrifice qu'il a fait de soi-même à son Père en la croix ; et c'est par les prêtres qu'il lui est immolé tous les jours sur nos autels.