VIE ECCLESIASTIQUE
Contenant un abrégé de toutes les choses qui sont nécessaires et utiles à toutes sortes d'Ecclésiastiques pour leur salut et pour leur sanctification.
EXTRAIT DU PRIVILEGE Dr ROI
Par grâce et privilège du Roi, donné à Paris le 20e jour de Mai 1673, signé par le Roi en son conseil, Desrieux, et scellé du grand sceau de cire jaune : Il est permis au R. Père Jean Eudes, Prêtre, Supérieur de la Congrégation de Jésus et Marie, de faire imprimer un livre iutitulé : Le Mémorial de la Vie Ecclésiastique, et ce pendant le temps et espace de dix années consécutives, à commencer du jour que le dit livre sera achevé d'imprimer. Et défenses sont faites à tous Libraires et Imprimeurs, etc..
Le dit Privilège a été cédé et transféré à Remy le' Roullengrr, Imprimeur du Roi à Lisieux, pour par lui en jouir pleinement pendant le temps porté par icelui.
Achevé d'imprimer pour la première fois, le 16' jour de Mars 168-1.
Dès ledébutde sa carrière apostolique, le P. Eudes avait constaté avec douleur que l'ignorance et la dépravation du peuple tenaient principalement à la déchéance du clergé. Aussi la réforme du clergé devint-elle de bonne heure sa préoccupation principale et son œuvre de prédilection.
Dès 1641, il avait pris l'habitude, durant ses mis- • sions, de réunir une fois ou deux par semaine les prêtres du voisinage, pour les entretenir de l'excellence et des obligations de leur vocation1.
En 1643, voyant l'Oratoire s'écarter de plus en plus de la fin que lui avait assignée son fondateur, pour se consacrer à l'instruction de la jeunesse dans les collèges, il quitta cette société et fonda la Congrégation de Jésus et Marie, en vue de reprendre l'œuvre du Cardinal de Bérulle et d'ouvrir des séminaires, où les ordinands viendraient se former aux 'vertus et aux fonctions ecclésiastiques. De fait, sans renoncer aux missions, il eut la joie de fonder des séminaires à Caen (1643), à Coutances (1650), à Lisieux (1653), à Rouen 1658), à Evreux (1667) et à Rennes (1670.)
En même temps, le P. Eudes enrôlait les fidèles dans des confréries fondées par lui dans le double but d'honorer le très saint Cœurde Jésus et de Ma-
1 Hérambourg, Vertus du P. Eudes, p. :J42.
rie, et d'obtenir du Père des miséricordes qu'il donnât à son église des prêtres selon son cœur1.
Le Vénérable ne s'en tint pas là : il voulut mettre sa plume au service d'une cause pour laquelle il était « prêt atout faire et à tout souffrir2. » Son zèle lui avait fait composer pour le peuple divers ouvrages qui avaient été bien accueillis. L'idée lui vint d'en écrire d'autres pour le clergé, et, en dépit des travaux dont il était surchargé, il trouva moyen de publier, ou du moins de composer ses Avertissements aux Confes-t seurs, Le Bon Confesseur, Le Prédicateur apostolique, Le Mémorial de la vie ecclésiastique, un Manuel pour une communauté d 'ecclésiastiques , un Traité de l'Office divin, et un autre sur le saint Sacrifice de la Messe.
i Règlement pour la Confrérie du Qœur de Jésus et de Marie, Tréguier, 1711. Les membres de la Société du Cœur de laMère admirable sont également invités par leur règle, ch. XIV, à» prier à cette intention. Cette pieuse pratique s'est conservée dans la Congrégation des SS. Cœurs de Jésus et de Marie de Paranié, qui est sortie de cette dernière association. « Les sœurs, disent leurs Constitutions ^2* part. ch. 7), feront quelques ferventes prières à ces deux Cœurs, spécialement à l'époque des ordinations, afin qu'ils procurent à l'Église des pasteurs et des prêtres qui soient selon le cœur de Dieu, et qui, par leurs paroles et par leurs exemples, allument dans les cœurs de tous les chrétiens le feu du divin amour. » C'est à peu près mot pour mot la Règle de la Société du Cœur admirable. Au commencement du Mémorial, dans sa dédicace à tous les pasteurs et à tous les prêtres de l'Église triomphante, le P. Eudes les presse d'intercéder auprès de Dieu dans le même but : « Per- i mettez-moi, écrit-il, de vous dire ce que votre Père et Le nôtre ilil à tous ses enfants : Ror/a/e Dominummessis ut mit ta t opéra ri os in messem snam : « Priez le maître de la moisson qu'il envoie des ouvriers en sa moisson, mais des ouvriers irréprochables, qui n'aient pour but que la gloire de leur maître et le salut des âmes. » Dans son office du Sacerdoce, le Vénérable fait la même prière aux saints Prêtres dont il chante les vertus. Témoin ceUe strophe de l'hymne des II Vêpres :
Rogate Pœgem messium,
Messes suas ut visitet :
Suum Redemptur spiritum
In corde cleri suscitet.
2 Mémorial, Dédicace aux saints Prêtres de l'Église triomphante.
INTRODUCTION l\
Il avait (paiement composé une messe et un office propres pour la fête du Sacerdoce, qu'il fixa, pour sa Congrégation, au 13 novembre.
Dans leur ensemble, ces ouvrages embrassaient^ comme on le voit, tous les devoirs et toutes les fonctions du prêtre. Malheureusement le Traite de l'Office divin et celui du saint Sac ri fiée de la Messe n'ont pas été imprimés, et le manuscrit en est perdu depuis la Révolution de 1789. Les autres ouvrages du Vénérable sur la vie ecclésiastique nous restent, et, hormis la Messe et l'Office du Sacerdoce qui ont leur place marquée parmi les œuvres, liturgiques de l'auteur, on les trouvera réunis dans le troisième et le quatrième volumes de ses Œuvres complètes.
Nous en commencerons la publication par le Mémorial. Ce n'est pas qu'il ait paru le premier : nous dirons tout-à-Phcure qu'il ne fut imprimé qu'après la mort du .Vénérable. Seulement, il a l'avantagé d'embrasser la vie ecclésiastique dans son ensemble, ce qui lui donne le pas, du moins logiquement, sur le Prédicateur apostolique, le Bon Confesseur et les Avertissements aux Confesseurs, qui ne traitent que de l'une des fonctions du prêtre.
Après le Mémorial, viendra le Manuel pour une communauté d ecclésiastiques. Dans la pensée du P. Eudes, ces deux ouvrages étaient destinés à se compléter l'un l'autre. Tous les deux ont pour but immédiat la sanctification personnelle du prêtre, et le second ne fait souvent qu'appliquer les principes contenus dans le premier. Ils formeront le troisième volume des Œuvres.
La quatrième contiendra le Prédicateur apostolique, le Bon Confesseur et les Avertissements aux Confesseurs, qui visent l'exercice du saint ministère et appartiennent à la théologie pastorale plutôt qu'à l'ascétisme ecclésiastique.
Pour faciliter la lecture du Mémorial, nous allons, dans cette introduction, faire l'histoire du livre, en indiquer le sujet et en exposer la doctrine. Puissent ces quelques pages contribuer à en faire comprendre et goûter les enseignements !