‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 3 sur 369 · I. — LA COMPOSITION ET LA PUBLICATION DU MÉMORIAL · texte numérisé non relu

I. — LA COMPOSITION ET LA PUBLICATION DU MÉMORIAL

Le Mémorial de la vie ecclésiastique fut mis sur le métier longtemps avant sa publication. 11 ne parut qu'en 1681, et il était au .moins ébauché dès 1673.

11 l'était même, semble-t-il, dès 1668.

Cette année, en effet, le P. Eudes publia son Manuel pour une communauté d 'ecclésiastiques. Dans la Préface, il annonçait comme prochaine la publication d'un second ouvrage intitulé Le dévot ecclésiastique, qui devait compléter le Manuel. Ce livre n'a jamais paru, du moins sous ce titre, et je ne sache pas qu'il en soit question ailleurs dans les ouvrages du Vénérable; ses biographes n'en parlent pas non plus. Faut-il en conclure que le P. Eudes abandonna son projet et renonça à publier un ouvrage assez avancé pour que, dès 1668, il en annonçât l'impression, nous ne le croyons pas. Il est plus vraisemblable qu'il utilisa dans ses ouvrages postérieurs les travaux faits en vue du Dévot ecclésiastique, et nous sommes convaincus que la plupart d'entre eux ont servi à la rédaction du Mémorial, si même cet ouvrage n'est pas, sous un titre nouveau, le livre annoncé en 1668.

Quoi qu'il en soit, il est certain que le Mémorial était bien avancé en 4673, car, cette année-là, le 20 mai, le P. Eudes obtint un privilège royal, transféré plus tard à Remy Le Boullenger, imprimeur à Li-

sieux, qui lui assurait le monopole de la publication et de la vente de son livre pendant dix années consécutives, à dater du jour où l'impression en serait achevée pour la première fois.

A cette date pourtant, le Vénérable n'avait pas encore mis la dernière main à cet ouvrage. Nous savons par le P. Martine qu'il le retoucha sur la fin de sa vie1. C'est d'ailleurs ce que prouvent manifestement les approbations placées en tète de la première édition.. L'une d'elles, délivrée par le docteur Le Goux, curé de Saint-Aquilin d'Évreux, est datée du 8 janvier 1679! L'autre, due au docteur Le Vavasseur, théologal de Lisieux, ne fut signée que le ' 12 novembre 1680, trois mois après la mort du P. Eudes. Il n'est pas téméraire de penser qu'elle fut sollicitée, au moment de l'impression du Mémorial,, par M. Blouet de Camilly, successeur du Vénérable dans le gouvernement delà Congrégation de Jésus et Marie.

On voit déjà par ces faits que le P. Eudes n'eut pas le temps de publier lui-même son livre. C'est par les soins de M. Blouet qu'il parut à Lisieux, chez Remy Le Boullenger, le 15 mars 1681.

Le volume sorti des presses de Remy Le Boullenger est un in-12 de 320 pages. L'impression en serait bonne sans les fautes nombreuses qui s'y sont glissées. A la fin, on trouve, dans un appendice de 40 pages, les prières en usage dans les séminaires de la Congrégation de Jésus et Marie.

Une seconde édition du Mémorial parut à Paris chez jVIéquignon, et à Rennes chez Mlle Jausions, au commencement du XIXe siècle -. Elle ne porte aucune date, mais nous savons par ailleurs qu'elle

' Martine-Lecointe, Vie du Père Eudes, tome 2, p. 334. Caen, 1880 aUn volume in-12 de 388 pages, imprimé sur papier «le fil.

fut publiée vers 183."), par le P. Louis de la Morinière, supérieur général de la Congrégation de Jésus et Marie, qui, désorganisée par la tempête révolutionnaire, se reconstituait péniblement à Rennes.

Le P. Louis conserva tel quel le texte du P. Eudes, à part l'orthographe et la ponctuation qu'il crut devoir modifier en se conformant à l'usage de son temps. Il supprima les prières mises en appendice dans la première édition, et corrigea la plupart des fautes d'impression qui la déparaient. Il fut félicité de son heureuse entreprise par M. Mollevaut, prêtre de Saint-Sulpice, qui avait été son directeur durant son séminaire et qui était resté son ami et son conseiller. « C'est une œuvre excellente, lui écrivit le pieux Sulpicien, que de sauver de l'oubli les travaux les plus précieux du zèle des saints, qui sait embrasser même les générations avenir... Le P.Eudes, comme M. Olier, a été suscité pour sanctifier le clergé, et leurs ouvrages ont une onction qu'on ne trouve point dans ceux qui ont été écrits après eux. Aussi, comme vous pouvez le penser, je les conseille à- tous, et pour peu qu'on soit docile à la grâce, on ne manque pas d'en être touché '. »

Depuis lors, le Mémorial n'a pas été réédité. En dehors de la Congrégation de Jésus et Marie, il est peu connu, et pourtant il mériterait de. l'être beaucoup, car, comme le dit le P. Louis, « on y voit éclater d'un bout à l'autre la foi la plus vive, la piété la plus tendre et le désir le plus ardent de conduire les prêtres à la perfection à laquelle ils sont appelés 2 ».

* D&uphin, Le R. P. Loilis de la Morinière, p. 93. Paris, 1893. 1 Edition de Rennes, Avertissement de l'éditeur.

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