‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 4)Chapitre 26 sur 369 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE iî · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE iî

charité, comme nous le sommes de sa puissance et de son autorité, nous sommes possédés de notre avarice, de notre ambition et de nos autres passions ; si, au lieu d'être animés de l'esprit de Jésus-Christ, nous sommes remplis de l'esprit du monde ; si, au lieu de suivre ce même Jésus-Christ comme notre règle, nous n'en suivons point d'autre que nos inclinations perverses ; si, au lieu de conduire notre vie selon les divines maximes de l'Évangile, nous nous conformons aux maximes damnables du siècle corrompu ; si, au lieu d'être des fontaines de grâce et de bénédiction, nous sommes des sources de poison et de malédiction ; si, au lieu de faire office de sauveurs, en conduisant les âmes dans le ciel, nous sommes si malheureux que ,de servir à la rage des démons, en les précipitant dans l'enfer par notre mauvais exemple ou par notre lâcheté et négligence ! Certainement tous les travaux que le Fils de Dieu a portés, toutes les souffrances qu'il a endurées, toutes les plaies qu'il a reçues, et toutes les gouttes de sang qu'il a répandues pour ces mêmes âmes seront autant de langues et de voix qui crieront vengeance contre nous devant Dieu au grand jour du jugement et à l'heure de notre mort. Oh ! que la divine justice nous sera terrible en ce jour et en cette heure formidable ! Oh ! que notre jugement sera épouvantable ! Oh ! que notre condamnation sera effroyable ! Oh ! quel enfer, oh ! quels châtiments, oh ! quels tourments nous sont préparés, si nous ne glorifions pas Dieu selon la connaissance que nous avons de sa divine Majesté ; si nous lui dérobons nos cœurs et nos affections qui lui appartiennent par tant de titres, pour les donner au néant et à la vanité des créatures ; si nous employons les biens de l'Église, qui sont Ja substance de Jésus-Christ, le fruit de ses travaux et de son sang et l'héritage des pauvres, en vanités, en superfluités, ou pour élever et enrichir nos parents ; si nous foulons aux pieds tant et tant de grâces qu'il nous a

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faites ; si nous déshonorons là gloire de son sacerdoce; si nous anéantissons les fruits de la vie et de la mort de son Fils, et si nous rendons sa passion, son sang, ses larmes et tous les travaux de la vie d'un Dieu et d'une vie de trente-quatre ans, vains et inutiles au regard de nous et au regard des autres ; et si, au lieu d'être les premiers à le servir, honorer et aimer, nous sommes les premiers à le persécuter, outrager et crucifier derechef !

.le ne prétends pas, en disant ces choses, accuser ni condamner personne. Grâces à Dieu, nous sommes dans un temps auquel nous avons grand sujet de nous réjouir et de le bénir, voyant tant de bons pasteurs et tant de saints ecclésiastiques, qui sont des exemplaires de vertu, et qui travaillent avec beaucoup de zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes. Mais c'est la force et l'importance du sujet qui m'emporte dans ces mouvements, avec la crainte que j'ai que, comme dans la sainte famille de Jésus il s'est trouvé un Judas, il ne s'en rencontre encore aujourd'hui quelques-uns qui veuillent, être les héritiers et les successeurs de la perfidie de ce traître. Car si, entre les douze apôtres du Fils de Dieu, tous choisis et appelés de lui au sacerdoce et à l'apostolat, élevés et nourris en sa compagnie, instruits et édifiés par sa parole et par son exemple, spectateurs de ses miracles et témoins de la sainteté de sa vie, il s'est vu un tel monstre d'ingratitude et d'impiété, certainement il y a grand sujet de craindre qu'au milieu d'une si grande quantité de prêtres qui sont maintenant dans l'Église, il n'y ait encore quelques fils de perdition. Mais comme l'apostasie de Judas n'a point obscurèi la gloire du collège apostolique, aussi, si d'aventure il se trouve quelques nouveaux Judas, qui trahissent leur conscience et la fi-, délité qu'ils doivent à leur Maître, cela n'est point capable de diminuer la sainteté et la dignité de son divin sacerdoce, que j'honore tant que je baiserais volontiers

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