PREMIERE PARTIE
Les qualités et excellences d'un bon Pasteur et d'un saint Prêtre.
La plus grande marque de Vire de Dieu sur son peuple, et le plus terrible châtiment qu'il puisse exercer sur lui en ce monde, c'est lorsqu'il permet q.u'en punition de ses crimes, il tombe entre les mains de pasteurs qui le sont plus* de nom que d'effet, qui exercent plutôt contre lui la cruauté de loups affamés, que la charité de pasteurs affectionnés, et qui, au lieu de le repaître soigneusement, le^déchirent et dévorent cruellement; au lieu de le mener à Dieu, le vendent à Satan ; au lieu de le conduire au ciel, le traînent avec eux en enfer; et au lieu d'être le sel de la terre et la lumière du monde, en sont le poison et les ténèbres.
Car nous autres pasteurs et prêtres, dit saint Grégoire le Grand, serons condamnés devant Dieu comme meurtriers de toutes les âmes qui vont tous les jours à la mort éternelle par notre silence et par notre négligence : Tôt occidimus, quoi ad mortem ire tepidi et tacentes videmus1. Gomme aussi il n'y arien, dit ce même saint5, qui
1 Homil. 12 super Ezech.
s Nullum, puto, fratres charissimi, ruajus praejudicium ab alii^ quam a Sacerdotibus tolérât Deus : quando eos quos ad alioium correctionem posuit, dare de se exempla pravilatis cernit ; quando ipsi peccamus qui compescerc peccata debuimus : officium quidem sacerdotale suscipimus, sed opus officii non implemus. » Homil. 27 in Evang.
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fasse plus d'outrage à Dieu (et par conséquent qui provoque plus son ire, et qui attire davantage de malédictions et sur les pasteurs et sur le troupeau, sur les prêtres et sur le peuple), que lorsqu'il voit que eeux qu'il a établis pour la correction des autres, donnent des exemples d'une vie dépravée, et qu'au lieu d'empêcher qu'il ne soit offensé, nous sommes les premiers à le persécuter, lorsque nous n'avons aucun soin du salut des âmes ; que nous ne songeons qu'à contenter nos inclinations ; que toutes nos affections se terminent aux choses de la terre; que nous nous repaissons avec avidité de la vaine estime des hommes, faisant servir à notre ambition le ministère de bénédiction ; que nous abandonnons les affaires de Dieu, pour vaquer à celles du monde ; et que, remplissant un lieu de sainteté, nous nous occupons en des actions terrestres et profanes. Lorsque Dieu permet que cela soit ainsi, c'est une preuve très certaine qu'il est extrêmement en colère contre son peuple, et c'est la plus épouvantable rigueur qu'il puisse exercer sur lui en ce monde. C'est pourquoi il crie sans cesse à tous les chrétiens : Convertimini ad me, et dabo vobis pastores juxta cormeum* :"« Convertis,sez-vous à moi. et je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur. » Ce qui fait bien voir que le dérèglement de la via des pasteurs est une punition des péchés du peuple; et qu'au contraire le plus grand effet de la miséricorde de Dieu vers lui, et la plus précieuse grâce qu'il lui puisse départir, c'est lorsqu'il lui donne des pasteurs et des prêtres selon son cœur, qui ne cherchent que sa gloire et le salut des âmes. C'est le plus riche don et la plus signalée faveur que la divinebonté puisse faire à une église, que de lui donner un bon pasteur, soit évêque, soit curé. Car c'est la grâce des grâces et le don des dons, qui comprend en soi tous les autres dons et toutes les autres grâces. Car qu'est-ce
1 Jerem. m, 15.
qu'un pasteur et un prêtre selon le cœur de Dieu? C'est un trésor inestimable, qui contient une immensité de biens.
C'est un des trésoriers du grand Roi, entre les mains duquel il a mis les richesses infinies de sa miséricorde, pour les distribuer à tous et pour enrichir toutes les âmes qui s'en rendront dignes.
C'est une fontaine inépuisable d'eau vive, ouverte et exposée à tous ceux qui y veulent venir puiser les eaux du salut. .
C'est un arbre de vie planté de la main de Dieu dans le paradis de son Église, lequel porte en tout temps des fruits de vie éternelle, qui affranchissent de la mort du péché et de l'enfer, et qui donnent la vie de la grâce et de l'éternité à tous ceux qui en mangent : et ces fruits, ce sont ses paroles, instructions et exhortations, ses prières et intercessions, l'exemple de sa vie et de ses actions.
C'est une lampe ardente et luisante, posée sur le chandelier de l'Église : ardente devant Dieu, luisante devant les hommes ; ardente par son amour vers Dieu, luisante par sa charité vers le prochain ; ardente par la perfection de sa vie intérieure, luisante par la sainteté de sa vie extérieure ; ardente par la ferveur de son oraison continuelle devant Dieu pour les besoins de son peuple, luisante par la prédication de la divine parole1.
C'est un soleil qui réjouit tout le monde par sa présence et par son aspect ; qui porte les influences des bénédictions célestes dans les cœurs ; qui dissipe les ténèbres de l'ignorance et de l'erreur ; qui darde de tous côtés les rayons d'une céleste lumière ; qui fait mourir la mort du péché, et donne la vie de la grâce à plusieurs ; qui réchauffe ceux qui sont froids, qui enflamme ceux qui sont
1 « Ille erat lucerna ardens et lurens. » Joan. V. 35. — Cf. A Lapide in h. 1.; Bon Confesseur, ch. 2, sect. 4.