TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII
ses autres crimes et malheurs qui en sont procédés ; que la science acquise par le travail de l'étude, est un sujet non pas de nous élever, mais de nous abaisser ; non pas de gloire, mais de confusion ; car c'est la marque de notre rébellion contre Dieu, puisque si l'homme n'avait point péché; il n'aurait eu que faire d'étudier pour ètre-savant; et que l'étude est une punition de sa faute, et une partie de la pénitence que Dieu lui a imposée pour son crime, lorsqu'il lui a ordonné de gagner son pain à la sueur de son front: ce qui ne s'entend pas moins du pain de l'esprit, qui est la science, que du pain du corps. Et c'est ainsi qu'il faut regarder l'étude, je veux dire comme une pénitence imposée de Dieu et comme une punition du péché ; et étudier pour accomplir cette pénitence avec un esprit d'humilité, considérant que chercher de la gloire dans la science acquise par son travail n'est pas une chose moins ridicule, que si un larron, qni a été marqué de la fleur de lis pour son larcin, s'en voulait glorifier ; puisque l'étude et la science acquise est la marque de notre crime. Enfin, le plus savant de tous les hommes a reconnu que la contemplation même des œuvres de Dieu et la connaissance de toutes les choses qu'il a faites, depuis la terre jusqu'au ciel, depuis l'hysope jusques au cèdre du Liban, n'est que vanité, travail et affliction d'esprit. Toutes les sciences et les arts que les hommes ont inventés périront avec eux : Scientia destruetur1 ; le latin, le grec, et toutes les langues sont nées de la confusion de Babel : le péché les a fait naître, el Dieu les détruira avec lui 2.
Le second effet que produit ordinairement la science, c'est qu'elle tue et éteint la piété : Liltera occidit'\ et nous
1 I Cor. XIII, 8. — - II Cor. III, 6.
3 « Les hommes, disait le P. de Condren. ont mis au jour diversessciences qu ils enseignent communément, et elles périront avec les hommes. Le grec et le latin sont langues nées de la confusion de- Babel aussi bien que les autres, le péché les a fait naître et Dieu les
rend secs, froids et lâches dans les exercices de la dévotion, et dans les œuvres de l'amour divin et de la charité du prochain. Pour empêcher une chose si dangereuse, il ne faut point s'attacher à l'étude, ni faire aucun état de la science, sinon en tant qu'elle nous porte à Dieu, et qu'elle sert à nous enflammer davantage en la dilection de Dieu et du prochain. Et pour cet effet, il faut avoir grand soin, en étudiant et en lisant, de détacher souvent nos yeux et notre esprit de ce que nous lisons et étudions, pour les élever au ciel et à Dieu, et pour tirer des pensées et des affections de piété des sujets de notre étude.
Le troisième effet de la science c'est l'attache à son propre sens, à ses pensées et à ses opinions, et le peu d'état qu'on fait des opinions d'autrui : d'où naissent les contestations, contentions et débats de paroles, contre ce commandement qui nous est donné du Saint-Esprit : .X'ilile contendere verbis ; ad nihil >>nim utile est, nisi ad
suboersïonem audientium '. Si qua consolalio in Christo
implelr r/audiam meum, ut idem sapiati»' nihil per contentionem, neque pèr vnanem </loriam- ; contentions qui altèrent et diminuent souvent la charité, et trop souvent la font mourir entièrement. Contre ce malheur, il faut considérer que la moindre étincelle de charité doit être plus estimée et aimée que toutes les sciences des hommes et des Anges : Sihabuero propltetiam, et noverim mysteria omnia et omnem scie/Uiam, clmritatem autem non habuero, nihil sum*; et par conséquent il faut préférer le moindre degré de charité à toutes les sciences du ciel et de la terre, et renoncer de bon cœur à toutes nos pensées et
abolira avec le péché ; la contemplation même des œuvres de Dieu et la connaissance des créatures qu'il a faites du ciel à la terre, et de l'hysope jusqu'au cèdre du Liban, a été reconnue pour vanité, travail et affliction d'esprit par le Sage quand il a plu à Dieu de l'illuminer. » Cloyseault-lngold, Généralats du Card. de Bérulle et du P. de Condren, p. 280.
1 II Tim. ii, 14. — - Phil. il, 2 et 3. — » I Cor. xm, 2.