Sup. Salve
7 roisièmemenl , comme le Père lui communique sa puissance, et le Fils sa sagesse, le Saint-Esprit aussi la rend participante, en un très haut degré, de son incompréhensible bonté. C'est pourquoi, comme elle a tout pouvoir de secourir et de favoriser ceux qui l'invoquent, et qu'elle est très industrieuse à trouver toutes sortes de moyens pour coopérer au salut des hommes, elle est aussi toute transformée en bonté et en douceur pour ceux qui s'adressent à elle avec humilité et confiance. Marie ne manque point de puissance, dit saint Bernard, parce qu'elle est la Mère du Toul-Puissanl ; ni d'industrie, parce qu'elle est la Mère de la Sagesse ; ni de bonté, puisqu'elle est la Mère de miséricorde1.
Voilà les dons que les trois Personnes éternelles font à la bienheureuse Vierge,, en sa naissance. Je sais bien qu'elle n'en a pas encore pour lors le parfaitusage ; mais cela n'empêche pas qu'ils ne soient en elle radicalement, et qu'ils ne lui appartiennent véritablement, comme les pierreries, les beaux meubles, les riches domaines qui seraient donnés par un grand roi à une petite princesse qui viendrait de naître, ou qui lui appartiendraient par le titre de sa naissance, seraient à elle réellement, quoiqu'elle n'en jouit pas encore parfaitement.
N'est-il pas vrai que cette divine Princesse dont nous parlons, est née pour être la Fille unique du Père éternel, pour être la Mère du Fils de Dieu, pour être l'Épouse du Saint-Esprit, pour être la Reine du ciel et de la terre; et qu'elle n'est née que pour cela, puisque sans cela elle ne serait point au monde ? Et par conséquent, outre que toutes les choses susdites lui sont données par la magnificence royale du souverain Monarque de l'univers, n'est-
1. Nous n'avons pas trouvé dans les Œuvres de Saint Bernard, de texte précis correspondant à ces paroles ; mais elles sont le résumé des idées qu'il exprime dans ses beaux sermons sur la très sainte Vierge.
il pas vrai qu'elles lui appartiennent encore par les droits de sa naissance, comme les apanages et les ornements qui sont dus à des qualités si nobles et si relevées, comme sont celles que je viens de dire ?
Voyons maintenant les dons rares et extraordinaires que cette sainte Enfant fait à Dieu, au point de sa naissance. Pour dire beaucoup en peu de paroles, c'est qu'elle donne à Dieu tout ce qu'elle a reçu de sa divine libéralité. Elle lui fait un don qui n'a rien de semblable en tous les siècles passés. Elle lui donne une chose qui lui est incomparablement plus agréable que tout ce qui lui a été donné au ciel et en la terre, depuis que le monde est monde. N'est-il pas vrai que cette précieuse Enfant vaut mieux que dix mille mondes? Or, elle se donne toute à Dieu, à l'instant de sa naissance, et avec beaucoup plus d'amour et de perfection, qu'au moment de sa conception ; elle lui donne son corps, son âme, son Cœur, sa vie. son esprit, tout ce qu'elle a, tout ce qu'elle peut, tout ce qu'elle est, et tout ce qu'elle pourra éternellement.
Voulez-vous savoir maintenant ce que la divine Bonté nous donne au jour de la naissance de notre divine Mère ? Elle nous fait trois dons inestimables.
Quel est le premier? Mettez-vous devant les yeux toutes les grâces et tous les dons que Dieu fait à cette sacrée Vierge, lorsqu'elle vient à naître au monde, et sachez que c'est à vous qu'il fait tous ces mêmes dons et toutes ces mêmes grâces, parce qu'il les lui fait afin de la rendre digne de vous donner un Sauveur et de coopérer avec lui à votre salut, et afin de la rendre assez puissante, assez sage et assez bonne pour faire office de Reine, d'Avocate, de Protectrice au regard de vous et de tout le genre humain.
Quelle est la seconde chose que Dieu nous donne au jour de la naissance de notre précieuse Enfant ? C'est un
don inconcevable qui nous doit combler d'une joie indicible. C'est qu'il nous donne cette très aimable Enfant, et qu'il nousla donne en la qualité laplus honorableetlaplus avantageuse pour nous qui puisse être, c'est-à-dire, en qualité de Mère, ainsi que nous verrons ci-après, et qu'il remplit son Cu'iir d'un amour maternel qui n'en a jamais eu de pareil, dont on verra les effets en son temps.
Quel est le troisième don que la divine libéralité nous l'ait en la naissance de la Mère de grâce ? Le voici. Représentez-vous tous les biens temporels et éternels qui procèdent du mystère de l'Incarnation, et sacbez qu ils nous sont donnés au moment de la naissance de celle qui, après Dieu, en est la source, puisque Dieu nous la donne elle-même en cet heureux moment. N'oyez-vous pas saint Jean Damascène qui lui parle en celte façon : Vous êtes, <ï Vierge sacrée, la fontaine étemelle de la véritable lumière ; vous êtes le trésor inépuisable de la vie immortelle ; vous êtes une source très abondante de bénédiction ; enfin, vous êtes la cause et la mère de toutes sortes de biens, que nous possédons par vous ' .
« C'est la cause de tout le bien qui est au monde, » dit Albert le Grand: Causa toiius boni2, liadir omnium bonorum. dit Chrysippus, prêtre de Jérusalem, « la racine de toutes sortes de biens :!. » « C'est par elle, dit le savant Idiot, c'est en elle, c'est d'elle que le monde possède et possédera touslesbiens qu'il a reçus de Dieu » : Peripsam, et in ipso, et ab ipsa habet mundus, et habitants est omne bonum'\ Que vous rendrons-nous, ô très sainte Mère de Dieu, pour tant de richesses que nous avons reçues par vous ?
Voici ce que nous lui devons rendre ; voici ce qu'elle
1. « Tuions veri luminis,et inexhaustus ipsiusmet vilse thésaurus, uberri rnaque benedietionis scaturig-o, quae eu nota nobis bona conciliasli. » Oral. I de Dorm. Vire.
-. Super Missus est.
:J. Scrmo de S. Maria. — h. In Prot. t'ont. 11. I'
204 L'ENFAiNCE admirable
désire et qu'elle attend de nous ; voici le don que ses vrais enfants lui doivent faire. C'est notre Reine et notre Mère qui fait son entrée dans le monde au jour de sa naissance : allons nous prosterner à ses pieds, pour lui rendre nos respects et pour lui offrir nos dons en cette manière :
0 divine Enfant, prosterné à vos pieds sacrés, en toute l'humilité et dévotion qu'il m'est possible, je vous salue et vous honore comme ma Reine et ma Mère tout ensemble Je rends grâces infinies à mon Dieu de vous avoir donnée à moi en cette qualité, et de toutes les faveurs qu'il vous a faites en votre naissance. Je lui rends grâces aussi de ce qu'en vous donnant toutes choses, il m'a. par conséquent, donné à vous.
Oh ! que c'est de bon cœur que je ratifie cette donation, et qu'en union du même amour avec lequel le Fils de Dieu mon Sauveur, s'est donné lui-même à vous avec tout ce qui lui appartient, je vous donne aussi mon corps, mon cœur, mon âme, ma vie, avec toutes ses dépendances et appartenances, tout ce que j'ai, tout ce que je puis, tout ce que je suis et tout ce que je serai à jamais : vous protestant que je ne veux être, soit dans le temps, soit dans l'éternité, ni vivre, ni faire, ni dire, ni penser, ni souffrir rien que pour la gloire de votre Fils et pour votre honneur. Offrez-moi, s'il vous plaît, à lui, et le priez qu'il emploie le bras tout-puissant de son infinie bonté pour détruire en moi tout ce qui lui déplaît, et pour y établir parfaitement et pour jamais le règne absolu du divin amour de Jésus et de Marie.
Pour la conclusion de ce chapitre, je dirai une chose bien remarquable, qui est que la bienheureuse sjuiite Mechtilde, ayant supplié la très sainte Vierge, en la fête, de sa Naissance, de lui faire connaître ce qu'elle ferait ce jour-là pour l'honorer, elle lui recommanda de dire autant de fois la salutation angélique comme elle avait demeuré de jours dans les bénites entrailles de sa mère
sainte Anne1. Et je trouve aussi dans les livres de sainte Gertrude2, sœur de sainte Mechtilde, et qui demeurait avec elle dans un même monastère, que la même Vierge très sacrée Tassura que ceux qui pratiqueraient cette dévotion, seraient rendus participants éternellement dans le ciel, d'une manière spéciale, de toutes les joies qu'elle a^eues dans ce monde, et quelle aura pour jamais en l'autre, à cause de toutes les vertus à la pratique desquelles la très sainte Trinité disposait toujours de plus en plus son âme, pendant qu'elle était dans le ventre sacré de la même sainte Anne.
Si donc vous désirez faire une chose bien agréable à notre divine Mère, souvenez-vous de dire tous les jours» durajit l'octave de la fête de sa Naissance, trente-cinq Ave Maria, et il se trouvera qu'au dernier jour vous en aurez dit autant qu'elle a demeuré de jours dans les bienheureuses entrailles de sa mère. Et dites-les en l'honneur de tout ce qui s'est passé dans son âme sainte, en chaque jour durant ce temps-là, pour la remercier de toute la gloire qu'elle a donnée à Dieu, et pour la prier de vous associer avec elle dans tout l'honneur et dans toutes les louanges qu'elle a rendus à sa divine Majesté durant ces neuf mois, afin de réparer par ce moyen le déshonneur que vous lui avez rendu par l'état du péché où vous avez été pendant que vous demeuriez au ventre de votre mère. Mais ajoutez à la fin de chaque dizaine un Pater, pour remercier la très sainte Trinité de toutes les grâces qu'elle a faites à cette sainte Enfant, et par elle, à sainte Anne, à saint Joachin et à tout le monde.
1. « Lege mihi tôt Ave Maria quot dies lui in utero matris nieae. >► Lib. spec. gratine, part. I, cap. 29.
2. Legatus divinse pieialis, lib. 4, cap. 12, et cap. 51. Voir ces textes et la pratique de cette dévotion, dans le Manuel, tome 3 des Œuvres en V. P. Eudes, pages 402 et 424.
200 l'enfa.nce admikahle