‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 148 sur 303 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Le huitième Mystère de la sainte Enfance de la bienheureuse Vierge, qui est sa demeure de trois ans dans la maison de son père et de sa mère, et ses occupations durant ce temps-là.

C'est l'opinion commune des saints Docteurs, que la bienheureuse Vierge a demeuré trois ans seulement, depuis sa naissance, dans la maison de son père et de sa mère, saint Joachim et sainte Anne. Mais qui nous pourrait dire quelle a été la vie et les déportements de cette divine Enfant durant ces trois années? Saint Joachim et sainte Anne ont bien été témoins des actions extérieures de toutes les vertus qu'elle possédait en un degré très éminent. Son Ange saint Gabriel, qui était toujours avec elle, qui ne la perdait jamais de vue, qui lui

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inspirait beaucoup de saintes pensées, qui enflammait sans cesse le feu sacré du divin amour dans son Cœur, a bien connu quelque chose de la perfection de son intérieur. Mais il n'y a que Dieu seul qui connaisse parfaitement et qui puisse pénétrer jusques au fond de ceE océan de grâce et de sainteté.

S'il est permis néanmoins d'en parler en bégayant, nous pouvons dire avec vérité que tous les moments de ces trois années sont autant d'abîmes de merveilles. Car si nous faisons réflexion sur ce qui a été dit ci-dessus, dans le chapitre 9, que cette sainte Enfant a toujours eu l'usage de raison, depuis le premier moment de sa vie; qu'elle a été remplie d'une lumière surnaturelle, qui lui faisait connaître le mal qu'elle devait fuir et le bien qu'elle devait faire ; qu'elle a eu plus de grâce, au premier instant de sa vie, que le plus grand de tous les Saints en son dernier moment ; que cette grâce n'a point été oiseuse en elle ; qu'elle a toujours fait toutes ses actions extérieures et tous ses actes intérieurs d'humilité, de charité, d'amour de Dieu, d'adoration, de louange, d'action de grâces et les autres, selon toute l'étendue de la grâce qui était en elle : à raison de quoi cette même grâce doublant de moment en moment, elle en était plus remplie dans les premiers jours de sa vie, quand même elle n'en aurait eu qu'un seul degré à l'instant de sa conception immaculée, et qu'elle n'aurait, doublé que de quart d'heure en quart d'heure, elle en était, dis-je, plus remplie dans les premiers jours de sa vie que tous les Saints ensemble à la fin de leurs jours, comme nous le ferons voir plus clairement ci-après ; si, dis-je, nous faisons bien réflexion sur toutes ces choses, nous n'aurons point de peine à nous persuader que cette admirable Enfant a plus avancé dans les voies de Dieu, en chaque pas qu'elle a fait durant ces trois ans, que to«s les Saints n'ont fait durant tout le cours de leur vie ; et qu'elle a plus aimé et glorifié Dieu en chaque

moment, qu'ils n'ont fait dans un grand nombre d'années.

Oui, en chaque moment, car elle était toujours unie très intimement d'esprit et de cœur à son Dieu ; elle était dans un exercice continuel de très haute contemplation, de très pur et très ardent amour, d'adoration' et de louange très parfaite, et selon toute l'étendue de sa grâce qui surpassait toutes les grâces de tous les Saints. Sa charité aussi incomparable vers son prochain, et son zèle très embrasé pour le salut des âmes l'appliquaient à prier Dieu incessamment pour tous les besoins corporels et spirituels du genre humain, et surtout pour l'avancement du grand œuvre de la rédemption du monde, et pour presser la divine Miséricorde d'envoyer bientôt le Rédempteur, dont la venue a été avancée en effet par ses prières et par ses mérites, selon le sentiment de plusieurs saints Docteurs. Voilà quelque chose de son intérieur durant les trois années susdites.

Pour l'extérieur, j'y remarque trois choses très considérables :

La première est que je vois cette bienheureuse Enfant attachée aux bénites mamelles de sa glorieuse mère sainte Anne. Mais comme elle a l'usage de raison, et qu'elle est remplie du Saint-Esprit, qui est son maître et son directeur, et qui lui apprend intérieurement ce qu'il devait enseigner extérieurement longtemps après à tous les fidèles, par la bouche de saint Paul en ces termes : Soit que vous buviez, soit que vous mangiez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu et en son nom '.Elle pratique si excellemment cette leçon, que Ton peut dire qu'elle rend plus de gloire à Dieu en suçant le lait de ces sacrées mamelles, que les

1. « Sive manducatis, sive bibitis, sive aliud quid facitis, oninia in gloriam Dei facite. » 1 Cor. X, 31 ; « in nomine Domini... » Col. III. 17.

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plus grands Saints n'ont fait par tous leurs jeûnes, parce qu'elle fait cette action plus saintement et avec plus d'amour vers Dieu qu'ils n'ont fait toutes leurs abstinences. 0 bienheureuses mamelles de sainte Anne, qui nourrissent ce corps virginal qui doit donner un corps au Verbe éternel !

La seconde chose qui est à remarquer ici, est qu'un saint patriarche de Jérusalem, qui s'appelait François Ximène, écrit l que Dieu révélaà un saint solitaire de la Thébaïde, que notre divine Enfant s'abstenait de prendra la mamelle de sa mère en plusieurs jours de la semaine : ce qui est aussi rapporté par Nicéphore et par d'autres2. Et cela est facile à croire, puisque Dieu a fait cette grâce à saint Nicolas, à saint Sisinius et à d'autres Saints, comme il est rapporté dans leur vie par de graves auteurs qui l'ont écrite.

La troisième chose qui est très remarquable entre celles qui se sont passées dans notre merveilleuse Enfant pendant les trois susdites années, et qui doit porter toutes les personnes religieuses à faire grand état de leurs saints vœux et à les garder fidèlement, c'est qu'elle a déclaré à sainte Brigitte, qu'auparavant que ses parents l'eussent présentée dans le temple, et, par conséquent, lorsqu'elle était encore chez eux, elle avait fait vœu de virginité et de pauvreté. Et à sainte Mechtilde. « qu'elle avait toujours vécu dans une si parfaite obéissance à son père et à sa mère, que jamais elle ne leur avait donné la moindre occasion de mécontentement3 », parce qu'elle savait très bien qu'ils lui tenaient la place de Dieu, et que la divine Volonté, pour laquelle elle avait un très grand amour, lui était manifestée par eux. Voici ce qu'elle dit à sainte

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