IV- — LES SOURCES DE « L'ENFANCE ADMIRABLE
Pour achever notre étude sur VEnfance admirable,
il nous reste à indiquer les principales sources où le P. Eudes a puisé les matériaux de son livre.
En tète de ces sources, il faut placer la liturgie catholique. On a dit qu'elle est la règle de la croyance en même temps que de la prière. Nul n'en était plus convaincu que le P. Eudes. Aussi étudiat— il avec soin les offices dont l'Eglise se sert pour célébrer les fêtes de la sainte Vierge. L'usage qu'il en fait prouve qu'il en avait scruté les moindres détails. C'est ainsi, par exemple, que la qualification de Mère de Dieu donnée à Marie dans l'office de la Nativité, lui fournit l'occasion et le moyen de montrer que, dès sa naissance, la sainte Vierge était déjà, du moins moralement, la Mère du Verbe incarné et des membres de son corps mystique. Il est même possible que tout le chapitre où il traite cette question, lui ait été inspiré par ce détail de l'office de la Nativité.
Toutefois, ce qui, dans la liturgie mariale, attira surtout l'attention du P. Eudes, ce sont les textes scripturaires qui, au sens littéral, se rapportent à la Sagesse incréée, et que l'Eglise applique à Marie par accommodation. Le Vénérable y vit une preuve remarquable de la ressemblance parfaite et de l'union étroite qui existent entre le Verbe incarné et sa divine Mère. Il étudia ces textes avec un soin particulier, et nous avons vu qu'il consacra à commenter quelques-uns d'entre eux jusqu'à quatre chapitres de son livre.
Après la liturgie, la principale source où puise Je P. Eudes, ce sont les Pères et les Ecrivains ecclé-
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siastiques du Moyen-Age. Il les cite souvent, et, à la lecture de son livre, on voit qu'il n'ignorait rien de ce qu'ils ont écrit de plus remarquable à la gloire de Marie. Je n'essaierai pas de dresser la liste complète des auteurs cités par lui : elle serait trop longue. Ceux dont les noms reviennent le plus souvent sous sa plume sont saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, saint Grégoire de Nysse, saint Epiphane, saint Méthode, saint Jean Damascène, saint Germain de Constantinople, saint André de Crète, saint Bernard, saint Anselme, Albert le Grand, saint 1 bornas, saint Bonaventure, saint Pierre Chrysologue, saint Bernardin de Sienne, saint Laurent Justinien, saint lldephonse, Gerson et Raymond Jourdain, abbé de Celles, « qui, par humilité, s'est nommé l'Idiot1 ». Je ne voudrais pas soutenir que le P. Eudes ait lu par lui-même tous les ouvrages qu'il cite. Ses travaux apostoliques ne lui en laissaient pas le temps. D'ailleurs, il est visible, en certains endroits, qu'il emprunte ses citations à la Theologia Mariana de Véga. Toutefois, il n'est pas douteux qu'il ne se soit lui-même livré, quand les circonstances le lui permettaient, à de laborieuses recherches.
Une autre source à laquelle le Vénérable a souvent recours, ce sont les mystiques. Dans le Royaume de Jésus, il s'était déjà inspiré des révélations de sainte Gertrude, de sainleMechtilde et de sainte Catherine de Sienne. Dans Y Enfance admirable , il est rare qu'il cite sainte Gertrude et sainte Catherine de Sienne. Il invoque plus souvent le témoignage de sainte Mechtilde. Mais les révélations dont il se sert le plus, sont celles de sainte Brigitte. En préparant cette introduction, j'ai relevé vingt-six passages où il s'appuie sur ces révélations, et il est vraisemblable