‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 15 sur 303 · Enfance admirable, 3° p., ch. 10. Cf. 1" p., ch · texte numérisé non relu

Enfance admirable, 3° p., ch. 10. Cf. 1" p., ch

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de Dieu, qui n'est pas moins sainte que le ciel, et qui ne mérite pas moins de vénération que le ciel, puisque le Dieu -du ciel y est aussi présent et y fait autant sa demeure que dans le ciel. Aussi elle se comporte dans ce lieu saint avec un merveilleux respect, piété et dévotion. Vous ne voyez rien en elle de puéril et d'enfantin... Elle ne tourne point la tète ni la vue de côté et d'autre. Elle ne regarde personne... elle ne parle à personne qu'à Dieu... Elle s'humilie profondément, s'estimant très indigne d'être dans ce saint lieu, et elle y est toujours, non debout ou assise, non pas sur des coussins ou des carreaux de soie, quoiqu'elle soit princesse et d'une race royale1 ; non pas aussi élevée et perchée sur des bancs ou des chaises; mais à genoux sur le pavé du Temple, ou même prosternée sur sa face pour adorer son Dieu2. » Qui ne voit que, dans tout ce tableau, le P. Eudes vise les défauts qu'il reprochait si vivement aux fidèles de son temps dans son Traite de L'honneur dû aux lieux saints et dans plusieurs autres de ses ouvrages3?

Dans les trois chapitres qui terminent la première partie de Y Enfance admirable, le P. Eudes nous dépeint à grands traits, mais avec un relief saisissant, les désordres qu'il déplorait chez les femmes de son temps, et qui, malheureusement, se retrouvent plus ou moins à toutes les époques de l'histoire, il s'en prend d'abord à ces femmes « plus païennes que chrétiennes », qui, après avoir fait vœu, au baptême, de renoncer à Satan, à ses pompes

1. Le lecteur n'a pas oublié que l'ouvrage où le P. Eudes faisait ainsi la leçon aux « princesses de race royale » , était dédié à Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France.

3. Traité de l'honneur dû aux lieux saints, n. II; Constitutions de ta Congrégation de Jésus et Marie, 3e p.. ch. 4.

et à ses œuvres, vivent absolument comme si elles avaient promis le contraire. 11 flétri t ensuite la conduite des soi-disant dévotes, qui ont la folle prétention de vouloir marier la dévotion avec l'amour du monde. Puis, il en vient aux religieuses infidèles à leur vocation, dont toute la vie contraste avec l'esprit de leur état et les engagements de leur profession. Ces trois chapitres, écrits dans un style très oratoire, constituent une véritable peinture de mœurs, et nous montrent qu'au XVIIe siècle, à côté des exemples admirables dont l'histoire nous a conservé le souvenir, bien des désordres s'étalaient au grand jour, dans le monde comme dans le cloître. En rappelant ces faits, le P. Eudes ne visait d'ailleurs que l'amendement des coupables, qu'il invitait à rentrer dans le chemin du devoir en s'attachant à imiter les vertus de Marie.

En divers endroits de son livre, et surtout au commencement des divers chapitres de la seconde partie, le pieux auteur a cru devoir, à l'occasion des grandeurs de la sainte Vierge, rappeler les principes fondamentaux de la vie chrétienne. C'est ainsi qu'on y trouve, sur la liberté des vocations sacerdotales et religieuses, les funestes conséquences de l'absence de vocation, la condition dans laquelle l'homme doit opérer son salut depuis la chute, l'excellence de la pauvreté, l'usage des richesses et des grandeurs, la vanité des titres nobiliaires, l'efficacité de la prière, le danger des avantages naturels tant du corps que de l'esprit, l'amour de la croix, les funestes effets de la science acquise, quand elle n'a pas pour compagne l'humilité, les devoirs des parents envers leurs enfants, des enseignements à la fois très justes et très élevés, exprimés avec beaucoup de précision et de piété. Les pages où se rencontrent ces enseignements nous ont paru bien

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belles. Qu'on nous permette d'en extraire, à titre d'exemple, cette pensée qui nous a particulièrement frappé par sa profondeur et sa simplicité, à savoir que « la croix est à la fois l'origine et la fin de la grâce1. » Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu le rôle de la croix dans la vie surnaturelle expliqué d'une manière si précise et si heureuse.

J'ai déjà signalé les méditation^ que le P. Eudes a placées à la fin de l'Enfance admirable, et dans lesquelles il a su condenser en quelques lignes tout ce qu'il y a d'essentiel à savoir sur la nature et la pratique des vertus chrétiennes. Si j'y reviens, c'est afin de montrer qu'à prendre l'ouvrage du Vénérable dans son ensemble, on y trouve en somme une théorie à peu près complète de la vie chrétienne ; et cette théorie est d'autant plus agréable à étudier, qu'elle se mêle constamment à l'exposé des grandeurs et des vertus de Marie, dont elle n'est qu'un heureux commentaire.

On voit par là que si, comme nous l'avons dit ailleurs, le P. Eudes ne sépare jamais la loi évangélique de la personne et de la vie de Jésus, il ne la sépare pas non plus de la personne et de la vie de la sainte Vierge. A côté des préceptes de l'évangile, qui sont la règle abstraite de notre vie, vous trouverez toujours chez lui les exemples de Jésus et de Marie, qui en sont la règle vivante : et réciproquement, jamais il ne permet que nous contemplions Jésus et Marie, sans dégager de leurs exemples la loi qui doit régir notre conduite personnelle.

i. Enfance admirable, 2' p., ch. 7.

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