PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXVIII tH<j
biller le matin et le soir; et celles que l'on voit assises au soir, dans les ténèbres, sur des boutiques, avec de jeunes muguets, ou se promener avec eux jusqu'à dix cl onze heures du soir, ce qui donne occasion à beaucoup de péchés.
Le grand mal est que toutes ces personnes mondaines sont dans un tel aveuglement, qu'elles font toutes ces cboses et beaucoup d'autres sans scrupule, et se moquent des prédicateurs et des autres qui les avertissent.
Pauvres insensées, n'oyez-vous point le Fils de Dieu qui vous déclare qu'au terrible jour du jugement, il vous fera rendre compte de chaque parole inutile que vous aurez dite1? Cela étant ainsi, quel compte vous demandera-t-il de tant de temps si mal employé? Ne savezvous pas qu'en suite du péché dans lequel vous êtes nées, et des péchés actuels que vous avez commis, vous n'auriez pas droit de vivre un moment, si le Fils de Dieu ne vous l'avait acquis par son sang et par sa mort? Oui, tous les moments de votre vie ont coûté le sang adorable et la mort douloureuse de l'Agneau immaculé; ce qui vous devrait obliger de chérir et estimer tous ces moments comme une chose qui a coûté un prix infini à votre Sauveur, et qu'il vous a donnée avec un amour infini, afin que vous l'employiez à le servir et aimer, et à gagner la belle et bienheureuse éternité.
N'entendez-vous pas le Saint-Esprit qui vous dit, par la bouche de saint Paul, que vous n'êtes point à vous, mais que vous êtes à celui qui vous a achetées par un grand prix2? Oui, sachez que le Fils de Dieu a acheté, par le prix infini de son précieux sang, votre être, votre vie, votre corps, votre âme, vos pensées, vos paroles,
1. « Dieo autemvobis, quoniam omne verbum otiosum quod locuti fuerint homines, reddent rationeni de eo in die judicii. » Matth. XII. 36.
2. « An nescitis quoniam... non estis vcstri ? Empti enini estis pretio magno. » I Cor. VI, 19, 20.
vos actions, vos années, vos mois, vos semaines, vos jours, vos heures, vos moments? D'où il s'ensuit que vous n'avez point droit de faire aucun usage de ce qui est en vous ou à vous, ni d'employer un seul moment de temps que pour lui; et que, quand vous employez quelqu'une de ces choses pour le monde ou pour vos passions, vous faites un larcin, dérobant à votre Ré-, dempteur une chose qu'il a achetée au prix de son sang.
Quand vous ne feriez point d'autre mal que de passer votre temps inutilement, au lieu de l'employer en bonnes œuvres, que deviendrez vous, puisque la Vérité éternelle vous proteste que tout arbre qui ne porte point de bon fruit sera coupé et jeté dans le feu éternel1 ?
Mais comptez- vous pour rien la promesse solennelle que vous avez faite à Dieu en votre baptême, à la face de son Église, de renoncer à Satan, au péché et au monde, et de suivre Jésus Christ comme les membres doivent suivre leur chef? Et ne savez-vous pas que vous serez jugées à l'heure de la mort sur cette promesse, et que, si vous ne l'avez gardée, ce sera le sujet de votre condamnation ? Or, dites-moi, je vous prie, est ce garder cette promesse que de vivre comme vous faites? Est-ce marcher par le chemin par lequel Jésus-Christ et sa sainte Mère, et tous ses Saints ont marché? Est-il allé une personne dans le paradis, de celles qui ont suivi cette route? Pas une, si elle ne l'a quittée avant que de mourir. Au contraire, c'est le grand chemin de l'enfer, par lequel une infinité d'âmes y sont arrivées, qui y brûlent maintenant et y brûleront éternellement.
J'entends une voix qui crie, dans l'Apocalypse : « Malheur à la terre et à la mer, car le diable y est descendu, ayant été chassé du ciel, tout embrasé de fureur qui le porte à faire tout le mal qu'il pourra contre Dieu
I. « Omnis arbor. quœ non facit fruottim bonum, excidetur et in ignem mittelur. » Matth. VII. 19.
et contre les hommes, sachant qu'il a peu de temps1. » Si ce dragon compte les siècles et les milliers d'années pour un temps bien court, eu égard à la manie qu'il a de faire commettre beaucoup de crimes et de perdre un grand nombre d'âmes, quelle affection devriez-vous avoir d'employer autrement que vous ne faites lëpeu de temps que vous ave/ pour travailler à la grande affaire de votre salut, puisque cette vie ici n'est qu un moment?
iYoyez vous point cet Ange dont il est encore parlé dans l'Apocalypse, qui, ayant mis un pied sur la terre et l'autre sur la mer, pour montrer qu'il va parler au nom de celui qui commande à la terre et à la mer, et ayant levé la main au ciel, jure par le grand Dieu vivant au siècle des siècles, qu il n'y aura plus de temps : Juravii prr vivenlem in ssecula sœqulorum, quia lempus non erii amplius*? Ce jurement s'accomplira bientôt au regard de vous. Le jour est proche auquel il sera vrai de dire qu'il n'y aura plus de temps pour vous. L'heure viendra bien- Lot qui sera la fin de votre temps et le commencement de votre éternité, et en laquelle, si vous ne vous convertissez, on dira de chacune de vous : Abiitin domurn seternilalis suœ* : « Elle est partie cette mondaine, cette libertine, elle s'en est allée dans la maison de son éternité, el d'une malheureuse éternité. » Il n'y a plus de temps pour elle, il n'y a pins qu'une éternité de supplices effroyables. Elle a bien passé son temps, et il est bientôt passé pour elle ; mais cette épouvantable éternité ne finira jamais Et enfin voici l'épitaphe qu'il faudra mettre sur votre tombeau : Duxit in bonis dies suos, '■i in puncto tlrscendit ad inferna* : « Cette misérable a consommé tout son temps dans les plaisirs et vanités
1. i' Vae terra? et mari, quia descendit diabolus ad vos, habens ira m mngnam, sciens quod modicutn tempus babet. » Apoc.,X.\l,l2.