‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 166 sur 303 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXV11 2SH · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXV11 2SH

marcher sur les pas de la Heine du ciel ? N'est-ce pas un grand honneur et bonheur tout ensemble à la fille d une si sainte Princesse, de se rendre semblable à sa Mère ? Votre salut éternel ne dépend-il pas du vœu et de la promesse solennelle que vous avez faite à Dieu dans votre baptême, de suivre Jésus-Christ, e(fc conséquemment sa très sainte Mère, qui est inséparable d'avec son Fils, et qui a toujours tenu le même chemin par lequel il a marché? Jetez donc souvent les yeux sur voire beau miroir, regardez l'exemple de votre Reine, voyez les perfections de votre Mère, voyez comme elle règle et dispose son temps, et comme elle emploie saintement tous ses moments ; puis considérez ce que vous faites. 0 Dieu ! quelle dissemblance entre la Mère et les tilles ! Je parle, premièrement, de plusieurs qui se disent chrétiennes, mais qui sont plus païennes que chrétiennes ; qui sont plutôt les filles du prince de l'enfer que de la Heine du ciel ; qui ont fait vœu en leur baptême de renoncer à Satan, à ses œuvres et à ses pompes, et qui vivent comme si elles avaient promis tout le contraire. Qui sont celles-là ? Ce sont celles dont il est écrit que la vanité dévore tous leurs jours et toutes leurs années, et qu'elle les fait courir si promptement à la mort, qu'elles meurent avant que d'avoir commencé à vivre : Defecerunt in vanilate (lies eorum, et anni eorum cum festinalione*. Ce sont celles qui ne songent qu'à se divertir et à passer leur temps dans les plaisirs et dans les dérèglements du monde, et qui en un moment, et lorsqu'elles y pensent le moins, se voient précipiter malheureusement dans les enfers. Ce sont celles qui passent plus de la moitié de leur vie à dormir et à manger, et le reste à s'idolâtrer devant un miroir, à jouer de grosses sommes d'argent, à baler. à danser, à lire des romans, à cajoler, à fréquenter les comédies, à faire des visites

t. Ps. LXXVII, 33.

28 i l'enfance admirable

mondaines, où l'on fait métier de railler, de se moquer du prochain et de déchirer sa réputation par les médisances et calomnies. Ce sont celles que saint Jérôme appelle les amazones du diable1, qui s'arment de pied en cap pour faire la guerre à la chasteté, et qui, par leurs cheveux frisés avec tant d'artifice, par leurs mouches, par la nudité de leurs bras, de leurs épaules et de leurs gorges, tuent cette princesse du ciel dans les âmes qu'elles massacrent aussi avec la leur toute la première. Ce sont celles qui ne vont dans les églises que pour les profaner et pour y déshonorer Dieu devant sa face, et en la présence de toute sa cour. Car, au lieu de se prosterner devant sa divine Majesté pour l'adorer humblement, vous les voyez perchées sur des bancs ou sur des chaires, comme si le pavé de l'église n'était pas digne de les porter, et comme si elles n'y venaient que pour se faire voir, et pour faire parade des pompes du monde, dans le lieu même où elles ont promis à Dieu d'y renoncer2.

Au lieu d'entendre la sainte messe ou la parole de Dieu avec silence et respect, et de pleurer leurs crimes, dont elles sont chargées, vous les voyez rire, causer et faire causer les autres. Au lieu de paraître devant Dieu qui est leur Roi et leur Juge qui les jugera bientôt en sa rigueur, au lieu, dis-je, de paraître devant sa face en esprit d'humilité et d'abaissement, elles font porter insolemment leur queue, traitant le Monarque du ciel avec moins de respect qu'un prince de la terre, dans la maison duquel elles n'oseraient se présenter en cet état.

Ce sont celles encore qui ont tellement perdu la pudeur, qu'elles n'ont pas honte de se servir de valets au lieu de filles de chambre, pour s'habiller et se désha-

1. « Hubetin castris suis (diabolus) amazonas, quse exerta mamma, nudo brachio, viros ad libidinem provocant. » Lib. 2 ado. Jovin.

2. Voir le Traité du Respect du aux saints lieu.r, tome 2 de s Œuvres complètes.

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