‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 170 sur 303 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXIX

Ce sont celles qui veulent bien communier souvent, qui est une très bonne chose quand on en tire quelque fruit, mais qui ne travaillent point à se corriger de mille défauts dont elles sont pleines.

Qui désirent manger souvent à la table de Dieu et boire dans la coupe du Seigneur, comme dit saint Paul ', mais qui ne veulent pas perdre leur part de la table de Satan, ni de la coupe des démons ; ne faisant aucun effort pour mortifier leurs passions, mais se laissant aller facilement à suivre leurs inclinations et à contenter l'immortification de leurs sens.

Elles témoignent de l'empressement pour recevoir souvent dans leur bouche le corps adorable et le précieux sang du Fils de Dieu, et ensuite elles sont aussi promptes à se railler, à se moquer du prochain, à parler à son dés avantage, à dire même quelquefois des paroles à double entente, et à chanter des airs mondains et des chansons profanes, comme si elles n'avaient mangé qu'un pain commun et ordinaire.

Ce sont celles qui ne voudraient pas manquer à entendre tous les jours la sainte messe, mais qui ne veulent pas aussi se priver de la satisfaction qu'elles prennent à la comédie, quoique toute l'Église Tait toujours condamnée comme une chose très pernicieuse, de la manière qu'elle se fait ordinairement.

Ce sont celles qui lisent quelquefois des livres de piété, mais qui passent les nuits à lire des romans ou autres livres semblables, dont la lecture est défendue expressément par plusieurs saints Conciles, parce que ces livres sont pleins de venin qui empoisonne les âmes des personnes qui les lisent. Ce qui a fait dire au grand Gerson, l'un des plus clairs flambeaux de la célèbre Université de Paris, parlant d'un faiseur de romans, que, s'il savait

1. * Non potestis calicem Domini biloere, et caliecm dueniouioruin. Non potestis mensae Domini participes esse, et mensœ cLi-moniorum. » 1 Cor., X. 20, 21.

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qu'il fût mort sans faire pénitence de ce péché, il ne prierait non plus Dieu pour lui que pour Judas '. ]

Ce sont celles dans les chambres et dans les cabinets desquelles vous voyez quelques tableaux de dévotion; mais vous y voyez aussi des peintures et quelquefois même des figures peu honnêtes, pour les postures indécentes et pour les nudités qui s'y voient, qui sont cause que Ton commet mille péchés. A raison de quoi un concile général, tenu à Gonstantinople en l'an 692, défend ces figures et ces peintures sous peine d'excommunication, parce qu'elles sont, dit-il, oculorum prœsligiatricest mentis corruptrices, et sufflammationum ad turpes volupiates incitairices : c'est-à-dire, « qu'elles enchantent les yeux, qu'elles corrompent les âmes, et qu'elles enflamment le feu infernal de la concupiscence charnelle. »

Ce sont celles qui se rendent assez assidues aux prédications de la sainte parole de Dieu ; mais qui ne font pas de scrupule d aller au bal et à la danse, dont le démon est L'auteur, et qui est une occasion d'une infinité de péchés et de la damnation de quantité d'âmes. Ce qui fait dire à saint Éphrem que la danse est la joie des diables et la tristesse des Anges9 ; et à saint Chrysostome, que c'est barathrum diaboli3, « le gouffre du diable », qui engloutit quantité d'âmes dans les enfers ; et à saint Augustin, comme aussi à un sacré concile de l'Église, qui est le troisième concile de Tolède, que c'est un plus grand péché de danser, spécialement aux fêtes, que de labourer la terre en ces jours-là1. C'est pourquoi le grand saint Ambroiso crie, parlant à toutes les mères5 : Ap-

l. Serm. k Adt>. — 2. Serm. Quod luducris.

:ï. Rom. 63 in Matlh. 13 et 14.

k. « M-iin-! est die djminica a rare, quam ehoreas ducere. » D. Aug. In Psal. 91.

.">. « Videlis quid docere, quid etiain dedocere filias debeatis. Saltet, sed adultéra' fi lia. Quhb vero pudica. quae easta est, filias suas religionem doceat, non saltationem. » Du Vitginib. lib. ?.

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