CHAPITRE II
La première Excellence de la sainte Enfance de la bienheureuse Vierge, qui est sa très noble origine et son extraction royale.
Gomme l'état et la condition de la nature humaine, ensuite de sa création et lorsqu'elle était encore dans 1 innocence, est ,très différent de l'état et de la condition de cette même nature, depuis qu'elle s'est perdue par le péché : il y a aussi grande différence entre la voie que Dieu avait donnée à l'homme dans l'état d'innocence, pour aller à lui, et le chemin par lequel il veut qu'il marche maintenant pour arriver au ciel.
Dieu avait mis l'homme, au commencement, dans les délices d'un paradis terrestre, dans la possession des biens et des commodités temporelles, et dans l'autorité et la puissance d'un souverain, ayant assujetti toutes les créatures à son empire. Et l'ordre de Dieu sur lui était qu'après qu'il aurait demeuré quelque temps en ce monde, lorsqu'il aurait plu à sa divine Majesté de l'en retirer, il serait passé d'un paradis à un autre paradis, du paradis de la terre au paradis du ciel.
Mais l'homme s'étant perdu dans cet état et dans cette voie, et la divine Miséricorde le voulant sauver, elle fait comme les médecins qui appliquent des remèdes contraires à la qualité du mal qu'ils veulent guérir : Contra-
310 l'enfance admirable
ria contrariis curantur. Dieu veut qu'il mette désormais sa gloire, son trésor et son paradis en la croix, etqu'il aille au ciel, non plus par la voie des honneurs, des richesses et des plaisirs d'un paradis terrestre, mais par celle des humiliations, des dépouillements et des mortjfications.
Voulez-vous voir la preuve de cette vérité ? La voici très évidente. N'est-il pas vrai que notre Sauveur est venu en la terre pour nous montrer, par son exemple et par ses paroles, le chemin qu'il nous faut tenir pour aller au ciel ? Or voyons, premièrement, l'exemple qu'il nous a donné et le chemin qu'il nous a tracé ; puis nous entendrons ce qu'il nous dit sur ce sujet.
N'est il pas vrai qu'il a toujours marché par le chemin des ignominies, des souffrances et de la pauvreté, ayant voulu naître pauvre, prendre naissance dans une étable, et mourir sur un gibet? Voilà l'exemple ; écoutons maintenant les paroles.
N'oyez-vous pas ce qu'il dit contre les grands et les grandeurs de la terre, contre les riches et les richesses de ce monde, contre ceux qui sont dans les joies et dans les plaisirs du siècle ? Tout ce qui est grand devant les hommes, dit-il, n'est qu'abomination devant Dieu : Quod ollum est hominibus, abominatio est ante Beum '. Malheur à vous, riches, parce que vous avez votre consolation2. Oh ! qu'il est difficile que ceux qui possèdent les trésors de la terre, puissent entrer dans le royaume de Dieu3! Malheur à vous, qui riez, c'est-à-dire, qui vous plongez dans les fausses joies de la terre, car le temps viendra que vous serez dans les pleurs et dans les larmes 4.