‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 199 sur 303 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La quatrième Excellence de la sainte Enfance de a bienheureuse Vierge, qui consiste en ce que sa naissance a été révélée du ciel à saint Joachim et à sainte Anne, et qu'elle leur a été annoncée par l'Archange saint Gabriel, qui était destiné pour être son Ange gardien.

jVTOUS avons vu ci-devant, au chapitre cinquième de la -L ' première partie de ce livre, comme la naissance de notre divine Enfant a été prédite et révélée aux Anges dès le commencement du monde, au premier homme ensuite de sa pénitence, et au saint patriarche Abraham. Il nous faut voir maintenant comme elle a été annoncée à saint Joachim et à sainte Anne, après avoir employé tant de

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prières, tant de larmes, tant de bonnes œuvres, tant de jeûnes et tant de pratiques de vertu, pour obtenir cette faveur de la divine Bonté. Voici ce que j'en ai appris des écrits de saint Jérôme, de saint Épiphane, de saint André de Crète, de saint Germain de Constantinople, de saint Antonin et de plusieurs autres.

Saint Joachim et sainte Anne ayant été vingt ans sans avoir d'enfants, et ayant jeûné quarante jours et employé tout ce temps en prières très ferventes, accompagnées de larmes et de soupirs, pour obtenir de Dieu qu'il eût agréable, ou de les délivrer de l'opprobre1 de la stérilité, ou de les rétirer de ce monde, voilà un Ange envoyé de Dieu, environné d'une lumière fort brillante, qui paraît premièrement à saint Joachim, et qui lui parle en cette façon, au rapport de saint Jérôme- : « Ne craignez point, Joachim, et ne soyez point troublé de ce que vous voyez; car je suis Gabriel, l'Ange du Seigneur, qui m'a envoyé vers vous pour vous assurer que le mérite de

1. « Quae (Rachel) concepit et peperit filiuni dicens : Abstulit Deus opprobrium meum. » Gen. XXX, 23.

2. « Quadam die, cum esset solus (Joachim), Angélus Domini ei cum immenso lumine adstitit. Qui cum ad ejus visionem turbaretur. Angélus qui ei apparuerat timorem ejus compescuit dicens : Noli timere. Joachim, nequein visione mea turberis. Ego enim sum Angélus Domini, missus ab ipso ad te, ut annuntiem tibi preces tuas esse exauditas, et eleemosynas tuas ascendisse in conspectum ejus. Videns quippe vidit pudorem tuum, et audivit sterilitatis opprobrium non recte tibi objectum ; peccati namque, non naturse ultor est Deus, et ideo cum alicujus uterum claudit, ad hoc facit ut mirabilius denuo aperiat, et non libidinis esse quod nascitur, sed divini muneris corgnoscatur. Prima enim gentis vestrae Sara mater, nonne usque ad octogesimum annum infecunda fuit, et tamen in ultima senectutis ;etate genuit Isaac, cui promissa erat benedictio omnium gentium ?... Proinde Anna uxor tua pariet tibi filiam, et vocabis nomen ejus Mariain... Et hoc tibi eorum quae annuntio signum erit : Cum perveneris ad auream in Jerosolymis portam, babebis ibi obviam Annam uxorem tuam, quae de tuae regressionis modo sollicita, tune in aspectu tuo gaudebit. » De Nat. Virg, Ce livre que l'on trouve dans beaucoup d'éditions de saint Jérôme, sous ce titre De Nativitate sanctse Marix, est faussement attribué au saint Docteur. Il n'a fait que le traduire du grec.

vos aumônes est arrivé jusqu'au troue de sa di\ine Majesté, et qu'il a exaucé vos prières. Il a vu la confusion et l'opprobre que vous avez souffert innocemment et sans l'avoir mérité, au sujet de lastérilité de votre femme ; et, touché de compassion, il a résolu de vous en affranchir- Car sa divine justice n'exerce sa vengeance que sur le péché, et non pas sur la nature. Dieu a rendu Anne stérile, pour lui donner une fécondité miraculeuse. Votre mère Sara ayant vécu jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans sans avoir d'enfants, a enfin engendré Isaac, dans son extrême vieillesse, qui a été le père d'un peuple et d'une postérité immense. Ainsi votre femme, après avoir été longtemps stérile, vous enfantera une fille que vous appellerez Marie. En témoignage de quoi, voici un signe que je vous donnerai : c'est que, allant en Jérusalem, vous la rencontrerez à la porte dorée, là où, après le soin et la peine où elle est maintenant de votre absence, elle aura une grande consolation de vous voir. »

Voilà ce que l'Ange dit à saint Joachim. Qui pourrait penser la joie inconcevable qu'il reçoit de ces heureuses nouvelles? Qui pourrait dire les louanges et les actions de grâces qu'il en rend à la divine Bonté?

Après cela, saint Gabriel va trouver sainte Anne, selon le témoignage du bienheureux André de Jérusalem, et d'Eustachius, évèque d'Antioche, qui écrivent la chose en cette façon1 : Environ l'heure de None, sainte Anne, étant assise sous un arbre dans son verger, et faisant cette prière à Dieu : « 0 Dieu de nos pères, exaucez ma prière, et bénissez-moi comme vous avez béni Sara, en lui donnant son fils Isaac » : voilà l'Ange du Seigneur

1. « Girca horam diei nonam, sub arbore in viridario suo (Anna) sedens, his verbis Deum obsecrabat : Deus Patruni nostrorum, benedic mibi et exaudi orationem meam. sicut benedixisti vulvae Sarte, et dedisti illi filiuni Isaac... Et talia dicenti Angélus Domini apparens, liberorum annuntiat susceptioneni.., » S. Eustach. Antiocli. Comment, in Hexameron.

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i|ui lui parait, dont elle demeure troublée d'abord: mais l'ayant rassurée, il lui annonce la même chose qu'il dit à son mari saint Joachim, que Dieu lui donnera une lï lie qui s'appellera Marie, et qui sera la Mère du Rédempteur du monde : ce qui la comble d'une joie inimaginable. Voilà ce que dit saint Eustachius, comme aussi saint Germain de Constantinople l, Métaphraste, A'icéphore2, Antiochus, abbé du monastère de Saint Sabas3, l'antaléon, diacre*, et plusieurs autres5.

C'est ainsi que la naissance de notre sainte Enfant a été annoncée à saint Joachim et à sainte Anne, et par un Ange, qui est un privilège qui n'appartient qu'à celte glorieuse Vierge entre toutes les femmes. Car il est bien vrai que la naissance du saint patriarche Isaac et celle de saint Jean-Baptiste ont été promises par des Anges à leurs parents; mais entre les femmes, la Mère de Dieu est seule dans l'Écriture sainte dont la naissance a été annoncée par un Ange ; et cet Ange était saint Gabriel, i|ui, selon Eusèbe Émyssène, saint Pierre Damien et saint Épiphane, était destiné de Dieu pour être l'Ange gardien de la Reine des Anges 6. Et cela est conforme à ces paroles que sainte Brigitte lui adresse, dans la première des oraisons qui lui ont été révélées divinement :

1. « Dominus llexus amborum precibus. misit Angelum, qui pra.nuntiaret filia? conceptionem. « S. Germ. Const. in Encomio Virg.

2. Sed enim divino nulu ad eam quam petierat gratiam Anna confirmata atque roborata. » Nicepbor. /fiât, cccles. lib. 1. cap. 7.

3. In Pandecte Scripturse ad Enstacfiium, homil. 107. De Compuncllone.

4. «< Gabrielem autem Archangelum D. Anna? Virginis conceptum nuntiasse scribit Pantaleon, apud Metaphrasten, in Orat. de S. Michaele. » Barradas, ( uniment, lib. 6. cap. 3.

5. Cf. S. Epiph. liserés. 69 contra Collyridianos ; S. Joan. Dam. Orat. 1 de Dormit. Vlrg. : Fulbert. Carnot. Serm. 2 deSat. Virg.

t>. « Hune autem Angelum (custodem B. Virginis) fuisse S. Galniilem tradit S. Bernardus, qui ait (Epist. 67) : B. Virgo Gabrieli Arckangelo servanda ab initin tradita fuisse credenda est. a Lépicier. Tract, de B. V. Maria, p. 2. c. 2. a. 1, n. 13.

SECONDE PARTIE. — CHAPITRE V Mil

« Gloire vous soit, ô Marie, Vierge sacrée, Mère de, Dieu, ma très honorée Dame, dont la naissance a été annoncée à votre père et à votre mère par le même Ange qui vous a annoncé l'Incarnation de votre Fils1. »

Plusieurs Docteurs tiennent que ce saint Archange n'était pas seul dans cette occasion, mais qu'il ('tait accompagné d'un grand nombre d'autres Esprits célestes, tant à raison de l'importance d'une ambassade si solennelle, que pour le très grand respect et la très ardente affection que tous les Anges portaient à cette admirable Enfant qui devait naître de saint Joachim et de sainte Anne, et que Dieu leur avait fait connaître dès le commencement du monde, ainsi qu'il a été dit. \

O bienheureux Archange, vous êtes l'ange servant de Jésus, et l'ange gardien de la Mère de Jésus. Dieu vous a choisi entre tous les Esprits bienheureux, pour être employé dans les choses qui appartiennent au mystère de son amour et de ses bontés, qui est le mystère de l'Incarnation. C'est vous qui êtes envoyé au prophète Daniel, pour lui prédire le temps auquel ce grand mystère se doit accomplir-. C'est vous qui êtes envoyé à saint Zacharie, pour lui dire que sa femme Elisabeth lui enfantera un fils qui s'appellera Jean, et qui sera le précurseur du Messie. C'est vous qui êtes envoyé à saint Joachim et à sainte Anne, pour leur déclarer que Dieu leur donnera une fille qu'ils appelleront Marie, et qui sera la Mère du Sauveur du monde. C'est vous qui êtes envoyé à cette divine Marie, pour la saluer comme pleine de grâce, comme ayant le Seigneur avec elle, comme étant bénite entre toutes les femmes, et comme étant élue de Dieu pour concevoir et enfanter le Rédempteur du monde. C'est vous qui tirez saint Joseph de la

1. Gloria sit tibi, Domina mea Virgo Maria, qure ab illo Angelo quo tibi Christus nuntiatus fuit, ab eodem etiam tu patri et niatri tuse nuntiata fuisti. » Orat. 1.

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