‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 202 sur 303 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La cinquième Excellence de la sainte Enfance de la bienheureuse Vierge, qui est la joie extraordinaire dont sa naissance a rempli tout le monde.

Ce n'est pas sans sujet que l'entrée des enfants d'Adam en cette vallée de larmes est toujours accompagnée de pleurs et de gémissements. S'ils avaient l'usage de raison, et qu'ils pussent bien connaître le misérable état dans lequel ils naissent, non seulement ils gémiraient, mais ils fondraient en larmes et mourraient de douleur : et si ce malheureux état était visible à tout le monde, leur naissance remplirait tout le monde de tristesse et

le désolation. N'est-ce pas un grand sujet de désolation de voir que tout enfant qui vient en ce monde, quel qu'il soit, quand ce serait le fils d'un prince et d'un monarque, naît ennemi de son Dieu, dans la rébellion contre son Créateur, les armes à la main pour lui faire la guerre, enfant d'ire et de malédiction, enfant du diable, dans la possession de Satan, membre de Lucifer, et en état de mort et de perdition ? Une telle naissance n'est-elle pas déplorable avec des larmes de sang? n'est-elle pas digne des pleurs et des lamentations de tout l'univers ?

C'est l'état funeste dans lequel naissent tous les enfants d'Adam, qui est un effet du péché qu'ils apportent avec eux du ventre de leur mère ; et nous n'avons point de connaissance certaine qu'aucun soit préservé de ce malheur épouvantable, hormis la bienheureuse Vierge et saint Jean-Baptiste. Car le saint Évangile nous assure de celui-ci, qu'il a été rempli du Saint-Esprit dès le ventre de sa mère, trois mois avant sa naissance, et, par conséquent, qu'il est né non pas enfant d'ire et de malédiction, comme les autres, mais enfant de grâce et de bénédiction, dont la naissance a été suivie d'une joie extraordinaire qui s'est répandue par toute la terre, et qui durera jusqu'à la fin des siècles.

Pour ce qui est de la très sacrée Vierge, nous avons déjà vu que c'est le sentiment de toute l'Église qu'elle a été remplie du Saint-Esprit, non seulement trois mois avant sa naissance, mais dès le moment de son immaculée Conception ; et que plusieurs grands théologiens enseignent qu'elle est née dans une sainteté qui surpasse relie de tous les Anges et de tous les Saints ensemble. Et nous entendons la voix de la sainte Église, qui, au jour de sa naissance, fait retentir ces paroles par tout l'univers : Votre naissance, ô Vierge Mère de Dieu, a rempli tout le monde de joie, car c'est de vous que le soleil d>' justice, Jésus-Chrisl notre Dieu, a pris naissance ; lequel, rompant les liens de la malédiction en laquelle nous étions

;U"2 l'enfance admirable

engagés, nous a apporté la bénédiction, et, faisant mourii la mort, nous a donné la vie, et la vie éternelle*.

C'est ce que la même Vierge dit un jour à sainte Brigitte : « C'est une vérité très constante, lui dit-elle, que je t'annonce, ma fille, que ma naissance a été le commencement et la source des véritables joies2. »

Ces joies ont été universelles ; car le ciel, la terre, l'enfer, les Anges, les liommes, le Créateur et toutes les créatures y ont eu part. Quelle fête, quelle jubilation pour tous les Anges, lorsqu'ils voient naître celle que Dieu leur a fait connaître, comme nous avons vu ci-dessus, dès le commencement du monde, par le moyen de laquelle les ruines que le péché a faites parmi eux doivent être réparées ! Quelle consolation, quels ravissements pour les âmes des saints Patriarches, des saints Prophètes et de;autres saints Pères qui sont dans l'enfer des Lymbes. spécialement d'Adam, d'Eve, d'Abel, de Noé, dAbraham. d'Isaac, de Jacob, de Joseph, de Moïse, de David, lorsqu'ils apprennent par leur bons Anges la naissance de celle par l'entremise de laquelle ils seront bientôt délivrés de ces prisons obscures dans lesquelles ils sont détenus !

Qui pourrait s'imaginer la joie inconcevable et les^ transports merveilleux de saint Joachim et de sainte Anne, voyant qu'après tant de soupirs, tant de larmes, tant déjeunes, tant d'opprobres au sujet de leur stérilité, Dieu leur a fait cette faveur incomparable, de les choisir pour être le père et la mère de celle qui doit être la Mère de ce Messie, de ce Sauveur tant désiré, tant attendu, et si nécessaire pour le salut de l'univers. Cette divine Vierge dit un jour à sainte Brigitte3, que lorsque sa

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