Prov. VIII
nité, des plus petites actions de votre sainte Enfance, lui a donné une joie et une complaisance inexplicables.
Véritablement c'est avec grande raison que la sainte Église dit de cette glorieuse Vierge qu'elle est la cause de notre joie : Causa nostrje Isetitise. Car, puisque son Enfance même est le sujet de la joie de notre adorable Père, elle peut bien être la cause de la joie de tous ses enfants. Eten effet, elle estla source de toutes les saintes et véritables joies du ciel et de la terre, des hommes et des Anges. D'où il faut inférer aussi qu'elle possède aeee éminence toutes les joies et félicités du ciel et de la terre, puisque la fontaine contient excellemment tout ce qui est dans ses ruisseaux. De là vient quelle est appelée par saint Jean Damascène : Une mer inépuisable de joie : Incxauslum gaudii pelagus E ; et par le saint prêtre Chrysippus : Le trésor de toutes les joies, et l'origine de notre félicité : Thésaurus ornais isetitise, et origo nostrse felicilatis*; et par saint Germain de Constantinople : La joie de tout le monde : Gaudium universimundi3 ; et par saint Méthodius, martyr : Le commencement, le milieu et la fin de nos saintes réjouissances4.
Jamais personne n'a souffert en la terre, après son Fils Jésus, des douleurs si sensibles comme celles qu'elle y a endurées ; mais jamais personne n'y a possédé des joies si pures, si solides et si grandes comme celles qu'elle y a possédées ; entre lesquelles on en compte sept principales : dont la première est celle qu'elle a reçue en la salutation de l'Ange ; la seconde, en la Visitation de sainte Elisabeth; la troisième, en son divin enfantement ; la quatrième, en l'adoration des saints Rois ; la cinquième, lorsqu'elle a retrouvé son divin Enfant entre les Docteurs, après l'avoir perdu trois jours ; la sixième, lorsqu'il la visitée toute la première après sa résurrection ; la
1. Orai. de Assumpt. — 2. De Laud. B. Virtf. 3. In Pm'. XL1V. — 4. Urat. ,le iiypup.
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septième, lorsqu'elle le vit monter au ciel, lorsqu'il envoya son Saint-Esprit à son Église, et lorsqu'elle fut transportée en corps et en âme dans le paradis. Car je mets ces trois ensemble pour en faire la septième.
Outre cela, les joies qu'elle possède dans le ciel sont inconcevables, entre lesquelles on en compte encore sept principales : dont la première est la joie qu'elle a de se. voir si élevée dans la gloire et si proche du trône de la très sainte Trinité, qu'il n'y a que Dieu seul au-dessus d'elle, et que tout ce qui n'est point Dieu est sous ses pieds ; la'seconde, de ce que, pour sa seule virginité, elle possède une couronne plus riche et plus précieuse que toutes les couronnes des habitants du ciel ; la troisième, de ce qu'elle est le second soleil du paradis, qui remplit de joie tous les cœurs des Anges et des Saints ; la quatrième, de ce que tous les citoyens de la Jérusalem céleste l'honorent et la louent incessamment comme leur Heine, comme leur Mère et comme la Mère de leur Rédempteur; la cinquième, de ce que Dieu lui a donné une puissance absolue au ciel et en la terre, et sur toutes ses créatures ; la sixième, de ce qu'il lui a donné un pouvoir spécial de bénir, de protéger et de favoriser en toutes manières tous ceux qui lui ont une dévotion particulière ; la septième, de ce que toutes ces joies ne diminueront jamais, mais croîtront toujours jusqu'au jour du jugement, et seront éternelles.
De plus, elle jouit clans le ciel de quelques joies spéciales que son Fils bien-aimé lui donne, en récompense des douleurs et des angoisses qu'elle a souffertes ici-bas à son occasion, dont j'en remarque sept principales, qui sont les sept glaives de douleur dont son Cœur maternel a été transpercé : premièrement, lorsque saint Siméon lui dit dans le temple, que son âme serait percée de part en part du glaive de douleur ; secondement, lorsque, pour éviter la fureur d'Hérode qui voulait massacrer son adorable Enfant, elle fut obligée de fuir et de le porter
avec saint Joseph en Egypte; troisièmement, lorsqu'elle perdit cet Enfant bien-aimé et qu'elle fut privée de sa très douce présence, l'espace de trois jours ; quatrièmement, lorsqu'elle le vit flageller, couronner d'épines, condamner à mort, et qu'elle le rencontra portant sa croix et allant au Calvaire ; cinquièmement, lorsqu'elle le vit crucifier ; sixièmement, lorsqu'elle le reçut entre ses bras, étant détaché et descendu de la croix; septièmement, ses désolations extrêmes depuis la mort de son Jésus jusqu'à sa résurrection.
Il n'y a point de langue qui puisse dire le martyre très sanglant que cette divine Mère du Sauveur souffrit lorsque son Cœur maternel fut transpercé de ces sept glaives de douleur ; mais aussi il n'y a point d'esprit qui puisse comprendre les torrents de joies et de délices dont son Fils bien-aimé enivre continuellement ce même Cœur dans le ciel, en récompense des supplices qu'elle a portés en la terre à son occasion.
Désirez-vous, mon cher frère, faire une chose bien agréable à cette bienheureuse Vierge ? faites ce qu'elle dit à sainte Mechtilde : offrez-lui la joie qu'elle a dans le ciel, de ce que Dieu l'a tant aimée, même auparavant sa naissance, qu'il a pris une complaisance particulière dans toutes les actions de son Enfance.
Je trouve dans les Annales de Bencius1, qu'en l'année 1008, la sacrée Vierge apparut à un hérétique, nommé Martin Guttric, natif de Comberg en Allemagne, et lui ordonna de renoncer à son hérésie, et de se réconcilier avec Dieu et avec son Eglise, et de se disposer à la mort par le sacrement de la pénitence et de la sainte communion, l'assurant que, par ce moyen, elle lui obtiendrait
1. François Benci ou Bencio, Jésuite, né à Aquapendente en Italie, mort à Rome en 1594, à l'âge de 52 ans. Il est auteur de plusieurs ouvrages en prose et en vers, entre autres des Annuee litterse de rébus Societatis Jesu, dont parle ici le P. Eudes. Ces Annales furent continuées après la mort de Benci.
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miséricorde; et qu'aussitôt il fit appeler le père Frideric Kournier, qui prêchait alors en la cathédrale de Bamberg, et qu'ayant accompli ce que la Mère de grâce lui avait commandé, il mourut avec toutes les marques d'une sainte mort, dont il sera éternellement obligé à cette Mère de miséricorde qui lui tit cette faveur, parce que, ainsi qu'il le déclara à son confesseur, quoiqu'il fût engagé en l'hérésie de Luther, il ne laissait pas de dire la Salutation angélique tous les matins et tous les soirs, pour offrir à la bienheureuse Vierge l'honneur et la joie qu'elle avait reçue en 1 Incarnation de son Fils.
Je trouve aussi dans les livres de sainte Mechtilde, qu'un jour cette sainte désirant offrir quelque chose à cette même Vierge, qui lui fût agréable, elle lui dit : « Ma fille, offrez-moi la joie que mon Cœur reçut lorsque le Fils de Dieu sortit du Cœur de son Père pour venir dans mon sein, et la joie dont je fus remplie lorsque ce même Fils, sortant de mes entrailles, me combla de douceur et de réjouissance1.
Plusieurs graves auteurs rapportent que saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, disait tous les jours sept Ave Maria en l'honneur des sept joies principales que la sainte Vierge a eues en la terre, et qu'elle l'avertit d'y joindre aussi les sept principales joies qu'elle possède dans le ciel, l'assurant que cette dévotion lui était très agréable, et qu'elle assisterait, à l'heure de la mort, tous ceux qui la pratiqueraient, qu'elle remplirait leur cœur de consolation, qu'elle recevrait leur âme à la sortie de leur corps, et qu'elle la présenterait à son Fils2.
Toutes ces choses vous faisant voir clairement, mon
t. « Admone me gaudii quod habui, cum Filius Dei, tanquam ^ponsus procedens de Corde Patris, in uterum meum venit, exultans ut gigas ad currendam viam. Secundo, gaudii quod habui, cum de virginali utero meo progrediens, factus est mihi Filius dulcedinis atque gaudii. » Lib. spec. gralise, part. 1, cap. 41.