‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 21 sur 303 · A LA REINE · texte numérisé non relu

A LA REINE

Maison d'Autriche, et qui est le précieux héritage que vos qlorieux ancêtres ont laissé à Votre Majesté. Aussiést-ce un des plus éclatants fleurons de la Couronne de France, qui regarde et révère cette sacrée Impératrice de l univers comme sa très honorée patronne, sa très puissante protectrice, et son refuge ordinaire en toutes ses nécessités publiques et particulières. Et Votre Majesté a bien su enchâsser dans son cœur royal ce très précieux diamant de la vraie dévotion à la bienheureuse Vierge, qui fait le plus bel ornement des deux Couronnes de France et d Espagne.

Tous les jeûnes de Votre Majesté aux veilles des fêtes de la Mère de Dieu, toutes les saintes communions quelle fait en ses solennités, et toutes les libéralités qu'elle exerce vers les pauvres en ces mêmes jours, sont autant de voix qui publient hautement que celte dévotion de Votre Majesté, vers cette divine Mère n'est pas extérieure et appareille seulement, mais si solide et si véritable, que nous avons sujet de croire quelle attire et qu'elle attirera toujours de plus en plus la protection et la bénédiction du ciel, non seulement sur Votre Majesté et sur la maison royale, mais aussi sur toute la France.

Mais ce qui fait voir encore davantage la sincérité et l'excellence de cette dévotion de Votre Majesté, c'est te soin quelle prend d'imprimer en elle une image vivante des saintes vertus de cette incomparable Mère de Dieu. Car cet entier éloignement qui se voit en Voire Majesté, des désordres qui régnent dans le monde, cette rare pureté de vie et de mœurs, cette assiduité infatigable dans la prière, cette fréquente réception des Sacrements, sont-ce pas les quatre éléments de la vie chrétienne cl les quatre fondements de toutes les vertus ?

Après cela, Madame, èi qui pourrais-je offrir ce livre composé (i l'honneur de la Reine des Anges, qu'à une Reine très pieuse, qui tâche de se parer, par une soigneuse imitation, des plus excellentes perfections de cette admi cable Princesse, étant bien persuadée que ce qui fait l or-

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nement et la gloire d'une reine chrétienne, ce ne sont pas les vanités et les pompes du monde auxquelles elle a renoncé en son baptême, mais les véritables vertus qui ont élevé la Reine du ciel au plus haut trône de la gloire.

Je supplie donc Votre Majesté, Madame, d'avoir agréable ce petit présent que j'ose me donner l'honneur de lui faire, pour lui marquer ma reconnaissance sur toutes les bontés dont il lui a plu de ni honorer1, et pour lui témoigner le très grand désir que j'ai quelle se sanctifie toujours davantage par limitation de. la Mère de tous les Saints. C'est à quoi pourra contribuer la lecture de ce livre, où j'espère que Votre Majesté trouvera des choses qui ne lui seront pas désagréables, et qui allumeront de plus en plus dans son cœur le feu sacré du divin amour dont il est déjà embrasé pour le Fils unique de Marie et pour sa très aimable Mère.

Plaise à cet adorable Sauveur et à cette divine Mère de prendre une pleine, absolue et éternelle possession de ce cœur roijal, et défaire qu'il soit tout selon le Cœur de Dieu. Il n'est point de vœux ni de prières que l'on fasse avec plus de ferveur que celles qui se font tous les jours à cette fin par celui qui est, dans un très profond respect, Madame, De Votre Majesté

Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet,

JEAN EUDES, Prêtre.

J. En 1671, le P. Eudes avait prêché à Versailles une mission qui lut défrayée par le Roi. En 1673, à la demande du Roi et de la Reine, il donna les exercices de la mission à Saint-Germain-en-Laye. C'est sans doute dans ces deux circonstances que le Vénérable reçut de Marie-Thérèse les marques de bienveillance auxquelles il fait allusion. Quand il écrivait cette dédicace à la Reine, le P. Eudes avait la douleur d'être tombé dans la disgrâce du Roi.

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