‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 231 sur 303 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

La douzième Excellence de la sainte Enfance de la bienheureuse Vierge, qui est qu'elle porte la qualité de Mère de Dieu et des enfants de Dieu, dans cette même Enfance.

C'est un monde de merveilles que la très sacrée Vierge, c'est un océan de prodiges, c'est un abîme de miracles. Quelle merveille qu'une créature donne l'être ù son Créateur, duquel elle l'a reçu, et qu'une fille d'Adam née dans le temps, donne la vie à celui qui est vivant de toute éternité ! Quel prodige qu'une mère soit la fille de son fils, et qu'une fille soit la mère de son père ! Quel miracle qu'une vierge conçoive et enfante un fils, demeurant toujours vierge, et un fils qui est Dieu ; qu'une étoile enfante un soleil ; qu'un ruisseau soit l'origine de sa source ; qu'une fontaine soit la source d'une mer !

Mais quelle merveille devoir une enfant qui est mère, une enfant d'un jour, d'une heure, d un moment, qui est Mère du Roi de tous les siècles ! Comment cela se peut-il faire ? En trois manières. Car je vois trois sortes de maternités dans cette bienheureuse Enfant : une maternité spirituelle, une maternité morale, une maternité corporelle.

Quelle est la Maternité spirituelle ? C'est celle dont le Fils de Dieu fait mention en ces paroles : Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux deux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère1 ; c'est-à-dire, je le regarde et l'aime comme mon frère, ma sœur et ma mère. Pourquoi est-ce que le Fils de Dieu donne cette glorieuse qualité de mère aux personnes qui font la volonté de son Père?

1. « Quicumque l'ecerit voluntatem Patvis mei qui in cœlis est ipse meus f'rater, et soror et mater est. » Matth. XII, 50.

160 L'ENFANCE AHMIlîAlil.E

C'est parce que toute âme chrétienne qui aime son Dieu et qui accomplit sa divine volonté, forme et fait naître le même Fils de Dieu dans son sein, selon ces paroles de saint Paul : Formetur Chrislus in vobis1; à raison de quoi elle est appelée, par saint Ambroise et par saint Jérôme, Verbigena, « la mère du Verbe éternel » ; et elle est tellement sa mère, que, selon le très docte et pieux Grerson, elle lui peut dire ce que le Père éternel lui dit de toute éternité : Filius meus es tu, ego hodi<> g<enw te* : « Vous êtes mon fils, aujourd'hui je vous ai engendré. »

C'est pour cette raison que notre petite Marie est Mère de Jésus dès son Enfance, parce que dès lors elle a accompli très parfaitement toutes les volontés de Dieu. Je sais bien que cela lui est commun avec saint Jean-Baptiste et avec quelques autres Saints. Mais voici deux choses qui lui sont particulières, et qui n'appartiennent qu'à elle seule :xdont la première est, qu'ayant eu plus de grâce et plus d'amour vers Dieu, dans son Enfance, que tous les Saints, et ayant par conséquent accompli la volonté de Dieu plus parfaitement que tous les Saints, elle a formé et fait naître le Fils de Dieu dans son Cœur, d'une manière beaucoup plus excellente que tous les autres Saints.

La seconde est qu'elle lui a donné naissance dans son Cœur dès le moment de son immaculée Conception, qui est un privilège qui n'appartient qu'à elle seule. Elle l'a formé dans ses bénites entrailles étant âgée de quatorze ans ; mais elle l'avait conçu dans son Cœur dès le premier instant de sa vie : Prius concepit mente quam ventre, dit le grand saint Léon3. Et ainsi cette divine Enfant est Mère de Dieu dès lors qu'elle commence à vivre, et cette maternité spirituelle lui est plus avantageuse et plus glorieuse, dit saint Augustin, que la maternité corporelle. Voire celle-ci ne lui aurait profité de rien, dit ee

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