TROISIÈME PARTIE. — CHAWTRE V
péril où elle était réduite, elle l'obligea de lui donner le saint baptême, où elle fut nommée Catherine, dans une église de religieuses de Saint-Bernard, <]iii est à demilieue de Louvain. Ensuite de quoi, se voulant consacrer entièrement au service de Dieu et de la glorieuse Vierge, elle fit tant par ses prières et par ses larmes auprès de ces bonnes religieuses, qu'elles la reçurent parmi elles et lui donnèrent le saint habit de leur Ordre.
Son père, averti de ce qui se passe, n'oublie rien de tout ce qu'il peut faire pour rompre les pieux desseins de sa fille. Il emploie les plus considérables de la ville pour parler à l'évêque, et pour écrire au pape Honoré III, afin qu il lui soit permis de retirer sa fille et de la garder avec lui jusqu'à ce qu'elle eût atteint l'âge de douze ans seulement. Catherine s'oppose à cette ruse de Satan, et plaide elle-même sa cause devant l'évêque de Liège avec tant de force et avec des raisons si pressantes, que tous ceux qui l'entendirent jugèrent que c'était le Saint-Esprit qui parlait par sa bouche, et qu'elle avait le droit de son côté. Et, en effet, elle gagna sa cause, car il fut arrêté qu'elle demeurerait où elle était.
Ce qui augmenta tellement sa dévotion envers la très sacrée Mère de Dieu, à qui elle se tenait redevable de cette faveur, que, quand les autres religieuses étaient demandées au parloir par leurs parents, elle, qui n'avait personne qui l'y appelât, s'en allait se prosterner devant une image de la bienheureuse Vierge, et avec un cœur tout plein d'humilité, d'amour et de confiance, lui disait : « Très bonne et très charitable Vierge, vous ne rejetterez pas, s'il vous plaît, une pauvre orpheline qui vient à vous comme à sa Reine, à sa Mère, à sa tante, à sa sœur, à sa cousine, et enfin, qui n'a point d'autre parente que vous. » Et en disant cela, elle fondait en larmes de douceur et de consolation ; et oubliant heureusement toutes les créatures de ce monde, elle s'entretenait avec la Mère de son Créateur et la sienne, en des colloques si
436 l'enfance admirable
pleins de suavité, qu'il n'y a point de langue qui la paisse exprimer.
0 ma très chère Mère, ù la Reine de mon cœur, priez votre Fils bien-aimé qu'il me fasse la grâce d'oublier ainsi entièrement tout ce qui est en la terre, pour ne penser plus qu'à lui et à vous, pour n'aimer plus que lui et que vous, pour ne chercher plus de consolation qu'en Jésus et Marie, et pour ne plaire plus qu'à Jésus et à Marie.