‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 267 sur 303 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Méditation sur les raisons qui nous obligent d'honorer et d'imiter la bienheureuse Vierge dans sa sainte Enfance.

PREMIER POINT

Considérez que nous sommes obligés d'honorer la très sacrée Vierge dans son Enfance : Premièrement, parce que l'état de cette sainte Enfance ayant duré douze ans, contient en soi une infinité de choses très grandes et très saintes, qui méritent de très grands honneurs, et qui seront éternellement l'objet des louanges de tous les

habitants du ciel. Comptez tous les mystères, toutes les excellences, toutes les vertus, toutes les pensées, affections, paroles, actions et mortifications de cette divine Enfant, et tout le saint usage qu'elle a l'ait des puissances de son àme et de tous ses sens intérieurs et extérieurs, l'espace de douze ans, et vous compterez autant de raisons qui vous obligent d'avoir une dévotion singulière pour sa bienheureuse Enfance ; parce que, comme elle était toujours remplie de grâce et possédée du Saint- Esprit qui la conduisait en toutes choses, tout ce qui se passait en son intérieur et en son extérieur était rempli -de perfection et de sainteté, et digne par conséquent d'une particulière vénération.

Secondement, nous devons révérer cette admirable Enfant, parce que tout l'état de son Enfance a été un exercice continuel d'adoration, de louange et d'amour vers Dieu ; et que, comme elle était plus remplie de grâce que les plus grands Saints n'en ont jamais eu dans la plénitude même de leur sainteté, et qu'elle agissait toujours intérieurement et extérieurement selon toute l'étendue de sa gr^ice, elle a plus glorifié Dieu dans les plus petites actions de son Enfance, que n'ont fait les premiers d'entre les Saints, par les plus héroïques vertus qu'ils ont pratiquées.

Troisièmement, nous devons rendre tout l'honneur possible à cette glorieuse Enfant, d'autant que toutes les vertus de son Enfance ont été employées pour la préparer à nous donner un Sauveur, et à coopérer avec lui à l'œuvre de notre salut. Que toutes ces raisons excitent en nos cœurs une dévotion toute singulière et un amour très particulier vers cette aimable Enfant.

SECOND POINT

Voici d'autres considérations qui nous font voir que nous sommes obligés à la divine Enfance de Marie, et de trois grandes faveurs que Dieu nous a faites. Pour bien

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entendre ceci, remarquez que le Fils de Dieu ayant à naître eu la terre, il pouvait créer une Vierge dans un âge parfait, de laquelle, après s'être incarné en elle, il aurait pu prendre naissance. Mais son infinie bonté vers nous l'a obligé de choisir une Mère qui fût tille d'Adam, et par conséquent qui, étant venue au monde par voie de naissance, eût passé par l'état de l'Enfance, afin d'honorer, par ce moyen, toute la postérité d'Adam de trois faveurs signalées.

La première est que, par cette naissance de l'Enfant Marie, la divine Bonté nous donne deux trésors de sainteté, c'est-à-dire saint Joachim et sainte Anne, que nous n'aurions point sans cela, dans les qualités qu'ils ont de père et de mère au regard de Jésus et de Marie, et au regard de leurs enfants, et dans la haute sainteté qui accompagne ces éminentes qualités.

La seconde faveur est que. par la naissance de cette sainte Enfant. Dieu fait à la race d'Adam un autre don inestimable, qui est un trésor immense de toutes sortes de biens. Quel estce trésor? C'est la très sainte et très précieuse Mère de Dieu. Car si le Fils de Dieu avait voulu naître d'une Mère qui ne fût point venue au monde par voie de naissance, comme la première femme, elle n'aurait point été fille d'Adam, et ainsi la race d'Adam n'aurait point été honorée d'une Mère de Dieu qui fût sortie de son sang, et la Mère de Dieu n'aurait point été notre sœur.

La troisième faveur est que, par la naissance de cette merveilleuse Enfant, nous possédons un quatrième trésor infiniment plus riche que les trois précédents, et ce trésor c'est l'Homme-Dieu. qui est notre frère, ce qui ne serait pas s'il était né d'une Mère qui ne fût pas venue au monde par voie de naissance, et par conséquent, qui ne fût pas fille d'Adam. Car cela étant, il ne serait pas lui-même de l'extraction d'Adam, et ainsi il ne serait pas notre frère.

Pesez bien ces trois grandes faveurs que Dieu nous a faites, parla naissance de celte divine Enfant, et que ces considérations excitent en vous un grand désir de l'honorer en toutes les manières qu'il vous sera possible.

TROISIÈME POINT

Considérez que le Fils de Dieu a voulu que sa très digne Mère passât par l'état de l'Enfance, afin de nous donner par ce moyen un exemplaire et une règle de la vie que tous les chrétiens doivent mener, qui sont obligés par les lois de l'Évangile, d'être des enfanls en innocence, en simplicité, en humilité, en obéissance, en pureté, en douceur, en mansuétude. Je vous dis en vérité, dit notre Sauveur, que si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez semblables à des petits enfanls, vous ri entrerez jamais dans le royaume des cieuxx.

Rendez grâces au Fils de Dieu de la faveur qu'il vous a faite de vous avoir donné un exemplaire si noble et si charmant, et une règle si sainte et si douce. Ayez une singulière vénération pour ce divin exemplaire, et une cordiale affection" pour cette aimable règle. Jetez souvent les yeux sur ce sacré modèle ; étudiez soigneusement votre règle. Voyez si vous l'avez suivie pau le passé. Humiliez -vous et demandez pardon à Dieu des manquements que vous y avez commis. Entrez dans un grand désir de commencer tout de bon à la garder par une soigneuse imitation des vertus de la sainte Enfance de votre divine Mère; et la suppliez instamment d'en imprimer en vous une parfaite image, et d'y anéantir tout ce qui y peut mettre empêchement.

1. « Amen dico vobis, nisi conversi fueritis, et efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnutn oaelorum. » Mattb. X VIII, 3.

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