‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 28 sur 303 · Cant. VII · texte numérisé non relu

Cant. VII

qui lui fait dire avec admiration : « Que votre chaussure, ô fille du Prince, et que vos démarches sont belles et admirables ! »

Non, il n'y a rien dans cette glorieuse Enfant qui ne soit digne d'admiration. Elle est admirable dans sa prédestination éternelle, dans les saintes figures qui l'ont précédée et représentée, dans les divins oracles qui l'ont prédite et annoncée. Vous êtes admirable, ô Vierge non pareille, dans votre conception immaculée, qui est un abîme de prodiges ; admirable dans les neuf mois de votre résidence au ventre sacré de votre bénite mère, dont tous les moments sont miraculeux ; admirable en votre naissance, qui n'en a jamais eu de semblable, après celle de votre Fils ; admirable en votre auguste nom de Marie, qui est un monde de merveilles ; admirable en votre demeure de trois ans en la maison de vos parents, dont tous les moments contiennent autant de miracles ;'. admirable en votre sortie de la maison de votre père et dé votre mère, pour vous aller offrir solennellement à Dieu dans son temple, n'ayant que trois ans, qui est un effet extraordinaire et miraculeux de l'amour inconcevable que vous avez pour sa divine Majesté ; admirable en cette oblation et présentation, qui est pleine de prodiges; admirable dans le séjour que vous avez fait au sanctuaire du temple, ce qui ne s'est pu faire que par un ordre miraculeux de la divine Providence ; admirable dans les exercices et occupations merveilleuses que vous avez eues pendant votre résidence dans ce même temple. Que dirai je davantage ? Je vois encore, dans cette bénite Enfant, plusieurs excellences et perfections merveilleuses, et qui seront éternellement l'objet des admirations et des louanges de tous les habitants du ciel. Car si nous cherchons son origine et son extraction, nous trouverons qu'elle est merveilleusement illustre et glorieuse devant Dieu et devant les hommes, puisqu'elle est sortie de plusieurs ducs, de plusieurs rois, dont le saint roi

David estle premier, et de plusieurs Patriarches éminents en sainteté.

Si nous regardons le père et la mère par lesquels Dieu nous l'a donnée, nous verrons que ce sont deux prodiges de vertu et de sainteté, et qu'elle est le fruit miraculeux de leurs saintes prières. Si nous faisons réflexion sur les circonstances de sa conception et de sa naissance, nous connaîtrons qu'elle a été annoncée miraculeusement à ses parents, par un Archange qui a été envoyé de Dieu exprès pour cet effet, et qu'elle a été formée par un miracle de sa divine puissance, dans les entrailles d'une mère qui était stérile.

Si nous jetons les yeux sur son corps virginal, nous le verrons orné d'une beauté ravissante, mais miraculeuse, parce qu'elle imprime l'amour de la pureté dans les cœurs de ceux qui la voient.

Si nous considérons son intérieur, nous verrons son esprit éclairé d'une lumière qui n'en a jamais eu de semblable dans les enfants d'Adam ; son àme remplie d'une grâce qui surpasse toutes les grâces des hommes et des Anges, comme il sera montré ci-après ; et son Cœur plus embrasé du divin amour que les cœurs des Séraphins.

Enfin, quelle merveille de voir une Enfant d'un jour, qui est Mère d'un Dieu et Mère de tous les enfants d'un Dieu, ainsi que nous le ferons voir dans ce livre ! Quel prodige de voir que la petite Marie, fille de Joachim et d'Anne, qui vient de naître, est déjà Reine du ciel et de la terre, comme nous le verrons ci-après ! Quel miracle de voir une Enfant qui ne sait pas encore parler, et qui est un prodige de science et de sagesse, qui est un abîme de grâce, qui est un miracle de sainteté, qui est une fournaise ardente d'amour et de charité, qui est le plus haut trône de toutes les vertus, qui est le sanctuaire du Saint- Esprit et de tous ses dons, qui est le temple le plus sacré de la très sainte Trinité, et qui, en un mot, est un monde immense d'une infinité de choses grandes et merveilleuses !

<>:2 l'enfance admirable

Après cela, vous ne serez pas surpris, mon cher lecteur, de ce que j'ai nommé ce livre L" Enfance admirable de la 1res sainte Mère de Dieu, puisqu'il contient toutes ces merveilles.

Il est composé de trois parties, dont la première comprend douze grands Mystères, qui appartiennent à la sainte Enfance de la bienheureuse Vierge.

La seconde contient douze Excellences merveilleuses de cette bienheureuse Enfance.

La troisième renferme douze Vertus très éminentes de cette incomparable Enfant, et ensuite douze Moyens de l'honorer en sa très honorable Enfance, et plusieurs Méditations sur ce sujet.

Si vous aimez cette très aimable Enfant, et si vous prenez la peine de lire ce qui est contenu dans ce livre, cette lecture vous donnera de la joie en la vue de toutes les merveilles que Dieu a faites en elle et par elle, vous excitera à en bénir sa divine Majesté, augmentera dans votro cœur la dévotion que vous lui portez, vous poussera à imiter ses vertus, et vous portera à imprimer ces mêmes sentiments dans les cœurs des autres : ce qui contribuera au salut de plusieurs âmes, qui est le but et la fin pour lesquels j'ai entrepris ce travail.

Car, grâces à mon Dieu, je n'ai point d'autre prétention que de faire connaître et aimer mon très adorable Jésus et ma très adorable1 Marie, et de coopérer au salut de quelques âmes, qui les servent et honorent en ce monde, et qui soient dignes de les bénir et glorifier éternellement en l'autre. Ce que je ne puis faire par aucun moyen plus efficace et plus doux qu'en leur persuadant d'avoir une dévotion spéciale à la très sacrée Mère de Dieu. Car c'est le sentiment et le langage de tous les saints Docteurs, que, comme ceux qui ne servent point

1. A l'époque où écrivait le V. P. Eudes, le mot adoration n'avait point le sens exclusif de culte de latrie.

PREMIÈRE l'AKTIE. — CHAPITRE II ().'{

cette grande Princesse, ne peuvent pas prétendre que son Fils Jésus, qui l'aime tant, leur donne place dans su maison (fui est le paradis : il est impossible aussi que ceux qui lui ont une véritable dévotion, puissent périr. C'est pourquoi j'exhorte de tout mon cu>ur, etje supplie très instamment tous les pasteurs, tous les prédicateurs, tous les catéchistes, tous les confesseurs, tous les ecclésiastiques, tous les religieux, tous les régents des collèges, tous les maîtres et maîtresses d'école, tous les pères et mères, toutes les personnes qui ont des serviteurs et servantes, et surtout tous les vrais enfants de la Congrégation de Jésus et Marie, de n'omettre rien de tout te qu'ils pourront faire, par leur exemple et par leurs paroles, pour imprimer une particulière et sincère dévotion à la bienheureuse Vierge dans les cœurs des fidèles Car ils contribueront, par ce moyen, au salut de beaucoup d'âmes ; et ces paroles que le Saint-Esprit fait dire à cette Mère de bonté, s'accompliront au regard d'eux : La vie éternelle ne peut manquer à ceux qui font ce qu'ils peuvent pour me faire connaître et aimer des autres : Oui eluridant me, vitam seternam habebunt i .

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