Cant. IV
1'REMIÈHE PARTIE. — CHAPITRE I 59
a laits, étant déjà beaucoup avancée dans les voies de la grâce, ce qui est signifié par le regard des yeux qui sont une des plus nobles parties du corps humain, mais aussi par un des cheveux de son cou, in uno crine colli tui, c'est-à-dire, par les plus petites choses qu'elle a faites pour Dieu dans la petitesse de son âge et dans les commencements de sa grâce.
Mais n'avez-vous jamais pris garde de quelle manière son divin Époux, le Saint-Esprit, fait son portrait, dans le chapitre septième des Cantiques, où, la dépeignant depuis les pieds jusqu'à la tète, et faisant l'éloge de toute ce qu'il y a de plus noble et de plus excellent en elle, comme sont les yeux, le cou, la poitrine, la tête, il commence par ses pieds et par sa chaussure, qui représentent le commencement de sa vie, et les premiers pas qu'elle a faits dans les voies de Dieu en son Enfance, dont il ne parle qu'avec des termes de ravissement : (Juaiu pulchri suiil, dit-il, i/rcssustui in calcéamentis, fîlia Principisi : « 0 fille du grand Prince du ciel, que votre chaussure et vos premières démarches sont belles et ravissantes ! » Remarquez qu'il ne parle point avec admiration de ces bienheureuses entrailles qui doivent porter le Fils du Père éternel, ni de ces bénites mamelles qui le doivent allaiter, ni de ces saintes mains qui le doivent emmailloter, ni de ces yeux sacrés qui seront baignés de larmes à son sujet, ni de cette langue angélique qui sera employée à le louer, ni de ce Cœur plus que séraphique qui l'aimera plus ardemment que tous les cœurs des hommes et des Anges ensemble. Mais les démarches de ses pieds et sa chaussure, c'est-à-dire, les premières actions et les premiers pas du commencement de sa vie, et les choses qui paraissent les plus viles et les plus abjectes en elle, telles que sont les bassesses de son Enfance, c'est ce qui est l'objet de ses ravissements, c'est ce