Isa. IX
le Père éternel, qui soit au ciel et en la terre, par une communication très singulière que ce Père adorable lui fait de sa puissance infinie ; et comme c'est la personne lapins savante et la plus éclairée, après le Fils de Dieu, qui soit au monde, par une participation très éminente de la sagesse immense de ce même Fils : aussi est-elle la plus douce, la plus bénigne et la plus débonnaire, après le Saint-Esprit, qui soit en l'univers, par une effusion très abondante que cet Esprit très suave et très bénin a faite de son incompréhensible douceur et débonnaireté dans son Cœur virginal, dès lors qu'il en a pris possession, c'est-à dire, dès le premier moment de sa vie. Si bien que jamais on n'a vu et jamais on ne verra rien en la terre, après le très bénin Jésus, de si doux, de si affable, de si gracieux, de si miséricordieux que celte aimable Enfant. Sa très bénigne charité et sa très charitable bénignité s'étendaient, non pas seulement sur ses amis et sur les personnes indifférentes, mais même sur ses plus cruels ennemis, c'est-à-dire sur les ennemis du Sauveur du monde. Car elle savait dès son Enfance, parla lecture des Prophètes et par la révélation du ciel, que cet adorable Sauveur serait persécuté et crucifié par les perfides Juifs, qui exerceraient sur lui des inimitiés et des cruautés effroyables. Mais au lieu de demander à Dieu qu'il les punît, l'esprit de charité et de bénignité dont cette très douce Enfant était animée, lui faisait faire pour ces misérables la même prière que ce très miséricordieux Rédempteur devait faire pour eux en la croix : Pater, dimilte Mis, non enim sciunt quid faciunt l. 0 tout aimable Enfant, je ne m'étonne pas si votre divin Époux dit que vos lèvres ne distillent que miel et que douceur, que votre langue est tout abreuvée de miel et de lait, et s'il vous fait dire que votre esprit est plus doux que le miel'2 ; et si la sainte Eglise nous prêche tant
1. Luc. XXIII, 34. — 2. « Mel et lac sub lingua tun. » Ca/it. IV, 11. « Spiritus meus super mel dulci-. » Eccli. WIV. 27.
158 l'enfance admirable
votre bénignité : Intev omnes mitis : o benigna ! o clemens ! o pia ! o dulcis Virgo Maria ! Grâces immortelles à cet adorable Esprit qui vous a tout enivrée du très doux nectar de sa divine charité, et qui vous a toute transformée en sa débonnaireté. Offrez, s'il vous plaît, au Père éternel tout l'honneur que vous lui avez rendu par votre douceur non pareille, en satisfaction de toutes les fautes que j'ai faites contre cette vertu.
TROISIÈME POINT
Considérez que^ si vous désirez être du nombre des vrais enfants du très bénin Jésus et de la très débonnaire Marie, et être selon leur Cœur, vous devez vous efforcer de les imiter en leur charité et en leur débonnaireté. Pour vous aider à cela, pesez souvent ces paroles du Saint-Esprit :
Sur toutes choses ayez en vous continuellement une vraie charité les uns vers les autres*. Et celles-ci : Dieu est charité, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui i. Et celles-ci encore : Soyez pleins de douceur envers toutes sortes de personnes3. Et ces autres : La charité est patiente ; elle est bénigne; elle n'est point jalouse, ni envieuse, ni superbe, ni ambitieuse ; elle ne cherche point son intérêt ; elle ne se met point en colère; elle ne pense ni ne juge mal de personne; elle n'est point aise des défauts d 'autrui ; elle se réjouit sur ceux qui marchent dans la vérité ; elle souffre tout ; elle espère tout, et est fort facile à croire les choses dont elle peut tirer quelque instruction et édification''.
1. « Ante omnia autem, rnutuam in vobismetipsis charitatem continuant habentes. » I Pet. IV, 8.
2. « Deus charitas est, et qui manet in ebaritate, in Deo manet et Deus in eo. » I Joan. IV, 15.
3. « Ouinem ostendentes mansuetudinem ad omnes hommes. >» Tit. III, 2.
4. « Charitas patiens est, benigna est : charitas non aemulatur,