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TROISIÈME l'AHTTK. — CHAPITRE XVI 47.'{
pelait ainsi) qu'elle m'assistera et me rendra quelque bon oflice quand j'aurai besoin de son secours. »
Il ne fut pas frustré de son attente. Après avoir rendu ce petit service à la bienheureuse Vierge l'espace de cinq ans, le vingtième de juillet, comme il était couché et endormi, la nuit, dans un lieu qui était une remise de carrosse, voilà qu'il entend une voix qui l'appelle par son nom et qui l'éveille. Étant éveillé, il voit ce même lieu rempli d'une grande et merveilleuse clarté, au milieu de laquelle, et tout proche de lui, il aperçoit une Dame pleine de majesté, brillante comme un soleil, et auprès d'elle un vénérable vieillard tout environné de lumière. Cette grande Dame, qui était la Reine du ciel, parle en cette façon à ce pauvre esclave : « Tu as dit plusieurs fois que tu espérais de moi quelque bon office ; je ne t'en puis rendre un meilleur que de te porter à être chrétien. C'est à quoi je t'exhorte ; c'est pour cela que je te viens voir ; il faut que tu sois chrétien. Ne le veux-tu pas être ? »
Ces paroles de la Mère du Verbe incarné sont si efficaces, que ce pauvre esclave répond aussitôt : *< Oui, je veux bien être chrétien. Mais comment ferai-je, dit-il. pour apprendre les prières des chrétiens, car je n'ai point de mémoire ni pour les apprendre, ni pour les retenir ? » — « Ne te mets pas en peine de cela, répliqua la glorieuse Vierge, je t'aiderai à les apprendre et à les retenir, et je te veux enseigner dès maintenant à faire le signe de la croix. » En disant cela, elle lui prend la main et lui fait faire le signe de la croix ; pois elle lui dit : « Vat'en au Collège des Jésuites, demande à parler au Père de la Congrégation des Esclaves : il te donnera toutes les instructions nécessaires, puis tu recevras le suint baptême, auquel je veux que tu sois nommé Joseph, qui est le nom de mon époux que tu vois ici avec moi. »
Ayant dit cela, elle commence à se retirer. Mais l'eselnve l'ayant suppliée de ne le quitter pas si tôt, ou
pour le moins de le revenir voir, cette Vierge très bénigne lui promit qu'elle le viendrait visiter quand il en aurait besoin. Cela dit, elle disparaît.
Alors ce pauvre Turc, rempli d'une consolation indicible, se lève promptement, va trouver son compagnon, auquel ayant raconté ce qui lui est arrivé, il en est touché si vivement, qu'il prend la résolution aussi d'être chrétien.
Là-dessus ils s'en vont ensemble trouver le Pète de la Congrégation des. Esclaves, au Collège des Jésuites, qui les catéchise et les instruit amplement et à loisir sur toutes les choses du christianisme. Ensuite, ayant demandé instamment le saint baptême, on prend jour pour les baptiser, qui fut le onzième jour d'Août.
Toute la ville, qui avait appris la merveille qui s'était passée, y accourut de toutes parts ; de sorte qu'ils sont lavés dans les sacrées eaux du Baptême très solennellement et en bonne compagnie, avec une joie universelle et incroyable de tous les habitants de Naples, qui ne se peuvent contenter de donner mille et mille louanges à la bonté nonpareille de l'admirable Marie.
Cependant, les deux esclaves s'en retournent très contents dans la maison de leur maître, et avec un grand changement de vie et de mœurs. C'étaient deux loups, ce sont deux agneaux ; c'étaient deux pourceaux, ce sont deux anges : c'étaient deux serpents pleins de venin, ce sont deux colombes sans fiel. En un mot, ils deviennent aussi bons qu'ils étaient méchants, aussi vertueux qu'ils étaient vicieux, et aussi pleins de dévotion qu'ils avaient d'impiété auparavant.
Mais ce qui est bien à remarquer, c'est que la très bonne Vierge ne manqua pas d'accomplir fidèlement la promesse qu'elle avait faite au premier. Car quand, depuis son baptême, il lui arrivait quelque peine ou affliction de corps ou d'esprit qui requérait un secours particulier de sa divine Maîtresse, il l'appelait conti-
demment, lui parlant ainsi : « Ma bonne Marie, il est temps que vous veniez m'assister, selon votre promesse. » Et aussitôt cette Mère de miséricorde paraissait, et lui disait : « Joseph, ayez patience. » Et ces trois paroles essuyaient toutes les peines de Joseph et le remplissaient d'une force et d'une consolation ineffable; et elle lui fit cette faveur beaucoup de fois.
0 charité immense de la Mère de Dieu, ô piété indicible, ô bénignité incroyable ! Voyez combien de miracles de sa bonté nonpareille. Elle prend la peine de descendre du ciel, avec son très digne époux saint Joseph, pour visiter un Turc, un ennemi juré de son Fils, et le sien aussi par conséquent ; un misérable esclave, un homme impie et détestable. Elle se manifeste à lui, elle lui parle, elle l'exhorte d'être chrétien. Elle l'adresse à un serviteur de Dieu pour l'instruire, elle lui aide à apprendre et retenir les prières des chrétiens. Elle fait en sorte qu'il reçoit/le saint baptême, elle lui donne un •compagnon de son bonheur et de sa joie, elle le délivre de l'esclavage de Satan, elle le met au rang des enfants et des héritiers de Dieu, elle le retire de l'enfer pour le transporter dans le paradis, elle l'honore du nom de son saint époux. Et depuis son baptême, elle le visite plusieurs fois, et le console et fortifie dans toutes ses afflictions.
Pourquoi tout cela ? Quel service ce Turc lui a-t-il rendu? Il a mis un peu d'huile dans la lampe qui était devant son image. Cette action est-elle digne d'être regardée par une si grande Reine, étant faite par un homme qui, pour lors, était tout pourri de crimes, un membre de Satan, un tison d'enfer, un ennemi de Dieu et l'objet de son ire? Non, sans doute, cette action faite par un tel homme ne méritait point d'être mise au rang des actions qui glorifieront Dieu éternellement. Mais c'est par un excès de bonté que cette très bénigne Vierge la veut considérer, et reconnaître si libéralement.
471» l'enfance admirable
0 Mère de grâce, si vous avez tant de charité pour vos ennemis, quel amour avez-vous pour vos véritables enfants! Si yous reconnaissez si magnifiquement une telle action, de quelles grâces, de quelles faveurs, de quelles bénédictions comblerez-vous ceux qui s'efforcent tous les jours de vous servir et de vous honorer par toutes sortes de saintes œuvres !
Oh ! que les hommes ne connaissent-ils vos bontés ! Certainement s'ils en connaissaient comme il faut la moindre partie, ils vous consacreraient entièrement leurs coeurs, et vous les donneriez à votre Fils, et les mettriez au rang de ses enfants, et ainsi les âmes ne descendraient pas à milliers dans l'enfer, comme elles font tous les jours.
C'est pourquoi j'ai travaillé à mettre ce livre au jour, afin de vous faire un peu connaître à ceux qui le liront, et de contribuer par ce moyen au salut de quelques âmes. Je reconnais en la face du ciel et de la terre, que tout ce qu'il y a de bon je l'ai reçu, par votre moyen, de votre Fils unique qui est le très unique principe de tout bien ; et que je n'ai point eu d'autre intention que de lui rendre gloire en écrivant les louanges de votre admirable Enfance, parce que l'honneur de la Mère est la gloire du Fils. Oh ! que je me tiendrais heureux de signer de la dernière goutte de mon sang toutes les vérités qui sont dans ce même livre, à la louange du Fils et de la Mère.
Je puis dire véritablement que j'y ai plus travaillé du cœur que de la main ; aussi voudrais-je de tout mon cœur le pouvoir imprimer dans les cœurs de tous les habitants de la terre, aux dépens d"un million de vies, si je les avais. Mais je supplie votre divin Époux, le Saint- Esprit, de le faire lui-même, et de se servir des choses qui sont ici écrites, pour graver dans les âmes de ceux qui les liront, une dévotion spéciale vers votre sainte Enfance.
Si ce petit travail, qui pourtant m'a plutôt été un repos
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délicieux qu'un travail onéreux, puisque, comme j'ai dit, c'est vraiment plus l'ouvrage de mon cœur que de ma main ; si, dis-je, ce petit ouvrage vous est agréable, ô la Reine de mon cœur, faites en sorte, s'il vous plaît, auprès de votre Fils, qu'il me fasse la grâce d'en achever un autre que j'ai commencé sur le sujet de votre très aimable Cœur, afin que je consomme le peu qui me reste de vie dans les louanges du Cœur admirable de ma très aimable Mère, des bontés duquel j'ai reçu des faveurs innombrables. Permettez-moi, ô ma toute bonne, de vous faire, à cette fin, la même prière qui vous a été faite par un de vos meilleurs enfants, en ces termes1 :
« Impétrez-moi de votre Fils, ô très sacrée Mère de )) Dieu, par vos prières continuelles, que j'emploie toute » ma vie à vous louer, à vous glorifier, à vous bénir, à » publier vos vertus et vos excellences, à annoncer vos » merveilles, à prêcher votre vie exemplaire et divine, à )> manifester à tous les trésors immenses de bonté, » de miséricorde /'et de charité qui sont cachés dans » votre Cœur maternel, afin que je trouve la vie éternelle » dans vos louanges, selon vos paroles et vos promesses : » Qui élucidant me, vitam leiernam habe/junl- »; ou plutôt afin que je ne vive ni dans la terre, ni dans le ciel, que pour chanter incessamment et à jamais, par mes pensées, par mes paroles, par mes actions, par mes écrits, par tous les battements de mon cœur et de mes veines, et par toutes mes respirations, les louanges de mon très adorable Jésus et de ma très aimable Marie.
Enfin, je vous supplie de tout mon cœur, ô Mère de grâce et de bénédiction, de donner votre sainte bénédic-
1. « Impetra igitur, tuis assîduis deprecationibus, ut te laudem, te glorificem, te benedicam, tuas virtutes enarrem, tua mirabilia nuntiem, tuam sanctarn et exemplarem vitam praedicem, scripta de te élucidera, ut habeam vitam œternam: quia scriptum est de te: Qui élucidant me, vitam seternam habebunt ». Raymund. Jordan, in Prolog. Contempl. B. V.