PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIII H)l
mensonge. Ce n'est pas merveille, si les partisans du serpent ont aversion pour cette divine Femme qui lui a brisé la tête. Ce n'est pas merveille, si ceux qui sont animés et conduits par l'esprit du dragon infernal, se déclarent ennemis de cette grande Heine, contre laquelle il est plein de rage, parce qu'elle lui arrache tous les jours quantité d'âmes d'entre les griffes. i
Je ne m'étonne pas aussi s'il y a eu autrefois quelques saints Docteurs qui n'ont pas eu les sentiments que l'Église a maintenant touchant la Conception immaculée de la bienheureuse Vierge, parce que la vérité de ce mystère n'était pas alors en son jour comme elle l'est aujourd'hui, la lumière de la foi que Dieu a donnée à son Église n'étant pas semblable à un soleil dans son midi, mais à une belle aurore qui s'avance peu à peu sur l'horizon de la même Église. De là vient qu'il y a plusieurs vérités qui ont été disputées, dans la naissance de la foi, entre les premiers chrétiens, dont tout le monde demeure maintenant d'accord.
Mais c'est un grand sujet d'étonnement de voir qu'aujourd'hui il se trouve encore des catholiques faisant profession de piété, qui veulent croire et le persuader aux autres, que la Mère du Saint des saints a été conçue dans la corruption originelle des enfants d'Adam. Aujourd'hui, dis-je, après que le Saint-Esprit1, regardant
1. Le Vénérable commence ici une véritable thèse en faveur de l'Immaculée Conception. Bien qu'elle soit développée modo oratorio, et sans un ordre absolument rigoureux, il est facile d'en suivre la trame. Il donne d'abord quelques preuves tirées de l'Écriture sainte ; puis celles qui se rattachent aux enseignements et aux institutions de la sainte Église, invoquant successivement le témoignage des Conciles, des Souverains Pontifes, des Pères et écrivains ecclésiastiques de tous les siècles, des Universités catholiques, des Docteurs et Théologiens, des Ordres religieux, d'un grand nombre de révélations et de miracles opérés dans l'Eglise en faveur de ce mystère, et des fêtes autorisées et célébrées en son honneur. Viennent ensuite les preuves de raison ou de convenance ; puis, dans les sections 1 et 2, les réponses aux objections. Voir ci-dessus, Introduction, p. 19.
102 l'enfance admirable
cette très digne Vierge longtemps auparavant qu'elle fût conçue, et la regardant, non pas seulement dans une partie, mais dans tout le cours de sa vie, depuis le premier moment jusqu'au dernier; et la voyant parée de quatre qualités très avantageuses, dont la première est la qualité d'Épouse du même Saint-Esprit : Veni sponsa mea1 ; la seconde, la qualité de Cité du grand Dieu : Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei- ; la troisième, la qualité de Fille du Roi éternel : Qiiam ptdchri sunt gressus tui in calceamentis, filia Principis*\ la quatrième, la qualité de femme forte : Mulierem fortem quis invertie t 4 ? Le Saint- Esprit, dis-je, la voyant ornée de ces quatre qualités* déclare en la face du ciel et de la terre, dans ses divines Écritures :
Premièrement, qu'elle est toute belle : Tota pulchra es, arnica mea ; toute immaculée, immaculata ; et sans aucune tache, et macula non est in te5, telle que doit être l'Épouse d'un Dieu, et son unique Épouse : Una est columbamea6, « ma colombe «sans fiel et sans péché, en comparaison de laquelle toutes les autres âmes ne sont que ses servantes; et que l'éclat de cette beauté et sainteté est si merveilleux, qu'il mérite d'être l'objet des ravissements de sa divine Majesté : Quam pulchra es, arnica mea ! quam pulchra es7/
Secondement, que la très sainte Trinité l'ayant choisie et préparée comme une sainte Cité, dans laquelle elle voulait faire sa demeure plus saintement et plus dignement que dans le ciel empyrée, et y mettre le plus haut trône de sa gloire et de son amour, sa divine Majesté a établi les fondements de cette glorieuse cité sur le sommet des saintes montagnes : Fundamenta ejus in montibusr sanctis*, c'est-à-dire, qu'elle a élevé cette bienheureuse Vierge, dès le commencement et dès le premier moment
I. Cant. IV, 8. — 2. Psal. LXXXVI, 3. — 3. Cant. Vil, 1. 4. Prov. XXXI. 10. — 5. Cant IV, 7. — 6. Cant. VI, 8. 7. Cant. IV, 1. — 8. Psal. LXXXVI, 1.
de sa vie, au-dessus de tout ce qu'il y a de plus saint et de plus parfait en la terre et au ciel.
Troisièmement, qu'étant la Fille du Père céleste, et sa Fille unique, comme nous verrons ci-après, qui a toujours été en sa possession dès le commencement de ses voies : Dominus possedit me ab initio viarum suaqrum l ; elle a aussi toujours été autant semblable à ce Père adorable qu'elle le pouvait être, par la plénitude suréminente des grâces très abondantes qu'il lui a communiquées ; et toutes ses démarches, depuis la première jusqu'à la dernière, ont toujours porté très excellemment le caractère et l'image des voies du Saint des saints, comme on le verra ci-après.
En quatrième lieu, qu'étant cette Femme forte dont parle Salomon, qui est la générale des armées du grand Dieu, et la capitale ennemie du serpent infernal, et plus terrible à toutes les troupes de l'enfer qu'une grosse et puissante armée rangée en bataille n'est formidable à un petit nombre de faibles ennemis : Terribilis ut caslrorum acies ordinata2 ; elle a écrasé entièrement la lèlc du serpent, ipsa conteret caput tuum 3, c'est-à-dire, qu'elle a vaincu parfaitement toutes sortes de péchés, le mortel, le véniel et l'originel, qui sont particulièrement désignés par cette horrible tète du dragon infernal.
Après donc tous ces oracles du Saint-Esprit : mais outre cela, après que la sainte Eglise, qui est toujours animée et conduite du Saint-Esprit, a dédié et consacré un Ordre particulier de Religieuses à ce très saint mystère de la Conception immaculée de la Mère du liédempteur, en la ville de Tolède, en l'an 148i, dont la fondatrice fut. Béatrix de la Forest*, demoiselle portugaise, qui demeura