‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 66 sur 303 · Ep. 118 fanuar · texte numérisé non relu

Ep. 118 fanuar

114 l'enfance admirable

Comment se peut-il faire que votre esprit se porte à croire que les diables, qui ont été créés en grâce, aient été plus avantagés de Dieu en leur création, que la Reine des Anges en sa Conception ? Quand Dieu a créé les démons, ne prévoyait-il pas qu'après avoir reçu de lui tant de faveurs, ils se révolteraient aussitôt contre leur Créateur ; qu'ils attireraient tout le monde dans leur rébellion ; qu'ils rempliraient la terre de crimes et de criminels, et qu'ils combleraient l'enfer de misérables, lesquels blasphémeraient contre lui éternellement? Au contraire, quand il a donné naissance à la Reine du ciel, dans les bénites entrailles de sa mère sainte Anne, n'avait-il pas dessein de la donner à son Fils bien-aimé, pour être sa Mère, et sa digne Mère, cligna cligni ; de donner par elle un Sauveur à tout le monde ; de la rendre coopératrice avec lui du salut de toutes les âmes? Et ne savait-il pas que non seulement elle ne commettrait jamais contre lui la moindre offense vénielle en toute sa vie, mais qu'elle l'aimerait et glorifierait davantage elle seule que tous les Anges et tous les hommes ensemble? Comment pouvezvous donc vous persuader que la Mère du Saint des saints, qui, de toute éternité, est le plus digne objet de l'amour de la très sainte Trinité, ait été moins favorisée, au moment de sa Conception, que ceux qui devaient être ses ennemis irréconciliables ne l'ont été en leur création?

Quelle apparence de croire que Dieu, qui a donné sa grâce au premier homme et à la première femme en leur création, quoiqu'il sût très bien qu'ils devaient être la source d'un nombre innombrable de péchés, et la cause de la perdition d'une infinité d'âmes, ait permis que celle qu'il a choisie de toute éternité pour être la Mère de son Fils, la véritable Mère de tous les vivants, et, selon le langage de saint Rernard, Vinventrice de la grâce, la médiatrice du salut, et la restauratrice des siècles ',

1. « Mag-nifica gratise inventricem, mediatricem salutis, restauratricem sœculorum. » Ep. 174.

ait été conçue dans le péché et dans sa disgrâce ?

Dites-moi, je vous prie, ne demeurerez- vous pas d'accord qu'un (ils est obligé, de droit naturel et de droit divin, d'honorer et d'aimer sa mère, et par conservent, de la garantir, s'il est en son pouvoir, des maux qui lui peuvent arriver? Dieu n'a-t-il pas imprimé ces sentiments même dans les bêtes les plus féroces ? Si donc un tils voyait sa mère près de tomber dans un affreux précipice ou dans un cruel esclavage, et que, la pouvant facilement préserver de ce malheur, il ne le voulût pas faire, ne diriez-vous pas avec raison qu'il serait plus dénaturé et plus cruel que les lions et que les tigres ? Faites réflexion, après cela, sur l'offense atroce que vous faites au Fils unique de la Vierge Mère, de croire qu'il ait pu et qu'il n'ait pas voulu empêcher sa très digne Mère de tomber dans l'abime d'un péché qui est la source de tous les malheurs de la terre et de l'enfer, et dans l'infâme servitude du prince des ténèbres.

Ne savez vous pas que le Saint-Esprit nous déclare, par la bouche de saint Paul, que tous ceux qui sont conçus dans la coulpe originelle sont enfants d'ire et de perdition? Ah ! que vous a fait cette tant aimable Marie, pour la charger de cet effroyable opprobre, qu'elle ait été l'objet de la haine et de la malédiction de Dieu ? Et que vous a fait son Fils adorable, pour lui faire cette horrible injure qu'il soit né d'une Mère, laquelle ait été en l'appartenance de Satan ?

Quelle confusion pour vous, au jour du jugement, quand tous les enfants de cette divine Mère vous accuseront d'avoir eu moins de respect pour elle que le perfide Luther, qui a enseigné qu'elle a été exempte du péché originel l !

Craignez-vous point qu'ils vous reprochent que le plus impie de tous les hommes, et le plus grand ennemi

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