Saint Nicolas
donne le premier rang à celle qui s'adressa au saint abbé Elsime, laquelle tendait à donner les prémices de cette fête à la Normandie.
Secondement, parce que l'ambassade venue du ciel, et de la part de la Reine du ciel, pour en recommander la célébration, a été envoyée, et le miracle de la tempête apaisée a été fait en faveur des Normands.
En troisième lieu, parce qu'elle a été révélée à un homme député et envoyé par les Normands, employé dans les affaires et pour les intérêts des Normands, qui, selon le sentiment de Salazar, était Normand de nation, et qui agissait au nom et de la part du duc de Normandie, à qui il importait beaucoup qu'il fît heureusement son voyage, afin de lui rapporter des nouvelles assurées de la chose pour laquelle il l'avait envoyé.
Et il ne faut pas s'étonner si la bienheureuse Vierge lui fit cette faveur ; parce que ce duc lui portait une dévotion toute singulière, qui l'excita à faire de grandes choses, tant dans l'Angleterre que dans la Normandie, pour la gloire de son Fils et pour son honneur. ■ Il fit tenir plusieurs conciles en Angleterre, pour la réformation de l'Église anglicane : entre autres, il en fit tenir un à Wi.ncester, en l'an 1069, du consentement du Pape, en présence des cardinaux Ermenfroy, Jean et Pierre, appelés exprès de Rome pour réformer l'Église d'Angleterre. Il donnait les évêchés et autres bénéfices, par le conseil des prélats, et aux plus gens de bien. Par son moyen, la discipline monastique, qui était presque anéantie dans l'Angleterre, fut remise en sa splendeur, et les religieux devinrent autant de miroirs de vertu et de sainteté. Scholiand, tiré par son ordre du monastère du Mont Saint-Michel, et fait abbé de Saint-Pierre de Cantorbéry, avança beaucoup les affaires de cette réformation. La dévotion de ce conquérant au regard de la Mère de Dieu se manifesta particulièrement en ces dernières paroles, qu'il prononça à la fin de sa vie : Je me recommande
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à la bonne Vierge, Mère de Dieu, et la supplie très humblement de me réconcilier, par ses prières, avec son Fils Jésus-Christ Notre-Sciijncur.
Outre cela, ce qui donne encore cette fête aux Normands, c'est que tous les évèques de cette province, selon le témoignage de YHistoire de Normandie, qui avaient suivi leur duc en Angleterre, et qui étaient tous alors en sa cour, ayant appris la volonté du ciel par la bouche de l'abbé Elsime, qui, après avoir été choisi du prince pour être employé dans une commission très importante, était sans doute regardé et estimé comme un homme plein de sagesse et de sainteté, se rendirent facilement à ce qui lui avait été révélé de la part de la Reine des Anges, et ne manquèrent pas de se transporter dans leurs évéchés, ou, pour le moins, de donner les ordres nécessaires à leurs grands-vicaires pour l'établissement de cette fête dans leurs diocèses. Et de là vient que, dans les cathédrales de Normandie, on voit plusieurs chapelles consacrées à l'honneur de ce mystère.
Mais particulièrement le bon Geoffroy, évèque de Coutances, ainsi appelé parce qu'il possédait excellemment toutes les qualités d'un bon pasteur, ce bon prélat, dis-je, fut un des premiers à faire éclater le zèle très ardent qu'il avait pour l'honneur' de la Conception immaculée de sa divine Maîtresse. Car il est constant qu'il était en Angleterre, en la cour du conquérant, lorsque l'abbé Elsime y fit le récit de ce qu'il avait appris sur la mer, de la bouche de saint Nicolas. Ensuite de quoi, comme il avait une dévotion toute extraordinaire pour la très sacrée Mère de Dieu, à laquelle il avait dédié, en l'année 1056, sa très belle église de Coutances, qui est un ouvrage admirable en toutes ses parties, qu'il avait bâtie par ses soins et à ses frais, qu'il avait meublée richement de vases sacrés, de livres et d'ornements, et qu'il avait dotée de plusieurs terres, rentes et revenus, il choisit tout au plus tôt une des principales chapelles de cette église, qu'il
consacra à l'honneur de la Conception immaculée de la Mère du Sauveur.
Et Dieu, de son côté, voulant approuver la dévotion de ce très fidèle serviteur de la Reine des Anges, et autoriser cette nouvelle fête, fit un grand nombre de miracles, que j'ai lus plusieurs fois dans les archives de cette cathédrale .
De sorte que l'on peut dire, avec grand fondement, que la première église cathédrale de Normandie, dans laquelle on a commencé à célébrer la fête de la très pure Conception dp la Mère du Rédempteur, c'est celle deCoutances. Voire même, il est très probable, eu égard à toutes les choses qui ont été dites ci-dessus, que non seulement la cathédrale de Coutances est la première de cette province, mais aussi de tout le monde, qui a été honorée de la célébration de cet admirable mystère. Car il est certain que, nonobstant la révélation et les miracles susdits, cette fête ne fut célébrée dans l'Angleterre que longtemps après, puisque trente ans après, comme nous l'avons déjà dit, il fut nécessaire, pour l'y établir, que saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, écrivît une lettre, comme primat d'Angleterre, à tous les évêques de ce royaume, pour les exhorter fortement et les presser vivement de célébrer cette très pure Conception.
Mais il ne fut point besoin d'exhorter notre bon Geoffroy, évoque de Coutances. Ce fut lui qui attira les autres évèques de Normandie à rendre cet honneur à sa divine Mère, par ses exhortations et par ses exemples, dédiant une chapelle et un autel à l'honneur de sa très sainte Conception, longtemps auparavant que saint Anselme eût écrit l'épître susdite. Car le bon Geoffroy était déjà décédé quand elle fut écrite, parce qu'il sortit de ce monde en l'année 1093, et elle ne peut avoir été écrite au plus tôt qu'en l'an 1096, puisqu'elle ne l'a été que trente ans après ladite révélation, selon le savant auteur du livre de la
13S l'enfance admirable
Triple Couronne de la Vierge ' ; ce qui est conforme à ce que dit l'auteur des Chroniques de la Mère de Dieu, qui écrit que la fête de la Conception immaculée commença à être célébrée en Angleterre environ l'an 1097.
D'où Ton voit qu'elle a été plus tôt solennisée en Normandie qu'en Angleterre, et qu'il est très probable que l'église de Coutances a été privilégiée en ceci par-dessus toutes les autres églises, non seulement d'Angleterre et de Normandie, mais aussi de toute la France et de tout l'univers.
J'ai dit toutes ces choses, afin de faire voir aux Normands, et spécialement à ceux du diocèse et de la ville de Coutances, les obligations très grandes qu'ils ont en ceci à Notre Seigneur et à sa très sainte Mère, et afin de les exciter à les en remercier, à regarder la fêle de la très pure Conception de la Mère de Dieu comme leur fête propre et particulière, et à la célébrer toujours avec une dévotion extraordinaire. Bénite soyez-vous à jamais, û Vierge très sacrée, pour toutes les faveurs que vous avez jamais faites à la ville et au diocèse de Coutances. et à tous les Normands, spécialement de les avoir choisis pour leur départir les premières grâces et bénédictions de la fête de votre Immaculée Conception ! Plaise à votre Fils bien-aimé de leur faire la grâce d'être toujours les premiers à procurer votre honneur, à défendre vos intérêts, à publier vos louanges, à imiter la sainteté de votre vie et l'excellence de vos vertus, et à se montrer partout vos véritables enfants, afin de vous obliger à faire voir que vous êtes leur très bonne et très puissante Mère.
Mais si tous les Normands sont obligés de célébrer cette fête avec une affection toute particulière, les Religieuses Bénédictines de l'abbaye de Sainte-Trinité de Caen sont dans une obligation beaucoup plus grande de la solenniseravec une dévotion extraordinaire. Car, si c'est la
1. Le R. P. Poiré, S. J. La Triple Couronne, Traité 1, ch. 8, g t, n. 26
fête des Normands, et si la Normandie a été la première à la célébrer, comme il a été dit, ces saintes filles ont an droit particulier de se l'approprier, et de disputer l'honneur et la bénédiction de sa première célébration à toutes les autres églises, non seulement de Coutances et de toute la Normandie, mais aussi de toute la chrétienté. Ce n'est pas au bon Geoffroy, fondateur de la cathédrale de Coutances, que l'ambassadeur de la Reine du ciel a été envoyé pour lui déclarer sa volonté ; mais c'a été au fondateur et à la fondatrice de l'abbaye de Sainte-Trinité de Caen qu'il a été adressé, par l'entremise de l'abbé Elsime.
On peut bien dire que l'église de Coutances est la première entre les cathédrales qui a reçu cette fête. Mais on peut dire aussi que 1 église, de Sainte-Trinité de Caen l'a reçue et l'a commencée du moins au même temps, si ce n'a été plus tôt, que celle de Coutances. Car qui peut douter que le duc Guillaume et la duchesse Mathilde, fondateur et fondatrice de la susdite abbaye, ayant appris les premières nouvelles qui furent apportées du ciel à la terre par saint Nicolas, pour annoncer cette nouvelle fête, n'en donnassent avis en même temps à l'Abbesse et à ses filles ? En suite de quoi, l'évêque de Bayeux, qui était Odo, frère du conquérant, et qui était pour lors en Angleterre, ayant donné de grand cœur toutes les permissions qui dépendaient de lui, elles ne manquèrent pas, le huitième jour du prochain mois de décembre, de faire cette solennité.
Oh ! qu'elles l'embrassèrent de grand cœur ! oh î qu'elles la célébrèrent avec grande joie et avec une merveilleuse dévotion ! Car cette illustre abbaye était alors et est encore aujourd'hui remplie d'un grand nombre de saintes filles, qui ne prétendent céder à qui que ce soit, en ce qui est du zèle et de l'ardeur qu'une âme chrétienne et religieuse doit avoir pour la tout admirable et la tout aimable Mère de Dieu. Elles la regardent, l'honorent et l'aiment comme leur Dame souveraine, leur très bonne Mère et leur très puissante protectrice. Elles ont tant de
vénération pour sa divine maternité, pour tous les mystères de sa vie, pour toutes ses très excellentes qualités, pour tout ce qui est en elle, et spécialement pour son très aimable Cœur, qui est la source de toute sa gloire et de toutes ses grandeurs, qu'elles souffriraient moins de douleur si on leur arrachait le cœur de la poitrine et l'âme du corps, que si on leur voulait arracher du cœur la dévotion toute spéciale qu'elles ont pour ce Cœur maternel de leur très douce Mère. Car elles l'honorent et chérissent comme un Cœur qui a toujours eu et qui aura éternellement plus d'amour pour leur adorable Époux et pour elles, que tous les cœurs du ciel et de la terre, après le divin Cœur de Jésus.
Demeurez, mes très chères Sœurs, demeurez toujours dans ces très louables sentiments. Conservez chèrement ce très précieux trésor. Imprimez dans vos cœurs, par une soigneuse imitation, une image parfaite de toutes les vertus qui régnent dans le Cœur de votre aimable Mère, afin que vous soyez tout a fait selon le Cœur de Dieu et de la Mère de Dieu, et que vous soyez les véritables filles du très sacré Cœur de Jésus Fils de Marie, et de Marie Mère de Jésus.