‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 81 sur 303 · Oratio de Deipara. — 3. Orat. 2, De Ass · texte numérisé non relu

Oratio de Deipara. — 3. Orat. 2, De Ass

4. Vega, Theol. Mar., n. 1184. « Quïerenti utrum B. Virgo fuerit confirmata in bono statim post ejus conceptionem. an tantummodo post Christi Incarnationem, respondemus certius affirmari Deiparam, in illo momento quo anima in ejus corpus infusa est, et, ut moi dicemus, gratia pro modo suo repleta, hujus impeccabilitatis privilegio fuisse donalam ; nec in hac re standum est Angelici Doctoris sententise, volentis tantummodo post Christi Incarnationem B. Virginem hoc privilegio fuisse donatam : siquidem hoc ipse adserebat cohœrenter sententiœ suœ de exclusione fomitis in Deipara nonnisi post Incarnationem facta : quam sententiam minime probandam esse superius diximus. » Lépicier, Tract, de B. V. Maria, p. 2, c. 1, a. 3, n. 13.

5. Vega, Theol. Mar., n. 956. Cf. Terrien, 1. c, p. 10. Lépicier, 1. c, p. 2, c. 1, a. 4, n. 6.

saint Jean-Baptiste, duquelle saint Évangile nous annonce qu'il tressaillit de joie dans le ventre de sa mère, lorsque la sainte Vierge la salua ; d'où saint Àmbroise conclut que l'usage de raison lui fut donné en cet instant-là : Habebat intelligendi sensum, qui exallandi habebat affectumi.

Si vous demandez de quelle façon il a été donné à la très sainte Vierge dès le premier instant de sa vie, on vous dira que cela s'est fait, ou bien parce que Dieu a tellement élevé son entendement par sa divine vertu, qu'il l'a rendu capable d'agir indépendamment des sens et des organes du corps ; ou bien parce qu'il a tellement fortifié les organes et les sens, qu'il les a mis en état de coopérer aux fonctions de l'entendement.

Le cinquième privilège de cette merveilleuse Conception est que non seulement notre divine Enfant a eu actuellement l'usage de la raison naturelle dès le premier instant de sa vie ; mais que dès lors, elle a été remplie de la lumière de la foi, et d'une lumière surnaturelle et infuse si abondante, que saint Bernardin de Sienne* et Albert le Grand3 assurent qu'elle a connu parfaitement et les créatures et le Créateur, avec tout le bien qui se doit faire et tout le mal qui se doit éviter.

Mais les mêmes Bernardin et Albert le Grand, avec l'abbé Bupert, saint Bernard, saint Antonin, Denys le Chartreux, Jean Gerson, Suarez et plusieurs autres, passent bien plus outre ; car ils ne craignent point de dire que cette admirable Vierge a joui de la claire vision de Dieu, au moins quelquefois en sa vie.

Si cela est, on peut bien croire (et c'est ici le sixième privilège), qu'il lui a fait cette faveur au moment de sa Conception. Car une des raisons que ces saints Docteurs apportent, pour prouver qu'elle a vu la face de Dieu à

1. Lib. 1, In Luc. — 2. Tract, de Iî. Virg, serm. 4, a. 1, cap. 4. 3. Lib. de B. Virg., cap. 71. Cf. Vega, 1. c, n. 960 sq.

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découvert quelquefois durant sa vie, est parce que plusieurs demeurent d'accord que cette grâce a été faite à Moïse, et à saint Paul lorsqu'il a été ravi au troisième ciel, et qu'on ne doit pas douter que la Reine ait été moins favorisée que ses sujets, ni croire que les serviteurs aient été plus privilégiés que la Mère. Or, il est constant, selon lesentimentcommun des saints Docteurs, que la bienheureuse Vierge a été plus remplie de lumière, de grâce et de sainteté, au moment de sa Conception, et qu'elle a plus aimé Dieu, et conséquemment qu'elle a été plus aimée de Dieu, que Moïse et que saint Paul, considérés même dans la fin de leur vie. C'est pourquoi il y a grand sujet de croire qu'elle n'a pas été moins favorisée de sa divine Majesté au commencement de sa vie, que ces Saints l'ont été dans un âge plus avancé. C'est le sentiment de plusieurs grands théologiens1.

Le septième privilège de sa sainte Conception est que le Père éternel l'ayant regardée, dès ce moment, comme celle qu'il avait choisie pour être la Mère de son Fils, a jeté dans son àme les fondements d'une grâce proportionnée à cette dignité infinie de Mère de Dieu : grâce

1. Vega, Theol. Mar., n. 1862. « B. Virgo aliquando in vita sua mortali Deum essentialiter vidit. Sane sicut Moysi et Paulo visio Dei per essentiam modo transeunti aliquando probabiliter fuit concessa, ita probabilissimum ducimus B. Virginem idem privilegium solemnioribus vitae sua? mortalis temporibus, non permanenter, sed modo transeunti obtinuisse, verbi gratia.in Incarnatione Domini, in Nativitate, in Resurrectione et in Ascensione... Hujus autem rei rationem reddit S. Thomas (3, 27, 1) : Rationabiliter creditur quod illa tfu.se genuit Unigenituma Pâtre plénum gratix et veritatis, prae omnibus al iis majora privilégia gratix acceperit ». — Accedit quod sicut nemo fuit qui in hac vita mortali tanta pateretur, quanta passa est B. Virgo, ita nemini tanta consolatio danda fuit, quanta B. Virginidata est : unde et perfeetius et frequentius ipsa vidit divinam Essentiam quam ipsimet Moyses et Paulus viderunt. Credendum est, ait S. Bernardus (serrn. 2, de Virg.*) Chrislum fréquenter Matrem suam ad mon. te m myrrhx et ad collent thuris sublimasse, in cellam vinariam occultasse, et gloriam deificam et supercœlestem recelasse. » Lépicier, Tract, de B. V. Mmia, p. 2, c. 1, a. 7, n. 3.

laquelle, considérée même dans son commencement, dans sa racine et dans ses fondements, surpasse la grâce consommée du premier des Séraphins et du plus grand de tous les Saints : Fundamenta ejus in montibus sanctis \ ^

Le huitième privilège est que toutes les vertus, ( avec tous les dons et les fruits du Saint-Esprit, et les huit béatitudes évangéliques, se sont trouvées dans le Cœur de cette divine Enfant dès le moment de sa Conception, et en ont pris une entière possession, et y ont établi leur trône en un très haut degré et proportionné à l'éminence de sa grâce.

Le neuvième privilège est qu'étant remplie de lumière et de grâce au moment de sa Conception, elle s'est toute convertie et tournée vers Dieu. Je dis toute, c'est-à-dire, d'esprit, de cœur, de volonté, de pensée, et de toutes les puissances de son âme ; et qu'elle s'est offerte, donnée et consacrée entièrement à la gloire de sa divine Majesté.

Le dixième est qu'elle a commencé, dès ce moment, à adorer, louer, glorifier et aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces, et selon toute l'étendue de la grâce qui était en elle. A raison de quoi on peut dire véritablement que, comme cette grâce surpassait celle des premiers Anges et des plus grands Saints, elle a aussi adoré Dieu plus parfaitement, elle l'a loué et glorifié plus dignement, et elle l'a aimé plus ardemment au premier moment de sa vie, que n'ont fait les premiers d'entre les Saints aux derniers de leurs jours ; comme aussi qu'elle a été plus aimée de Dieu, et qu'il l'a honorée de plus rares faveurs que toutes ses créatures.

Le onzième privilège est que non seulement cette bienheureuse Enfant a été remplie d'une grâce qui n'en a point de semblable, dès le premier instant de sa vie ;

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