‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 85 sur 303 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

» plus cher et le plus désirable trésor de sa divine Ma- » jesté. Oh ! que le Cœur de Dieu était proche de ce pré- » cieux trésor ! Oh ! avec quel contentement les yeux » de celui qui a dit longtemps après : Là où est votee ■> trésor, là est votre cœur, étaient-ils collés continuelle- » ment sur cet aimable trésor ! »

Je passe outre, et je dis que le bienheureux ventre de sainte Anne est un saint temple, dans lequel notre sainte Enfant rend de plus grands honneurs à Dieu qu'il n'en a jamais reçu par aucun homme ni par aucun Ange. Car, comme elle est pleine de lumière et de grâce, et même du Saint-Esprit, et beaucoup plus que le petit saint Jean- Baptiste, qui, selon le témoignage de l'Évangile, en a été rempli dès le ventre de sa mère ; ce divin Esprit qui la possède, l'anime et la conduit, ne la laisse pas oiseuse, mais il l'occupe continuellement en dix sortes d'exercices très pieux et très saints.

Le premier est la contemplation ; le second l'humiliation ; le troisième l'adoration ; le quatrième la louange de Dieu ; le cinquième l'action de grâces ; le sixième l'amour ; le septième la résignation ; le huitième l'oblation et le sacrifice ; le neuvième la pénitence pour les péchés d'autrui ; le dixième la prière et l'oraison.

Premièrement, elle est dans un exercice continuel de contemplation, par la lumière de la foi, qui est en elle plus vive et plus forte qu'elle ne fut jamais en aucun esprit. A raison de quoi saint Bernardin de Sienne nous annonce qu'elle a été élevée à un si haut degré de contemplation dès le ventre de sa mère, que dès lors elle contemplait Dieu plus parfaitement qu'aucun Saint n'a jamais fait en la perfection de son âge : Ad tantam contemplationem sublimata est, ut perfectius, eliam in ventre mat ris, contemplaretur Deum, quam unquam fuit ■contempla tus aliquis in perfecta totale1 .

i. Sermo 13, de Exalt. B. V. in gloria, c. 3.

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Secondement, elle s^humilie très profondément devant Dieu, en la vue de la grandeur infinie de sa Majesté, en la vue de son propre néant, et en la vue de tous les péchés dont elle aurait été capable si Dieu ne l'avait prévenue de sa grâce. Car étant pleine de lumière, elle voyait très clairement que, parce qu'elle était fille d'Adam, elle aurait contracté le péché originel, si la divine Bonté ne l'en avait préservée par une faveur extraordinaire ; et qu'ensuite elle aurait été capable de tous les péchés qui se peuvent commettre par tous les autres enfants d'Adam. Ce qui la portait à se plonger dans un abîme sans fond d'humiliation, duquel elle n'est jamais sortie, non pas môme depuis qu'elle est au ciel, là où elle est encore plus humble qu'elle n'était en la terre.

troisièmement, elle est dans un exercice perpétuel d'adoration vers Dieu, l'adorant dans tout ce qu'il est en lui-même, et hors de lui-même en toutes ses créatures, et lui rendant des adorations plus parfaites que toutes celles qu'il a jamais reçues, soit en la terre, soit au ciel.

Quatrièmement, elle bénit, loue et glorifie Dieu incessamment en toutes ses divines perfections, et en toutes ses œuvres de nature, de grâce et de gloire : et elle lui donne des louanges qui n'en ont jamais eu de semblables, parce que, comme j'ai déjà dit, elle le loue et le glorifie selon toute l'étendue de la grâce qui est en elle, qui surpasse la grâce du premier de tous les Anges et du plus grand de tous les Saints.

Cinquièmement, elle rend grâces à Dieu incessamment de toutes les faveurs qu'elle a reçues et qu'elle reçoit sans cesse de son infinie bonté, comme aussi de toutes les grâces corporelles et spirituelles, naturelles et surnaturelles qu'il a faites à toutes ses créatures.

Sixièmement, elle est dans un exercice continuel d'amour vers son Dieu, qu'elle aime plus ardemment que le plus embrasé des Séraphins, pour la raison que j'ai déjà dite.

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Septièmement, elle se soumet, se résigne et s'abandonne totalement et sans aucune réserve à toutes les volontés de Dieu, afin qu'il dispose d'elle et de tout ce qui lui appartient en temps et en éternité, en la manière qui lui sera la plus agréable. Oh ! qu'elle dit d'un grand cœur, et avec une résignation incomparablement plus parfaite, ces paroles que l'une de ses plus saintes filles, qui est sainte Gertrude, devait dire longtemps après elle : Je demande, mon Seigneur, et je désire de tout mon cœur que votre très louable volonté s'accomplisse en moi et en toutes vos créatures, en la manière qui vous sera la plus agréable*.

Huitièmement, elle s'offre, se donne et se sacrifie continuellement à Dieu, comme une très pure et très sainte hostie, qui est tout embrasée et consumée dans le feu sacré du divin amour.

Neuvièmement, le Saint-Esprit lui faisant connaître, d'un côté, les obligations infinies que les hommes ont de servir et d'aimer Dieu, et, d'autre part, les offenses innombrables qu'ils commettent contre lui, elle s'humilie devant sa divine Majesté, au nom de tous ses frères et de toutes ses sœurs, c'est-à-dire, au nom de tous les enfants d'Adam ; elle demande pardon pour eux, et elle s'offre à la divine Justice, pour porter la pénitence de leurs péchés en la manière qu'il lui plaira. Car si Moïse demandait à Dieu d'être effacé du livre de vie, par le zèle du salut de ceux que Dieu avait mis sous sa conduite ; si saint Paul désirait d'être anathème pour le salut de ses frères, et s'il s'est trouvé plusieurs autres Saints qui, pour apaiser l'ire de Dieu sur son peuple, se sont offerts à souffrir toutes sortes de peines et de supplices : qui peut douter que cette très bénigne Enfant que sainte Anne porte dans ses entrailles, laquelle a plus de charité incomparablement qu'il n'y en a jamais eu dans les cœurs des plus

1. « Peto, Domine, et toto corde desidero, ut tua laudabilissima voluntas secundum optimum beneplacitum tuum in me perficiatur. » Légat, die piet., lib. 3, cap. 11.

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grands de tous les Saints, ne se soit offerte à la divine Justice pour souffrir tout ce qui lui plairait, afin d'obtenir miséricorde pour les pécheurs ? Et si elle-même a assuré sainte Mechtilde, ainsi que nous l'avons vu ci-dessus, que Dieu l'a tant aimée de toute éternité, qu'auparavant même qu'elle fût au monde il a fait de grandes miséricordes au genre humain pour l'amour d'elle, qu'a-t-il fait en faveur de ses mérites, lors même qu'elle était encore dans le sacré ventre de sa sainte mère, et qu'elle s'offrait, dans l'ardeur de son incomparable charité, à faire pénitence pour les fautes des autres, pour commencer, par ce moyen, à exercer l'office de Mère du Sauveur de tous les hommes?

Dixièmement, comme elle voit en la lumière du Saint- Esprit, dont elle est merveilleusement éclairée, les misères inénarrables et les nécessités innombrables, tant spirituelles que corporelles, dont la terre est remplie, sa charité immense la sollicite et la pousse à prier sans cesse pour tous les besoins de toutes les créatures, et à commencer, par ce moyen, à exercer la qualité de Mère de miséricorde.

Voilà les saintes et divines occupations de notre admirable Enfant dans les flancs de sa mère. Voulez vous, mon cher lecteur, faire quelque chose qui lui soitbien agréable ? Offrez-vous à elle, et la priez de vous associer avec elle dans tous ces honneurs qu'elle rend à Dieu, durant les neuf mois qu'elle demeure dans les bénites entrailles de sa mère, et efforcez-vous de l'imiter dans tous ses saints exercices.

J'ai encore une chose à vous dire : C'est que le bienheureux ventre de sainte Anne est un paradis de délices et un ciel de gloire pour la très sainte Trinité ; voire même qu'il est plus saint en quelque manière que le ciel, et que Dieu y est plus glorifié que dans le ciel empyrée.

Pour entendre ceci, sachez, premièrement, que la grâce et la sainteté ne sont qu'une même chose.

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