PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X
Secondement, souvenez-vous de ce qui a été dit ci-dessus, que la bienheureuse Vierge, selon le sentiment de plusieurs saints Docteurs, a eu plus de grâce et de sainteté dès le moment de sa Conception, que le plus élevé de tous les Anges et le premier de tous les Saints n'en ont eu dans le plus haut point de leur perfection.
Troisièmement, remarquez, que, comme cette sacrée Vierge a eu l'usage de raison dès le premier instant de sa vie, etque, selonplusieurs grands théologiens, il n'a point été interrompu en elle, et qu'elle n'a jamais été oiseuse, et que la grâce n'a point été inutile en elle, beaucoup moins qu'en saint Paul, qui dit : Gratia Dei in me vacua non fuit ■ ; et qu'elle agissait toujours, dans tous ses exercices, par le mouvement du pur amour de Dieu, et selon toute l'étendue de sa grâce : de moment en moment cette même grâce douMait toujours de moitié. Que s'ensuit-il de là ? Écoutez, vous aller voir une chose prodigieuse.
Il s'ensuit de là que, dans les premiers jours de la vie de cette divine Enfant, sa grâce et sa sainteté s'est tellement multipliée et est montée jusqu'à un si haut degré, que, selon la supputation qui en a été faite par de savants théologiens, elle surpassait presque infiniment la grâce et la sainteté de tous les Saints qui ont été et qui seront, quand même chacun de ces Saints aurait acquis dix millions de degrés de grâce. Voyez les choses merveilleuses que le R. P. Honorât Niquet dit là-dessus, dans le livre dont j'ai déjà parlé, intitulé Nomenclator Marianus, au livre 4, chap. 16, § 3. Or, si cette merveilleuse Enfant a été presque infiniment plus sainte dans les premiers jours de sa vie que tous ces Saints ensemble, jugez combien elle les a surpassés en sainteté à la fin du premier mois, à la fin du second, et ainsi des autres.
Après cela, n'est-il pas vrai que le béni ventre de sainte Anne, qui porte ce trésor immense de grâce et de sainte-