QUATRIÈME PARTIE. — § VIII .'{Hï
0 Dieu de mon cœur, hé ! puisque vous ne m'avez créé que pour vous aimer, ne permettez point que je vive qu'en vous aimant et en croissant toujours en votre amour. Ou mourir ou aimer ! Plus de vie que pour vous aimer, mon Dieu ; plutôt cent mille morts que de perdre jamais votre amour.
XIII. 0 divin amour, soyez la vie de ma vie, l'âme de mon âme et le cœur de mon cœur. Que je ne vive plus sinon en vous et de vous. Que je ne subsiste plus que par vous. Que je n'aie plus aucune pensée, que je ne dise plus aucune parole, que je ne fasse plus aucune action ■sinon par vous et pour vous.
XIV. 0 l'unique objet de mon cœur, vous seul êtes digne d'être aimé. Tout ce qui n'est point vous n'est que néant, et n'est pas digne même d'être regardé. Aussi c'est vous seul que je veux, c'est vous seul que je cherche, c'est vous seul que je veux aimer. Vous êtes mon tout ; tout le reste ne m'est plus rien, et je ne veux plus rien regarder ni aimer qu'en vous et pour vous ; ou plutôt, je ne veux plus rien regarder ni aimer que vous en toutes choses.
0 très cher Jésus, vous êtes le plus grand de mes amis, voire vous êtes mon seul et unique ami. Vous êtes mon frère, mon père, mon époux et mon chef . Vous êtes tout à moi, et je veux être tout à vous, et tout à vous pour jamais.
XV. 0 Jésus, qui êtes uniquement aimable, uniquement aimant, et uniquement aimé par votre Père éternel et par tous les célestes amants et amantes, faites que non seulement je vous aime souverainement pardessus toutes choses, mais que je vous aime uniquement en toutes choses, et que, si j'aime quelque chose, je ne l'aime qu'en vous et pour vous.
XVI. 0 l'unique amour de mou cœurîô le seul objet de mes amours ! il n'y a rien au ciel et en la terre qui soit digne d'être aimé que vous. Hé donc ! quand sera-ce qu'on ne verra et qu'on n'aimera plus rien en la terre et au ciel que vous?
XVII. 0 Jésus, ô mon très unique amour, séparez-moi entièrement de moi-même et de toutes choses ; tirez-moi tout à vous, ravissez-moi en vous, possédez-moi si pleinement et si absolument, que rien n'ait aucune part en mon esprit et en mon cœur que vous.
XVIII. 0 très cher Jésus, que vous êtes aimable et que vous êtes peu aimé ! Le monde ne pense point à vous, ni à vous aimer. Il ne pense qu'à vous offenser, et à persécuter ceux qui désirent vous aimer. Que j'y pense pour le monde, et que je ne pense plus qu'à vous aimer ; Hé! qui fera que je vous aime autant comme tout le monde vous devrait aimer?
XIX. O Fils éternel du Père éternel, qui êtes tout aimable, tout aimant et tout amour : de toute éternité vous avez commencé, sans commencement toutefois, à m'aimer de toute éternité ; à raison de quoi, si j'avais été de toute éternité, je vous aurais dû aimer de toute éternité ; et cela n'étant pas, au moins aurais-je dû vous aimer dès le premier instant que j'ai eu l'usage de raison. Mais hélas! j'ai commencé bien tard à vous aimer, et même je n'oserais assurer que j'aie encore commencé à vous ainler comme il faut. 0 Dieu éternel, vous n'avez jamais été un moment sans m'aimer depuis toute l'étendue de votre éternité, et je ne sais si j'ai encore employé un seul moment de ma vie à vous aimer comme je dois ; mais je ne sais que trop que je n'en ai passé aucun jour sans vous offenser. Ah ! quelle douleur, quel crève-cœur à mon âme, Seigneur ! Je suis insupportable à moi-même,