‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 160 sur 252 · QUATRIÈME PARTIE. — £ VI II · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — £ VI II

et pour y établir pleinement votre céleste empire. S'il ne tient qu'à souffrir afin que cela soit, je m'offre à vous de tout mon cœur, pour souffrir tous les martyres et tourments qui ont jamais été et seront soufferts dans le monde. Ne m'épargnez donc point, ô amour. Pourvu que je sois délivré de tout ce qui déplaît en moi à mon Sauveur, et de tout ce qui m'empêche de l'aimer, il ne m'importe pas ; car enfin je veux aimer mon Jésus, et je le veux aimer parfaitement, à quelque prix que se soit et aux dépens de quoi que ce puisse être.

X. O Dieu amour, vous êtes tout aimable, tout aimant, tout amour, et tout amour vers moi. Hé ! que je sois aussi tout amour vers vous, et que le ciel et la terre soient tout convertis en une pure flamme d'amour vers vous !

XL Ah ! mon doux amour, qui m'empêchera désormais de vous aimer, depuis que je connais votre immense bonté? Sera-ce mon corps? Je le réduirai plutôt en poudre. Seront-ce mes péchés passés? O bon Jésus, je les abîme tous dans la mer de votre précieux sang. Et avec cela, voici mon corps et mon àme, faites-moi souffrir tout ce qu'il vous plaira, pour les effacer entièrement, afin qu'ils ne m'empêchent point de vous aimer. Quoi donc? Sera-ce le monde, ou les créatures? Non, non, je renonce de tout mon pouvoir à toutes les affections sensibles des choses créées. Je consacre tout mon cœur et toutes mes affections à Jésus, mon Créateur et mon Dieu. Et pour toi, ô monde, qui es excommunie de mon Jésus, puisqu'il a dit qu'il n'est point du monde, ■que ceux qui sont à lui n'en sont point, comme il n'en est point, et qu'il ne prie point pour le monde : sache une bonne fois que je renonce à toi pour jamais ; que je te veux fuir comme un excommunié ; que je te veux regarder comme un Antéchrist, ennemi de mon Seigneur Jésus-Christ ; que je ne veux non plus faire état de tes

louanges, de tes blâmes, de tes plaisirs et vanités, et de tout ce que tu estimes et chéris le plus, que d'un songe ou d'une fumée qui ne fait que passer ; que je veux avoir en horreur ton esprit, ta conduite, tes sentiments et tes maximes damnables ; et qu'enfin je veux autant haïr et persécuter ta malice, comme tu hais et persécutes la bonté de mon Seigneur Jésus-Christ.

Adieu donc, monde, derechef, adieu tout ce qui n'est point Dieu; Jésus sera désormais mon monde, ma gloire, mon trésor, mes délices et mon tout. Je ne veux plus rien voir que Jésus : fermez-vous à tout le reste, ômes yeux, car lui seul est digne d'être regardé. Je ne veux plus plaire qu'à mon Jésus ; je ne veux plus de cœur ni d'affection que pour lui ; je ne veux plus me réjouir qu'en son amour et en l'accomplissement de sa très aimable volonté ; et je ne veux plus m'attrister que de ce qui l'offense et de ce qui est contraire à son divin amour. 0 amour, ô amour, ou mourir ou aimer, mais plutôt mourir et aimer ! Mourir à tout ce qui n'est point Jésus, aimer uniquement et souverainement ce même Jésus !

XII. O le Souverain de mes amours, vous ne m'avez mis au monde que pour vous aimer. Oh ! que celte fin pour laquelle vous m'avez créé est noble, sainte et relevée ! Oh! quelle faveur, quelle dignité pour toi, mon pauvre coeur, d'être créé pour la même fin pour laquelle est le Dieu qui t'a créé, et pour être occupé dans le même et le plus divin exercice qui l'occupe continuellement ! Ce grand Dieu n'est que pour se contempler et aimer soi-même, et pour être perpétuellement occupé dans la contemplation et amour de soi-même : et tu n'es fait que pour aimer ce même Dieu qui t'a fait, et pour être employé éternellement à le bénir et aimer. Qu'à jamais » soit-il béni et aimé ce Roi des cœurs, qui m'a donné un cœur capable de l'aimer !

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