‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 165 sur 252 · QUATRIÈME PARTIE. — § VIII · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — § VIII

ne le veux pas pour moi, mais pour lui-même. Non, non, ce ne sont point les joies du Paradis, ni les consolations du céleste amour que je cherche ; mais c'est le Seigneur du Paradis et le Dieu des consolations que j'aime. El quand bien, (ce qui toutefois est impossible à sa bonté), il ne me donnerait jamais aucune consolation ni récompense, si est-ce pourtant que je le voudrais toujours aimer, parce qu'il est très digne d'être aimé pour l'amour de lui-même. Je ne veux aucune récompense que de le pouvoir aimer, et je ne veux l'aimer que pour l'aimer.

0 bon Jésus, imprimez ces sentiments et dispositions dans mon cœur et dans les cœurs de tous les hommes, et spécialement dans les cœurs de toutes les personnes pour qui vous savez que je dois et que je désire vous prier particulièrement. 0 roi des cœurs, les voilà, je vous les offre et sacrifie, tous ces pauvres cœurs que vous avez créés pour vous aimer, et qui ne veulent plus respirer que votre amour. Anéantissez en eux tout ce qui est contraire à votre sacrée dilection, remplissez-les de votre divin amour. Hé ! Sauveur, tirez-les à vous, ravissez-les en vous, unissez-les avec le vôtre, absorbez-les dans le vôtre, et faites qu ils soient du nombre de ceux desquels il est dit : Vivent corda eorum in sœculum sseculi l : « Leurs cœurs vivront au siècle des siècles », c'est-à-dire, vivront de la vie du divin amour, pour aimer à jamais le Dieu d'amour et de vie. Ah ! que bienheureux sont ces cœurs, qui ne feront autre chose en toute l'éternité, que d'adorer, louer et aimer le très adorable et très aimable Cœur de Jésus! Béni soit celui qui les a créés, ces cœurs bien-aimés, pour être glorifié et aimé par eux éternellement.

XXXI. 0 le Dieu de ma vie et de mon cœur, vous êtes toujours dans un continuel exercice d'amour vers moi.

i Ps. XXI, 27.

Vous employez tout ce qui est en vous, et tout ce que vous avez créé au ciel et en la terre, pour me témoigner votre amour. A raison de quoi j'apprends, d'un de vos divins amants, que le ciel et la terre et toutes les choses qui sont en la terre et au ciel ne cessent de me dire que j'aime le Seigneur mon Dieu1. De sorte que tout ce que mes oreilles entendent, tout ce que mes yeux voient, tout ce que mes autres sens goûtent, touchent et sentent, tout ce que ma mémoire, mon entendement et ma volonté peuvent connaître et désirer, toutes les choses visibles et invisibles qui sont contenues dans l'ordre de nature, de grâce et de gloire, toutes les grâces temporelles et éternelles que j'ai reçues de vous, ô mon Dieu, tous vos Anges et vos Saints, tous les bons exemples qu'ils m'ont laissés par leurs vertus et leurs saintes actions, toutes les merveilles que vous avez opérées en votre très sainte Mère, toutes les perfections de votre essence et personne divine, tous les états et mystères de votre divinité et humanité, toutes vos qualités et vertus, toutes vos pensées, paroles, actions et souffrances, tous les pas que vous avez faits sur la terre, toutes les gouttes de sang que vous y avez répandues, toutes les plaies que vous avez reçues en votre corps : en un mot toutes les choses qui ont été et qui sont en l'être crée et incréé, au temps et en l'éternité, toutes ces choses, dis-je, sont comme autant de bouches, ô mon Jésus, par lesquelles vous me prêchez continuellement votre bonté et votre amour vers moi; sont autant de langues parlésquelles vous me protestez incessamment que vous m'aimez et me conviez de vous aimer réciproquement ; sont autant de voix par lesquelles vous me dites perpétuellement : Amo te, amo te : (Litige me, quia îpse prior dilexi te. Dilige Dominum Dewm tuum ex loto corde tuo, ex iota

1 « Cœlum, terra et omnia quœ in eis sunt, non cessant niihi dicere, ut amem Dominum Deum meum. » S. August., Manuale, c. 24.

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