‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 166 sur 252 · QUATRIÈME PARTIE. — § VIII · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — § VIII

anima tua, et ex totis oiribus luis: a Je vous aime, je vous aime : aimez-moi, parce que je vous ai aimé le premier. Aimez le Seigneur voire Dieu de tout votre cœur, de toute votre àme et de toutes vos forces. » Enfin toutes ces choses sont autant de prédicateurs et de voix qui me crient sans cesse : Amour, amour pour Jésus, qui est tout amour pour toi, et qui emploie tout ce qu'il est, tout ce qu'il a, tout ce qu'il peut, tout ce qu'il sait, tout ce qu'il l'ait et tout ce qui dépend de lui, au ciel et en la terre, pour te faire connaître l'amour qu'il te porte et pour gagner ton cœur et t'obliger à l'aimer.

Ah ! Seigneur mon Dieu, que votre bonté est excessive, que votre amour est admirable vers moi ! Vous m'aimez, me désirez, me cherchez avec autant de soin et d'ardeur comme si vous aviez bien affaire de moi, comme si j'étais quelque chose et comme si je vous étais fort nécessaire. Vous désirez autant me posséder et craignez autant de me perdre comme si, en me possédant ou en me perdant, vous possédiez ou perdiez quelque grand trésor. Vous recherchez mon amitié avec autant d'instance comme si votre bonheur en dépendait. Et quand toute votre félicité et votre gloire en dépendrait, Seigneur, que pourriez-vous faire davantage que ce que vous faites? 0 bonté, ô bonté !je me perds dans vos abîmes. O bonté ! est-il possible que vous soyez si peu considérée, si peu aimée, mais tant offensée, tant persécutée par ceux que vous aimez tant? O cœur humain, que tu es dur, si tu n'es amolli par tant de voix si puissantes et si amoureuses ! Que tu es glacé si tu n'es embrasé par tant de feux et de flammes sacrées! Que ferai-je, mon Sauveur? Quel moyen de résister à tant d'attraits si violents de votre infinie bonté ? Que dirai-je, que répondrai-je à toutes ces voix par lesquelles vous m'invitez de vous aimer? Que désirez-vous, qu'attendez-vous de moi, sinon que je vous réponde avec le

Prince des Apôtres : Arrio te, amo te, je vous aime, je vous aime1 ?

Mais, hélas ! au lieu de vous répondre en cette façon, jusqu'à présent, ô douleur ! ù crève-coeur ! j'ai répondu contre vous avec les cruels Juifs, par la voix de mes péchés : Toile toile, crucifige eum*. Car tous mes péchés, mes ingratitudes, mes inclinations perverses, mon amour-propre, ma propre volonté, mon orgueil, tous mes autres vices, toutes mes mauvaises pensées, paroles «t actions, tout le mésusage que j'ai fait des sentiments de mon corps et des puissances de mon âme, et de toutes les choses qui sont en moi, comme de moi, sont autant de voix damnables, qui crient sans cesse contre vous avec les Juifs : Toile, toile, crucifige eum. O ingratitude ! ô cruauté! ô homme perfide et détestable, est-ce ainsi que tu aimes celui qui est tout amour pour toi? Est-ce ainsi que tu réponds à celui qui t'invite si doucement et si puissamment de l'aimer? Est-ce là ce que tu rends à cette immense bonté, pour tant de biens que tu as reçus d'elle? Pardon, mon Seigneur, pardon, s'il vous plaît. Que toutes vos bontés et miséricordes (s'il m'est permis déparier ainsi) vous demandent pardon pour moi. Que votre sainte Mère, tous vos Anges et tous vos Saints se prosternent à vos pieds pour obtenir ce pardon de votre clémence. Que toutes les choses susdites, par lesquelles vous me criez que je vous aime, soient autant de voix qui crient de ma part (en la manière que cela se peut faire) devant le trône de votre bénignité, et ce en toute l'humilité, repentance et contrition qui fut et qui sera jamais: Pardon, pardon, miséricorde, miséricorde à ce pauvre pécheur !

O très miséricordieux Sauveur, recevez, s'il vous plaît, •et ayez agréable, par votre très grande miséricorde, les

* Joan. XXI, 15.

9 Joan. XIX, 15.

Page 1