QUATRIÈME PARTIE. — S VIII
protestations que je vais vous faire pour l'avenir. 0 mon très aimable Jésus, puisque vous êtes toujours en exercice d'amour vers moi, et que vous employez tout ce qui est en vous et hors de vous pour m'aimer, je veux aussi être toujours en exercice d'amour vers vous, et faire usage de tout ee qui est en moi et hors de moi, pour votre saint amour. Et même, quand par imagination de chose impossible, je n'aurais aucune obligation de vous aimer, je voudrais néanmoins vous aimer de tout mon cœur et de toutes les manières possibles.
Pour cet effet je veux, s'il vous plaît, que toutes mes pensées, paroles et actions, tous les usages des sentiments de mon corps et des puissances de mon àme, toutes mes respirations, tous les battements de mon cœur, tous les mouvements de mes veines, tous les moments de ma vie, toutes les choses qui ont été, sont et seront en moi, et même tous mes péchés, autant que cela se peut faire, par la puissance de votre sagesse et de votre bonté, qui sait bien faire coopérer toutes choses, même les péchés, au bien de ceux qui vous aiment : je veux, dis-je, que toutes ces choses soient converties en autant de voix, par lesquelles je vous aille disant continuellement et éternellement, et ce en tout l'amour du ciel et de la terre : Amo te, amo te, etiam, Domine Jesu, amo te: « Je vous aime, je vous aime, oui mon Seigneur Jésus, je vous aime. » Et s'il se trouve quelque chose en moi, ou quelque partie de mon àme ou de mon corps qui dise le contraire, ou qui s'oppose à cela, je veux qu'elle soit réduite en poudre et jetée au vent.
XXXII. Je désire aussi que toutes les choses qui ont été, sont et seront, dans l'ordre de nature, de grâce et de gloire, dans le ciel, dans la (erre, et même dans l'enfer, soient autant de voix qui vous disent continuellement et à jamais, pour moi et de ma part : Amo te, amo le, Domine Jesu : « Je vous aime, je vous aime, ô Seigneur
Jésus. » Et c'est l'usage spirituel que je dois et veux faire de ces choses, comme de choses miennes, que vous m'avez données afin que je les emploie à vous aimer, ainsi qu'il a été dit par ci-devant.
XXXIII. De plus je désire encore, ô mon Jésus, que toutes les puissances et perfections de votre divinité et humanité, tous vos états, mystères, qualités, vertus, pensées, paroles, actions et souffrances, toutes vos sacrées plaies, toutes les gouttes de votre précieux sang, tous les moments de votre éternité, s'il est permis de parler ainsi, et généralement toutes les choses qui ont été et sont en votre corps, en votre âme et en votre divinité, soient autant de voix qui vous disent pour moi éternellement : 'Amo le, amantissime Jesu, amo le, bonitas infinita ; amo te ex lolo corde meo, ex tutu afiima mea, et ex tolis viribus meis, et magis atque magis amure volo1: « Je vous aime, ô très aimable Jésus, je vous aime, ô bonté infinie ; je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces, et je veux vous aimer toujours de plus en plus. »
Enfin, mon Sauveur, je veux, s'il vous plait, qu'il n'y t ait rien en mon être et en ma vie, en mon corps et en mon âme, en mon temps et en mon éternité, qui ne soit converti en amour vers vous.
Et afin que ces miens désirs et vouloirs soient autant efficaces [que possible], je désire et veux toutes ces choses, non en ma volonté humaine et naturelle qui est trop faible, et qui n'est pas digne d'être employée à vouloir des choses si grandes et si saintes, mais je le veux et désire en votre divine volonté, ô Jésus, qui est toute puissante, et qui est mienne puisque vous êtes tout à moi. O mon Seigneur, si j'avais autant de pouvoir comme
1 Ces paroles sont tirées en partie de l'Evangile de saint Jean, ch. 21, v. 15 ; et en partie du Manuel de saint Augustin, ch. 10.