VI. — Quatrième Méditation
Pour le Mercredi.
Sur la vie cachée et laborieuse de Jésus.
l./~\ Jésus, nonobstant que vous eussiez tant et de si ^ grandes choses à dire et à faire en la terre, et que vous eussiez pu convertir tant d'àmes, opérer tant de merveilles, et faire tant de bien par votre exemple et par vos saintes prédications, si vous aviez conversé avec les hommes: néanmoins vous n'avez point voulu y converser ; ains vous avez mené une vie cachée et inconnue en la terre jusqu'à l'âge de trente ans, n'ayant rien fait en l'extérieur, durant ce temps, qui vous pût faire connaître, ains vous étant toujours tenu caché et retiré dedans votre Père, dans lequel votre esprit, votre cœur, vos pensées, vos désirs et affections étaient sans cesse renfermées. Et vous avez fait cela pour honorer, par cette vie cachée, la vie cachée que vous avez eue de toute éternité dans le sein de votre Père ; et pour nous apprendre combien la solitude et retraite vous est agréable, puisque, de trentequatre ans que vous avez vécu en la terre, vous n'en avez employé que quatre en la conversation des hommes, et trente dans la retraite et solitude. Béni soyez-vous, ô bon Jésus, pour toute la gloire que vous avez rendue à votre Père, durant ces trente ans de votre vie cachée. Faites, s'il vous plaît, qu'en l'honneur de votre vie cachée et solitaire, j'aime désormais la solitude et retraite, tant extérieure qu'intérieure. Retirez-moi et me cachez dedans vous. Retirez mon esprit dans votre esprit, mon cœur dans votre cœur, ma vie dans votre vie. De mon côté, je désire avoir soin désormais, moyennant votre grâce, de me retirer de toutes parts par pensée et affection dedans vous, ô mon Jésus, comme dans mon lieu de
refuge, dans mon centre, dans mon élément et dans mon paradis, hors lequel il n'y a qu'enfer et perdition. Je veux toujours demeurer en vous, selon ce commandement que vous m'en avez donné : Manete in me1, c'està-dire, dans votre esprit, dans votre amour, clans vos sentiments et inclinations, et n'en sortir plus jamais.
2. 0 très grand et très adorable Jésus, vous avez voulu mener une vie inconnue et méprisée, une vie basse et abjecte aux yeux des hommes, une vie pauvre, laborieuse et souffrante, portant le nom et travaillant au métier de charpentier, pour nous apprendre premièrement par votre exemple, ce que depuis vous nous avez enseigné par vos paroles, à savoir que : Quod hominibus altum est, abominatio est ante Deum*: « Ce qui est grand devant les hommes, est abomination devant Dieu. » 0 Jésus, imprimez cette vérité bien avant dans mon esprit, et gravez puissamment dans mon cœur une haine et horreur très grande de toute gloire, louange, grandeur et vanité, et de tout ce qui paraît et éclate aux yeux des hommes, avec un amour et affection très forte de tout ce qui porte bassesse, abjection et humiliation.
3. 0 Jésus, vous êtes Dieu comme votre Père, et n'êtes qu'un même Dieu avec lui ; vous n'avez qu'une même puissance et opération, vous avez créé et vous conservez et gouvernez avec votre Père ce grand univers. Vous êtes occupé avec lui, durant toute l'éternité, à produire un Dieu et une personne divine, à savoir le Saint-Esprit qui est Dieu comme lui et comme vous, et en d'autres choses grandes et dignes de votre grandeur suprême. Et néanmoins, vous considérant dans l'état de votre vie cachée et laborieuse sur la terre, je vois que vous vous assujettissez aux actions les plus communes et abjectes de la vie humaine, comme au boire, au manger, au dormir, au travail, gagnant votre vie à la peine de vos bras
1 Joan. XV, 14. — 8 Luc. XVI, 15.