II. — Élévation à Jésus sur le sujet de notre naissance
I-(~\ JÉSUS, je vous adore clans votre naissance éternelle, ^ et dans la divine résidence que vous avez de toute éternité au sein de votre Père ; et je vous adore aussi dans votre conception temporelle au sein de la très pure Vierge, dans l'état de la résidence que vous avez faite en ses sacrées entrailles l'espace de neuf mois, et dans la naissance que vous avez eue au monde au bout de ces neuf mois. J'adore et révère profondément toutes les choses grandes et admirables qui se sont passées en vous dans tous ces mystères. J'adore et honore toutes les saintes dispositions de votre personne divine et de voire âme sainte en ces mêmes mystères J'adore, j'aime, je bénis de tout mon cœur toutes vos adorations, vos amours, vos bénédictions, vos louanges, vos oblalions et relations de vous-même à votre Père, et tous les autres actes et exercices divins que vous avez pratiqués au regard de votre Père dans les susdits mystères.
II. Je vous adore encore et vous glorifie, ô bon Jésus, comme faisant toutes ces choses-là pour vous et pour moi et pour tout le monde. Je me donne et m'unis à vous, ô mon cher Jésus, pour faire avec vous maintenant, sur le sujet de ma naissance au monde et de la demeure que j'ai eue dans les entrailles de ma mère, ce que vous avez fait dans votre naissance éternelle et temporelle, et dans la résidence que vous avez eue de toute éternité au sein de votre Père, et durant neuf mois au sein de votre Mère; et je me donne et joins à vous pour faire cela comme vous l'avez fait, c'est-à-dire, en l'union de l'amour, de l'humilité, de la pureté et des autres saintes dispositions avec lesquelles vous l'avez fait. Et comme vous l'avez fait pour vous et pour moi et pour tous les hommes du monde, je désire aussi, en l'honneur et union de cette vôtre très ardente charité vers moi et vers tous les hommes, faire ce présent exercice non seulement pour moi, mais aussi pour tous mes amis et pour tous les hommes du monde. Je veux, s'il vous plaît, ô mon Sauveur, vous rendre maintenant, autant qu'il me sera possible avec l'aide de votre grâce, tous les devoirs que j'aurais dû vous rendre, si j'avais eu l'usage de raison dès le premier moment de ma vie, durant le temps que j'ai été dans les entrailles de ma mère, et à l'instant de ma naissance sur la terre. Comme aussi je désire vous rendre tous les devoirs d'adoration, de louange et d'amour qui vous auraient dû être rendus en ce même temps, par tous mes amis et par tous les hommes du monde qui ont été, sont et seront ; et même ceux qui vous auraient dû être rendus par les mauvais anges, au moment de leur création ; et ceux encore qui vous auraient dû être rendus par toutes las créatures qui ont été, sont et seront, au moment qu'elles ont reçu l'être ou la vie de vous, si elles avaient été capables de vous connaître et adorer, et de se référer et donner à vous. Pour cette fin, je me donne derechef à vous ô mon Seigneur
SEPTIÈME PARUE. — ï^ II 499
Jésus : venez en moi, lirez-moi en vous, unissez-moi à vous, afin qu'en vous et par vous j'accomplisse ces miens désirs, pour votre pure gloire et contentement,
III. En union donc de la dévotion, de l'amour, de l'humilité, de la pureté et sainteté, et de toutes les autres divines dispositions avec lesquelles vous avez honoré, béni, aimé et grorifié votre Père éternel, dans votre naissance éternelle et temporelle, et dans la résidence que vous avez eue de toute éternité au sein de votre Père, et durant neuf mois au sein de votre Mère: je vous reconnais, vous adore, vous aime, vous bénis et glorifie avec votre Père et votre Saint-Esprit, comme mon Dieu, mon Créateur et mon souverain Seigneur ; et je vous adore, vous aime et vous glorifie aussi au nom et de la part de toutes les créatures angéliques, humaines, irraisonnables et insensibles. Et, s'il était possible, je voudrais avoir en moi tout leur être, toutes burs forces et toute la capacité qu'elles ont ou auraient pu avoir de vous glorifier et aimer, pour remployer toute maintenant à vous rendre ces devoirs pour moi et pour elles, et spécialement pour ceux desquels je dois et veux avoir un soin particulier devant vous.
IV. Je vous rends grâces infinies, ô mon Dieu, pour moi et pour toutes les créatures, spécialement pour mes particuliers amis, de ce que vous nous avez donné l'être et la vie, et un être capable de vous connaître et aimer, et de ce que vous nous avez conservé la vie dans les entrailles de nos mères avant le saint Baptême. Car, hélas ! si nous étions morts en cet état avant que d'être délivrés du péché originel par la grâce du saint Baptême, comme une infinité d'autres y sont morts, nous n'aurions jamais vu votre divine face, et nous aurions été privés pour jamais de votre saint amour. Oh ! que tous vos Anges et vos Saints vous bénissent éternellement pour cette faveur très particulière que vous nous avez faite.
V. 0 mon Créateur, vous ne m'avez donné l'élre et la vie que pour l'employer en votre amour et service. C'est pourquoi je vous l'offre et réfère, je vous le consacre et sacrifie entièrement, avec l'être et la vie de tous les Anges, de tous les hommes et de toutes les créatures, vous protestant de ma part, que je ne veux plus être ni vivre que pour vous servir et aimer avec toute la perfection que vous demandez de moi.
VI. 0 mon Dieu, quel sujet d'humiliation et de douleur pour moi, quand je pense que, durant les premiers mois de ma vie, j'ai été votre ennemi et dans l'appartenance de Satan, et que durant ce temps, j'étais dans un état continuel de péché qui vous déplaisait et déshonorait infiniment ! C'est de quoi je vous demande très humblement pardon, ô mon Seigneur, et en satisfaction du déshonneur que je vous ai rendu en cet état du péché originel dès les entrailles de ma mère, je vous offre, ô Père de Jésus, toute la gloire que votre Fils bien-aimé vous a -donnée dans la résidence qu'il a eue de toute éternité en
votre sein paternel, et dans celle qu'il a eue l'espace de neuf mois dans le sein virginal de sa très sainte Mère. Et à vous, ù Jésus, je vous offre tout l'honneur que votre sainte Mère vous a rendu durant le temps qu'elle a demeuré dans les bienheureuses entrailles de sainte Anne, sa mère.
VII. 0 mon Jésus, en l'honneur et union du même amour avec lequel vous avez accepté et porté toutes les croix et misères qui vous ont été présentées de la part de votre Père en votre naissance temporelle, je vous offre toutes les peines et misères que j'ai souffertes dès ma naissance, et que j'ai à souffrir en tout le reste de ma vie, les acceptant et aimant pour l'amour de vous, et vous suppliant de les consacrer à l'hommage des vôtres.
VIII. 0 très bénin Jésus, je vous offre tout l'état de ma naissance et de ma résidence dans les entrailles de ma
mère, et vous supplie que, par voire très grande miséricorde, vous effaciez tout ce qui vous y déplaît, que vous daigniez suppléer à nies défauts, rendant à votre Père et à vous-même tout l'honneur que j'aurais dû vous rendre pour lors, si j'avais été capable de vous honorer ; et que vous fassiez que tout cet état rende un hommage et une gloire immortelle à l'état divin de votre résidence dans le sein de votre Père et dans les entrailles de votre Mère, et de votre naissance éternelle et temporelle.
IX. Ce sont les devoirs, ô mon Sauveur, que j'aurais dû vous rendre, si j'en avais été capable, dès le moment de ma naissance, voire, dès le premier moment de ma vie, et que je tache de vous rendre maintenant, quoique bien tard et bien imparfaitement. Mais ce qui me console iniiniment, ô mon cher Jésus, c'est que je sais que vous avez suppléé à mon défaut par. votre naissance temporelle. Car alors vous avez rendu tous ces devoirs à votre Père, et vous avez fait très saintementet divinement tous ces actes et exercices spirituels pour vous et pour moi, c'est-à-dire que vous avez adoré, remercié, glorifié et aimé votre Père pour vous et pour moi. Vous lui avez référé et consacré à sa gloire tout votre être et tout l'état de votre vie présente et à venir, et avec cela tout mon être et tout l'état de ma vie et de toutes les créatures qui ont été, sont et seront, parce que tout l'état passé, présent et avenir des choses créées vous était aussi présent alors comme il est maintenant, et vous le regardiez comme chose vôtre, qui vous avait été donnée de votre Père, selon ce que vous avez dit depuis : Omnia mihi tradita sunt a Pâtre meo1 ; et par conséquent vous étiez obligé, par l'amour que vous lui portez et par le zèle que vous avez pour son honneur, de le lui référer, donner et sacrifier, comme aussi vous l'avez fait en une manière très excellente.
« Matth. Xf, 27.
Vous avez aussi offert à votre Père l'état saint et divin de votre résidence dans les sacrées entrailles de la Vierge, tout rempli de gloire et d'amour vers lui, en satisfaction du déshonneur qui lui devait être rendu en moi par l'état du péché originel dans lequel j'ai été durant le temps de ma demeure dans les entrailles de ma mère. Et au même instant que vous avez accepté et offert à votre Père toutes les croix et souffrances que vous aviez à porter en toute votre vie, vous lui avez aussi offert toutes les peines et afflictions passées, présentes et à venir de tous vos membres : l'office du chef étant de faire tout ce qu'il fait, pour soi et pour ses membres, puisque le chef et les membres ne font qu'un, et qu'en suite tout ce qui est dans les membres appartient au chef, comme réciproquement tout ce qui est au chef appartient aux membres.
Ainsi, o mon divin Chef, vous avez fait un très saint usage de mon être et de tout l'état de ma vie ; vous avez rendu pour moi à votre Père, en votre naissance temporelle, tous les devoirs que j'aurais dû lui rendre en la mienne, et vous avez pratiqué tous les actes et exercices que j'aurais dû pratiquer. Qu'à jamais en soyez-vous béni ! Oh ! que de bon cœur je consens et adhère à tout ce que vous avez fait alors pour moi ! Certes je le ratifie et approuve de toute ma volonté, et je le voudrais signer de la dernière goutte de mon sang ; comme aussi tout ce que vous avez fait pour moi en tous les autres états et actions de votre vie, pour suppléer aux défauts que vous saviez que je devais commettre dans les divers états et actions de ma vie.
Et à votre imitation, ô mon Jésus, et en l'honneur et union du même amour qui vous a porté à faire ainsi toutes choses pour vous et pour tous vos frères, membres et enfants, et pour toutes les créatures : je désire désormais, en tous mes exercices et actions, vous rendre tout l'honneur et la gloire qui me sera possible, pour moi et
pour tous les chrétiens qui sont mes frères el qui sont membres d'un même chef et d'un même corps avec moi ; comme aussi pour tous les hommes, et pour toutes les autres créatures qui sont indignes ou incapables de vous aimer, comme si toutes ensemble m'avaient charge de leurs devoirs et obligations vers vous, et m'avaient passé procuration de vous aimer et honorer pour elles.