XXX. — Conclusion des exercices précédents
En la fin de ces exercices sur le sujet de la mort, il faut remercier Notre-Seigneur des grâces qu'il vous y a faites ; lui demander pardon des fautes que vous y avez commises ; le prier qu'il supplée à votre défaut ; qu'il accomplisse en vous l'effet de ces siennes paroles : Bienheureux le serviteur que son maître trouvera veillant quand il viendra : Je vous dis en vérité qu'il le constituera sur tous ses biens ' ; que lui-même soit toujours veillant en vous et pour vous, afin que vous ne soyez pas surpris ; qu'il vous conserve tout ces exercices et préparations pour l'heure de la mort, et qu*il soit lui-même votre disposition et préparation.
Faites le même à proportion au regard de la sainte Vierge, des Anges et des Saints, spécialement des Saints du jour auquel iXotre-Seigneur connaît que vous mourrez.
XXXI. — De quelques autres avis et dispositions nécessaires pour mourir saintement
J'ajouterai encore ici quelques autres avis et dispositions, dont l'usage vous pourra servir lorsque vous sentirez approcher la fin de votre vie.
La principale chose que vous aurez à faire, lorsque vous croirez être proche de la fin de votre vie, sera de vous exercer le plus qu'il vous sera possible dans les actes d'amour vers Jésus, joignant toujours aussi l'humilité avec l'amour ; car il n'y a point de moyen plus puissant et plus doux pour effacer bientôt nos péchés, pour nous avancer beaucoup dans les voies de Dieu et
'« Beatus ille servus, quem quum venerit Dominus ejus, invenerit sic facientem. Amen dico vobis, quoniaui super omnia bona sua oonstituet eum. » Matth. XXIV, 46-47.
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pour lui donner contentement, que ce divin exercice.
Si vous êtes travaillé de la crainte de la mort ou de pensées de défiance, à raison de vos péchés passés, faitesvous relire ce qui est écrit de la confiance en la IIe partie de ce livre, page 233 et suivantes.
Si vous pouvez supporter la lecture, faites-vous lire de temps à autre les exercices précédents sur le sujet de la mort, et les exercices de louanges et de glorification vers Jésus qui sont en la IVe partie de ce livre, page 373 et suivantes.
Comme aussi quelque chose de la Vie des Saints ou de quelque autre livre ; mais surtout la passion de Jésus- Christ, le dix-septième chapitre de l'Évangile de saint Jean, et les prières pour l'âme agonisante, en la manière et avec les dispositions qui ont été dites ci-dessus, au septième jour de l'Exercice sur la mort.
N'oubliez pas d'avertir que, lorsque vous serez sur la fin de votre vie, on vous fasse gagner l'indulgence plénière, par une médaille de Saint Charles ou par quelque autre, et ce, non pour votre intérêt, mais pour la pure gloire de Dieu, suivant la pratique qui est proposée sur ce sujet en la IIIe partie, là où il est parlé des Indulgences, page 362 et suivantes.
Ayez souvent le crucifix entre vos mains, pour faire de temps en temps les actes d'amour qu'on peut faire en le baisant, ainsi qu'il a été dit en la IV0 partie, page 406 et suivantes.
Que les saints noms de Jésus et de Marie soient toujours en votre cœur et souvent en votre bouche ; et désirez de les prononcer dans les intentions qui ont été dites sur le chapelet de Jésus Maria, en la VIe partie, page 494.
Élevez à toute heure votre cœur vers Jésus, lui disant avec son disciple bien-aimé : Veni, Domine Jesu ; Veni, Domine Jesu* : « Venez, Seigneur Jésus. »
1 Apoc, XXII, 20.
Avec saint Pierre : Amo te, Domine Jesu, amo te, amo te1.
Avec le bon Larron : Mémento mei, Domine, dum veneris in regnum tuum*: « Seigneur, souvenez-vous de moi dans votre royaume. » Et en disant ces paroles, unissezvous à la contrition et à l'amour avec lequel ce saint Larron les a dites, en suite de quoi il a mérité d'entendre de la bouche du Fils de Dieu : En vérité, je te dis que tu seras avec moi aujourd'hui en Paradis3.
Avec le pauvre publicain de l'Évangile : Deus propitius esto mihi peccatori '* : « 0 Dieu, soyez propice à ce misérable pécheur. »
Avec David : Miserere mei, Deus, secundum magnum misericordiam tuant* : « Ayez pitié de moi, Seigneur, selon votre grande miséricorde. » Suscipe me secundum eloquium tuum et vivam, et non confundas me ab expectatione- mea6 : « Prenez-moi à vous selon votre parole et je vivrai, et ne me confondez point de mon attente. » In te, Domine, speravi, non confundar in seternum"' : « En vous, Seigneur, j'ai mis mon espérance, je ne serai point confondu éternellement. »
Avec saint François : Seigneur, tirez mon âme de la prison de ce corps, afin que je loue votre saint nom avec tous les Justes qui m'attendent dans le ciels.
Avec la sainte Église à la sainte Vierge : Maria, Mater gratise, Mater misericordiœ, tu nos ab hoste protège, et horamortis suscipe : « 0 Marie, Mère de grâce, Mère de mi-
1 Joan. XXI, 15.
sLuc. XXI1F,42.
3 « Amen dico tibi : Hodie mecum eris in paradiso. » Luc. XXIII, 43.
4 Luc. XVI1I.23. — 5Ps. L, 3.
6Ps. CXVIII, 116. — 7 Ps. XXX, 3.
8 Sur le point de mourir, saint François d'Assise se fit lire la Passion selon saint Jean, puis il récita lui-même en entier le psaume CXLI qui se termine par ce verset cité par le V. P. Eudes : Educ de cuslodia animam meatti ad confitendum nomini tuo ; me expeciant justi donec rétribuas mihi. Cf. S. Bonavent. Legenda S. Francisa c XIV.
séricorde, défendez-nous de l'ennemi, et nous recevez à l'heure de la mort. »
0 Mère de Jésus, soyez mère de mon àme. Monstra te esse matrem : « Montrez que vous êtes ma mère », ou plutôt Monstra le esse Matrem Jesu : « Montrez que vous vous êtes Mère de Jésus », détruisant en moi, par vos prières et mérites, tout ce qui est contraire à la gloire de votre Fils Jésus, et faisant qu'il y soit aimé et glorifié parfaitement.
Avec saint Etienne : Domine Jesu, suscipe spirilum meum* : « Seigneur Jésus, prenez mon esprit. »
Et en disant ces paroles, et les autres précédentes, unissez-vous toujours à la dévotion, à l'amour et aux autres saintes dispositions avec lesquelles elles ont été proférées par les personnes susdites.
Avec Jésus agonisant dans le jardin des Olives : Pater, non mea voluntas, sed tua fiât'1 : « Mon Père, non pas ma volonté, mais la vôtre soit faite. » Et avec ce même Jésus agonisant en la croix : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum1.
Vous pourrez encore vous servir de ces petites aspirations :
« 0 Jésus, aimez votre Père et votre Saint-Esprit pour moi.
« 0 Père de Jésus, ô Saint-Esprit de Jésus, ô Mère de Jésus, ô Anges de Jésus, ô Saints et Saintes de Jésus, aimez Jésus pour moi.
Volo Domine Jesu, le regnare super me : « Je veux, ô Seigneur Jésus que vous régniez sur moi. »
Dominare in medio inimicorum tuorum : « O Seigneur Jésus, régnez et dominez en moi malgré tous vos ennemis. »
« O mon cher Jésus, soyez-moi Jésus ; ô mon Tout, soyez-moi tout, pour le passé, pour le présent et l'avenir.
^Act. VII, 58. — 'Luc. XXII, 42.— 'Luc. XX11I, 43.
Unum neccssarium, unum volo, unum quœro, union amo : « Une seule chose m'est nécessaire. Adieu tout le reste; qu'on ne m'en parle plus. Je ne veux qu'une chose, je ne cherche qu'une chose, je n'aime qu'une chose 1 a quelle m'est tout, et tout le reste ne m'est plus rien. C'est mon Jésus que je veux, c'est lui que je cherche, c'est lui que j'aime et que je veux aimer en tout l'amour du ciel et de la terre.
Jésus meus et omnia : « Mon Jésus m'est toutes choses. Adieu derechef tout ce qui n'est peint Jésus. Mon Jésus me suffit, je ne veux plus rien que lui en la terre et au ciel.
Veni Domine Jesu : « Venez, Seigneur Jésus, venez en moi pour vous y aimer vous-même parfaitement.
« 0 Jésus, mon tout, soyez vous-même ma préparation et disposition à la mort. 0 Jésus, je me donne à vous pour mourir avec vous, en vous et par vous.
« 0 Jésus, je me donne à vous pour m'unir, dans l'instant de ma mort, à toutes les dispositions d'amour et de sainteté avec lesquelles vous, votre sainte Mère, vos saints Martyrs et tous vos autres Saints êtes morts.
« 0 Jésus, ô Marie, Mère de Jésus, donnez-moi, s'il vous plaît; votre sainte bénédiction.»
Enfin tâchez de faire en sorte que la dernière parole que vous direz soit celle-ci : Jésus Maria ! ou bien : Vive Jésus ! ou bien : Jésus, soyez moi Jésus !
Vous pourrez vous entretenir ainsi doucement et saintement avec iS'otre-Seigneur, par le moyen de ces fréquentes élévations vers lui. Mais afin qu'il vous donne la grâce d'en faire usage quand vous serez en l'article de la mort, accoutumez-vous à dire ces paroles et à faire ces aspirations souvent durant votre vie, et spécialement le soir étant couché, devant que de vous endormir, vous servant tantôt des unes^ tantôt des autres, selon la disposition que l'Esprit de Dieu vous y donnera.
11 serait aussi bon de prier ceux qui seront auprès de vous, et qui vous assisteront en votre maladie, qu'ils
vous lisent et relisent souvent les choses susdites. Et si d'aventure vous veniez à perdre la parole, qu'ils ne laissent pas de faire ces actes et ces élévations pour vous, et même quand vous perdriez l'usage des sens et de la raison. Car les en ayant priés, et leur ayant donné votre volonté pour cela, afin qu'ils les fassent en votre nom et pour vous, Notre-Seigneur les regardera et recevra comme si vous les faisiez vous-même, puisqu'ils seront faits à votre instance et de votre part1.
Priez aussi la sainte Vierge, vos Anges et vos Saints, qu'ils fassent toutes ces choses pour vous, et toutes les autres qu'ils savent que Dieu demande de vous au dernier jour de votre vie. Mais surtout, priez Jésus qu'il fasse tout cela pour vous, et ayez une très grande confiance en son infinie bonté qu'il sera votre tout, et qu'il fera pour vous tout ce que vous avez à faire. Et remarquez bien, je vous prie, ce dernier point.
Car, encore bien que vous deviez apporter de votre côté tout le soin et toute la dévotion possible pour vous préparer, par le moyen de ces exercices, à mourir saintement, néanmoins, après avoir fait tout ce qui a été dit, vous ne devez aucunement vous appuyer ni reposer en tous vos actes, exercices et préparations, mais mettre tout votre appui et confiance en la pure bonté et miséricorde de Notre-Seigneur Jésus -Christ, le suppliant toujours qu'il soit lui même votre préparation, votre vertu, votre sanctification et votre tout.
Car enfin et en somme, il n'appartient qu'à Jésus d'être tout et de faire tout en tous et en toutes choses, afin qu'il ait la gloire de tout, selon ce divin oracle par lequel
1 « Quand quelqu'une de nos Sœurs est en grand péril, il est bon que quelques-unes des autres partagent entre elles les exercices de la préparation à la mort qui sont en la partie septième du Royaume de Jésus, afin de les faire pour la malade, et de lui dire cela afin qu'elle y consente et qu'elle s'y unisse de cœur et de volonté. » Lettre du V. P. Eudes à la Mère Patin.
j'ai commencé ce livre, et par lequel je veux le finir : Omnia in omnibus Christus1 : « Jésus-Christ est tout en tous ». Oh ! qu'il soit donc tout au temps et en l'éternité !
0 Jésus, soyez tout, soyez tout en la terre comme vous êtes tout au ciel; soyez tout en tous et en toutes choses. Soyez tout dans ce petit ouvrage, qui est tout de vous en ce qu'il a de bon, qui ne parle que de vous ou pour vous, et qui ne tend qu'à vous former et établir dans les âmes de ceux qui s'en serviront. Qu'on n'y voie rien que Jésus, qu'on n'y cherche que Jésus, qu'on n'y trouve que Jésus, et qu'on n'y apprenne qu'à aimer et glorifier Jésus. Soyez tout dans celui qui l'a dressé, et dans ceux qui le liront ; car vous savez, ô Jésus, mon cher tout, que je ne veux jamais, en la vie et en la mort, avoir d'autre dessein ni désir que de vous voir vivre et régner en tous et en toutes choses. Vivez donc, ô Jésus, vivez et régnez dedans nous. Car, au lieu que ces malheureux dont vous parlez dedans votre saint Évangile, ont dit, parlant de vous : Nolumus hune regnare super nos : « .Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous2 », nous désirons au contraire crier en la face du ciel et de la terre, et vous dire de tout notre cœur et de toutes les volontés qui sont en la terre et au ciel : Volumus, Domine Jesu, te regnare super nos: « Nous voulons, ô Seigneur Jésus, que vous régniez sur nous. » Régnezy donc et y vivez parfaitement et absolument, afin que nous puissions chanter éternellement ce divin cantique : Onmia in omnibus Jésus : « Jésus est tout en toutes choses! »Vive Jésus! Vive ce grand tout! Vive ce grand Jésus qui est tout ! Vive ce grand tout qui est Jésus ! Vive Jésus ! Vive Jésus !