‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 61 sur 252 · PREMIÈRE PARTIE. — § XV l.'M · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — § XV l.'M

commis, à cause qu'il déplaît à Dieu ; c'est-à-dire, c'est un acte de notre volonté, par lequel nous protestons à Dieu que nous voulons haïr et détester nos péchés, que nous sommes marris de les avoir commis, et que nous y renonçons et avons désir de nous en séparer, non pas tant pour la considération de notre propre intérêt que pour celle du sien. Je veux dire, non pas tant à cause du mal, du tort et du dommage que nous nous sommes fait à nous-mêmes par nos péchés, qu'à cause de l'injure, du déshonneur, des grands tourments et de la mort très cruelle que nous avons fait souffrir à Notre-Seigneur par ces mêmes péchés.

En suite de quoi il est à remarquer qu'encore qu'il soit vrai que la moindre offense faite contre une bonté infinie est si détestable, que quand nous pleurerions jusqu'au jour du jugement, ou que nous mourrions de douleur pour la plus petite de nos fautes, ce serait encore trop peu ; néanmoins il n'est pas nécessaire absolument, pour avoir une vraie contrition, de répandre des larmes, ni de concevoir une douleur sensible ou un sentiment douloureux de ses péchés. Car la contrition étant un acte spirituel et intérieur de la volonté, qui est une puissance spirituelle et non sensible de notre âme, on peut faire un acte de contrition sans avoir aucune douleur sensible; d'autant qu'il suffit de protester à Notre- Seigneur, d'une véritable volonté, que nous voulons haïr et détester nos péchés, et nous en séparer pour l'avenir, à cause qu'ils lui déplaisent, et que nous avons le désir de nous en confesser à la première confession que nous ferons.

Remarquez aussi que la contrition est un don de Dieu et un effet de la grâce ; à raison de quoi, quand vous sauriez très bien en quoi elle consiste, et que vous emploieriez toutes les forces de votre esprit et de votre volonté pour en produire quelque acte, vous ne le pourriez jamais faire, si le Saint Esprit ne vous en donnait la

grâce. Mais ce qui vous doit consoler, c'est qu'il ne vous la refusera pas, si vous [la] lui demandez avec humilité, confiance et persévérance, et que vous n'attendiez pas à l'heure de la mort à [la] lui demander ; car d'ordinaire elle est refusée, à cette heure-là, à ceux qui l'ont négligée durant leur vie.

Notez encore que, pour avoir une véritable contrition, quatre autres choses sont nécessaires, dont la première est de rendre au plus tôt le bien d'autrui, quand on l'a et qu'on le peut rendre, même en s'incommodant, et de faire restitution de sa renommée quand on [la lui a ravie par quelque calomnie ou médisance.

La seconde, de faire de son côté tout ce qu' on pet pour se réconcilier à ceux avec lesquels ont est en discorde.

La troisième, d'avoir une volonté ferme et constante, non seulemeut de confesser ses péchés et d'y renoncer, mais aussi d'employer les remèdes et les moyens nécessaires pour vaincre ses mauvaises habitudes, et pour commencer une vie vraiement chrétienne.

La quatrième, de quitter effectivement toutes les occasions, tant actives que passives du péché, c'est-à-dire tant celles qu'on donne aux autres d'ofienser Dieu, que celles par lesquelles on est porté à l'offenser : telles que sont aux concubinaires et adultères leurs vilaines ; aux ivrognes les tavernes ; aux joueurs et blasphémateurs les jeux, quand ils ont coutume d'y jurer et blasphémer, ou d'y perdre beaucoup de temps ou d'argent ; aux femmes et au filles la nudité de leurs gorges, ou leur trop grande curiosité et vanité en leurs cheveux et habits ; et à plusieurs autres les méchants livres, les vilains tableaux, les bals, les danses, les comédies, la fréquentation de certains lieux, de certaines compagnies ou de certaines personnes ; comme aussi certaines professions et offices qu'on ne peut exercer sans péché. Car, lorsque le Fils de Dieu nous dit : Si ta main, ou ton pied, ou ton œil le scandalisent, coupe-les, arrache-les et

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