LA VIE CHRETIENNE ET SES FONDEMENTS
I. — Que la vie chrétienne doit être une continuation de la très sainte vie que Jésus a eue en la terre.
tésus, Fils de Dieu et Fils de l'homme, Roi des hommes ** et des Anges, n'étant pas seulement notre Dieu, notre Sauveur et notre souverain Seigneur, mais même étant notre chef, et nous riant ses membres et son corps, comme parle saint Paul, os de ses os et chair de sa chair1, et par conséquent étant unis avec lui de l'union la plus intime qui puisse être, telle qu'est celle des membres avec leur chef ; unis avec lui spirituellement par la foi et par la grâce qu'il nous a donnée au saint Baptême ; unis avec lui corporellement par l'union de son très saint corps avec le nôtre en la sainte Eucharistie; il s'ensuit de là nécessairement que, comme les membres
' « Merabra sumus corporis ejus, do carne ejus et de ossibus ejus. » Epi,. V, 30.
sont animés de l'esprit de leur chef et vivants de sa vie, aussi nous devons être animés de l'esprit de Jésus, vivre de sa vie, marcher dans ses voies, être revêtus de ses sentiments et inclinations, faire toutes nos actions dans les dispositions et intentions dans lesquelles il faisait les siennes ; en un mot, continuer et accomplir la vie, la religion et la dévotion qu'il a exercée sur la terre.
Cette proposition est très bien fondée ; car elle est appuyée en plusieurs endroits sur les paroles sacrées de celui qui est la vérité même. Ne l'entendez-vous pas qui dit en divers lieux de son Évangile : Je suis la vit-, et Je suis venu afin que vous ayez la {vie ; et Vous ne voulez pas venir à moi, afin d'avoir la vie. Je vis et vous vivrez. En ce jour-là vous connaîtrez que Je suis en mon Prre, et vous en moi, et moi en vous*. C'est-à-dire que, comme je suis en mon Père, vivant de la vie de mon Père, laquelle il me va communiquant : aussi vous êtes en moi vivant de ma vie, et je suis en vous, vous communiquant cette même vie, et ainsi je vis en vous, et vous vivrez avec moi et en moi.
Et son disciple bien-aimé ne nous crie-t-il pas que Dieu nous a donné une vie éternelle et que cette vie est en son Fils, et que celui qui a en soi le Fils de Dieu, a la vie; et au contraire, que celui qui n'a p<>i>it le Fils de Dieu en soi, n'a point la vie; et que Dieu nous a envoyé son Fils au monde, afin que nous vivions par lui ; et que nous sommes en ce monde comme Jésus y a étéi, c'est- à-
1 « Ego sum... vita. » Joan. XIV, 6. — « Ego veni ut vitam habeant. » Joan. X, 10. — « Et non vultis venire ad me ut vitam habeatis. » Joan. V, 40. — « Ego vivo et vos vivetis. In illo die vos cognoscetis quia ego sum in Pâtre meo, et vos in me, et ego in vobis. » Joan. XIV, 19, 20.
s « Vitam aeternam dédit nobis Deus. Et haec vita in Filio ejus est. Qui habet Filium, habet vitam ; qui non habet Filium, vitam non habet. » I Joan. V. 11, 12. — « Filium suum unigenitum misit Deus in mundum, ut vivamus per eum. » I Joan. IV, 9. — « Sicut ille est, et nos sumus in hoc mundo. » Ibid. 17.
dire que nous y tenons sa place, et que nous y devons vivre comme il y a vécu ?
Et en son Apocalypse, nous annonce-t-il pas que le bien-aimé Époux de nos âmes, qui est Jésus, va sans cesse nous criant et nous disant : Venez, venez à moi et que celui qui a soif vienne, et qui veut prenne de Veau de vie gratis et pour néant1 ; c'est-à-dire qu'il prenne, et qu'il puise dedans moi l'eau de la vraie vie? Ce qui est conforme à ce qui est raconté dans le saint Évangile, qu'un jour le Fils de Dieu était debout au milieu d'une grande multitude de peuple, et qu'il criait à haute voix : Si quelqu'un a soif qu'il vienne à moi et qu'il boive*.
Et qu'est-ce que le divin apôtre saint Paul nous prêche à toute heure, sinon que nous sommes morts, et que notre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieuz; que le Père Eternel nous a vivifiés avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ* , c'est-à-dire qu'il nous a fait vivre, non seulement avec son Fils, mais même en son Fils et de la vie de son Fils ; que nous devons manifester et fa ire paraître la vie de Jésus en nos corps""; que Jésus-Christ est notre vie6, qu'il est en nous, qu'il y est vivant? Je vis, ce dit-il, non pas moi mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi1. Car si vous considérez bien la suite du chapitre, là où il dit ces paroles, vous trouverez qu'il ne parle pas seulement de soi-même et en
' « Veni.... veni. El qui sitit veniat : et qui vult, accipiat aquam vitae gratis. » Apoc. XXII, 17.
* « In novissimo autem die magno festivitatis, stabat Jésus et clamabat : Si quis sitit, veniat ad me et bibat. » Joan. VII, 37.
3 « Mortui estis et vita vestra abscondita est cum Cbristo in Deo. » Col. III, 3.
4 « Deus autem... convivificavit nos in Christo. » Eph. II, 5. — « Et vos... convivificavit cum illo. » Col. II, 13.
5 « Mortificationem Jesu in corpore nostro circumferentes, ut et vita Jesu manifestetur in corporibus nostris. Semper enim nos qui vivimus, in mortem tradimur propter Jesum, ut et vita Jesu manifestetur in carne nostra mortali. » II Cor. IV, 10, 11.
6 « Cum Gbi'istus apparuerit, vita vestra. » Col. III, 4.
7 « Vivo autem, jam non ego, vivit vero in me Christus. » Gai. 11,20.
son nom, mais qu'il parle au nom et en la personne de l'homme chrétien. Et enfin, en un autre lieu, parlant aux chrétiens, il dit qu'il prie Dieu quil les rende dignes de sa vocation, qu'il accomplisse puissamment en eux toutes les volontés de sa bonté et V œuvre de la foi, afin que le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit glorifié en eux, et eux en lui1.
Tous ces textes sacrés nous enseignent évidemment que Jésus-Christ doit être vivant en nous ; que nous ne devons point vivre sinon en lui ; que sa vie doit être notre vie, que notre vie doit-être une continuation et expression de sa vie, et que nous n'avons point de droit de vivre en la terre, que pour porter, manifester, sanctifier, glorifier, et faire vivre et régner en nous le nom, la vie, les qualités et perfections , les dispositions et inclinations, les vertus et actions de Jésus.