‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 2)Chapitre 26 sur 26 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

ambre. Grâce à Vif^^pf0(mi Wimw^ ^^ÊBfiê tirâftm oi ses habitants pétri&és,

— Quand on pense qu'il est en Fraoce ûm Jàsta fOi veulent ; impc»ter les solennelles bêtises que les Anglais fom ^lîez eui av ce beau sang-froid q«e vous leur connaissez, dit Blondef, i! y a de quoi faire frémir quiconque a vu l'Angleterre et se souvient de ffadeaseft et cèammtâfi mœurs frmi^sed. Dans l6s de ternps^ Walter Scûtt^ qui ptis osé peindre les feninic s camfl elles sont de peur à*éttB impraper, se repemail d'avoir fait la 1 A|tm if ESffie dans la l^jfiofi dCidUmboufg,

— Vem-ta ne pâs ft^ impr^^ en AlikgleiifïÉr dit Bipoil tbot.

* — £b bien? dît Finot.

— Va voir mm Toileries une espèce de pompier ea maitvt intitulé Hiémistode par le statuaire, et î^iche de man^b^ comme la statue du GçniLaïaiideur, tu ne seras jamais imprcpûr^ Cest par tto applicatioii figoiireiw éé la grftûâe loi dé fft»yrpp^ te Ik^idlèur de Godcrroîd se compléta. Voici Thistoire. Il avait itti tigre» et noo pas un groom^ comma récrtveQt d^ gens ^ Bavent rien du inonde. Èm tigre était un petit Mandais, ftddy, Joby, Toh\ (h volonté), trois pieds de haut, vingt pouces de large, figure de belette, des nerfs d'acier faits au gin, ^ile comme un écureuil, menant un landau avec une habileté gjai lia s*est jamais trouvée en défaut ni à Londres ni à Paris, un œil de lézard, ûn comme le mien, montant à cheval comme le vieux Francoui, les cheveux blonds comme ceux d'une Vierge de Rubens, les joues roses, dissimulé comme un pnnce, instruit comme un avoué retiré, âgé de dix ans, enûn une vraie fleur de perversité, jouant et jurant, aimant les confitures et le punch, insulteur comme un feuilleton, hardi et chipeur comme un gamin de Paris. Il était rhonneur et le profit d'un célèbre lord anglais, auquel il avait déjà fait gagner sept cent mille francs aux courses. Le lord aimait beaucoup cet enfant : son tigre était une curiosité, personne à Londres n'avait de tigre si petit. Sur un cheval de course, Joby avait l'air d'un faucon. Eh bien, le lord renvoya Toby, non pour gourman» dise, ni pour vol, ni pour meurtre, ni pour criminelle conversation, ni pour défaut de tenue, ni pour insolence envers milady, non pour

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avoir troué les poches de la première femme de milady, non pour s'être laissé corrompre par les adversaires de milord aux courses, non pour 8*ôtre amusé le dimanche, enfin pour aucun fait reprochable. Toby eût fait toutes ces choses, il aurait même parlé à milord sans être interrogé, milord lui aurait encore pardonné ce crime domestique. Milord aurait supporté bien des choses de Toby, tant milord y tenait. Son tigre menait une voiture à deux roues et à deux chevaux Tun devant Tautre, en selle sur le second, les jambes ne dépassant pas les brancards, ayant Tair enûn d'une de ces têtes d'anges que les peintres italiens sèment autour du Père éternel. Un journaliste anglais ût une délicieuse description de ce petit ange, il le trouva trop joli pour un tigre, il offrit de parier que Paddy était une tigresse apprivoisée. La description menaçait de s^envenimer et de devenir improper au premier chef. Le superlatif de Yimpraper mène à la potence. Milord fut beaucoup loué de sa circonspection par milady. Toby ne put trouver de place nulle part, après s^être vu contester son état civil dans la zoologie britannique. En ce temps, Godefroid florissait à Tambassade de France à Londres, où il apprit l'aventure de Toby, Joby, Paddy. Godefroid s^empara du tigre, qu'il trouva pleurant auprès d'un pot de confitures, car l'enfant avait déjà perdu les guinées par lesquelles milord avait doré son malheur. A son retour, Godefroid de Beaudenord importa donc chez nous le plus charmant tigre de l'Angleterre, il fut connu par son tigre comme Couture s'est fait remarquer par ses gilets. Aussi entra-t-il facilement dans la confédération du club dit aujourd'hui de Grammont. Il n'inquiétait aucune ambition après avoir renoncé à la carrière diplomatique, il n'avait pas an esprit dangereux, il fut bien reçu de tout le monde. Nous autres, nous serions offensés dans notre amour-propre en ne rencontrant que des visages riants. Nous nous plaisons à voir la gri-* mace amère de l'envieux. Godefroid n'aimait pas à être haL A chacun son goûtl Arrivons au solide, à la vie matérielle I Son appartement, où j'ai léché plus d'un déjeuner, se recommandait par un cabinet de toilette mystérieux, bien orné, plein de choses confortables, à cheminée, à baignoire; sortie sur un petit escalier, porte? battantes assourdies, serrures faciles, gonds discrets, fenêtres à carreaux dérpolis, à rideaux impassibles. Si la chambre offrait et

iffftàk offrir lâ plu» b^u i|éBeidrflfB& fuisse souhaiter le pemtm craquart^ll^s le plus exigeant, si tout y respirait Tallure boht^iiiicnne d*uoe vie de jeane boanne 4légmU le cabinet de toilette était

^•Hpis fait pmv y s:iuter pieds nw"^, on rheniîsc cl effrayêç. ;btiigaature du gar^n vraiment petit-maJtre et saidiâni !& viet car, là, peiidAiit qtidifaQi nÉmMt H peut inMtre^oii «ol ei grand dans les petits détails de T existence qui recèlent le caraelère. La marquise déjà citée, non^ c'est la marquise de Hocbefidt^ est sortie furieuse de ce cabinet de toilette, et n'y est jamaia reYV*

petite armoift pUnftifc* — ûê cd^mSÊOmMKmU ^ AUiWi te mÊk^ «m fnfomtf (Ift m W '

Mais non, de gâteaux, de fruits, de jolis petits llaconFi ûù vin de ' laga^ de Lunel, un en cas à la l^uis X1V| tout ce qui peut amuiar des estomacs délicats et bien appris^ im eriomaes ito eelie quaf^ tiers. Un vieux malicieux domestique, tr^lbrt en Tait vétériuair% servait les chevaux et pansait Godefroid, car il avait été à fee M. Beaudenord, et portait à Godefroid une aSéction invétérée» cette maladie du cœur que les caisses d'épargne ont fini par guérir cbex les domestiques. Tout bonheur matériel repose sur des chiffres. Vous à qui la vie parisienne est connue jusque dans ses exostoses, vous devinez qu'il lui fallait environ dix-sept mille livres de rente» car il avait dix-sept francs d'impositions et mille écus de fantaisies. Eh bien» mes chers enfants, le jour où il se leva majeur» le marquis d'Âiglemont lui présenta des comptes de tutelle comme nous ne serions pas capables d'en rendre à nos neveux, et lui remit une inscription de dix-huit mille livres de rente sur le grand-livre, reste de l'opulence paternelle étrillée par la grande réduction républicaine, et grêlée par les arriérés de l'Empire. Ce vertueux tuteur mit son pupille à la tête d'une trentaine de mille francs d'économies placés dans la maison Nucingen, en lui disant, avec toute la grâce d'un grand seigneur et le laisser aller d'un soldat de l'Empire, qu'il lui avait ménagé cette somme pour ses folies de jeune homme, a Si tu m'écoutes, Godefroid, ajouta-t-il, au lieu de les dépenser sottement, comme tant d'autres, fais des folies utiles, accepte une

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place d'attaché d'ambassade à Turin, de là va à Naples, de Naples reviens à Londres, et pour ton argent tu te seras amusé, instruit. Plus tard, si tu veux prendre une carrière, tu n'auras perdu ni ton temps ni ton argent. » Feu d*Aiglemont valait mieux que sa réputation, on ne peut pas en dire autant de nous.

— Un jeune homme qui débute à vingt et un ans avec dix-huit mille livres de rente est un garçon ruiné, dit Couture.

— S'il n'est pas avare, ou très-supérieur, dit Blondet.

— Godefroid séjourna dans les quatre capitales de l'Italie, reprit fiixiou. 11 vit l'Allemagne et l'Angleterre, un peu Saint-Pétersbourg, parcourut la Hollande ; mais il se sépara desdits trente mille francs en vivant comme s'il avait trente mille livres de rente. 11 trouva partout le suprême de volaille, C aspic, et les vins de France^ entendit parler français à tout le monde, enfin il ne sut pas sortir de Paris. Il aurait bien voulu se dépraver le cœur, se le cuirasser, perdre ses illusions, apprendre à tout écouter sans rougir, à parler sans rien dire, à pénétrer les secrets intérêts des puissances... Bahl il eut bien de la peine à se munir de quatre langues, c'est-à-dire à s'approvisionner de quatre mots contre une idée. 11 revint veuf de plusieurs douairières ennuyeuses, appelées bonnes fortunes à l'étranger, timide et peu formé, bon garçon, plein de confiance, incapable de dire du mal des gens qui lui faisaient l'honneur de Tadmettre chez eux, ayant trop de bonne foi pour être diplomate, enfin ce que nous appelons un loyal garçon.

— , Bref, un moutard qui tenait ses dix-huit mille livres de rente à la disposition des premières actions venues, dit Couture.

— Ce diable de Couture a tellement l'habitude d'anticiper les dividendes, qu'il anticipe le dénoûment de mon histoire. Où en étais-je? Au retour de Beaudenord. Quand il fut installé quai Malaquais, il arriva que mille francs au-dessus de ses besoins furent insufl^ants pour sa part de loge aux Italiens et à l'Opéra. Quand il perdait vingt-cinq ou trente louis au jeu, dans un pari, naturellement il payait; puis il les dépensait en cas de gain, ce qui nous arriverait si nous étions assez bêtes pour nous laisser prendre è parier. Beaudenord, gêné dans ses dix-huit mille livres de rente, sentit la nécessité de créer ce que nous appelons aujourd'hui le fonds de roulement. Il tenait beaucoup à ne pas s* enfoncer lui-mime.

U Alla Gânsolier son tutm ; « Mon cher eaSmU lui dit d'AigleDonai,

l40 rentes arrivent au pair, vâods tes rentes; faî veodu les miemuiri «I ct^iles de ma femme. NuGiâgea a tom mea crapitaux et

émméoktmF m^i^mimjmkm^ m imtmm m

plU0, et €9 un pour cent te pen««inMA|tK9tteel|;Alît à ton aise. Ka mis jwrs, notre Godefroîd fi^t BiQ itep Ses revenus étant 49m an équilibre pactut «me 8i:9erfltii am iMmlieiu* mBténA Xlttcomplet* â^U était pofl«ible dlnterroger tans les jeunes gens de Paris d*un seul x^e^fd, comme il parait que la chose &g fem lors du jugement ^foier pour las milliards de g^érations ipà auront pstûigé m tW8 les i^obei^ ea-stfdte maàimmmÊmm;mat!mmH et de leiïr demander si îe banlietir d'un jeune homme de vmgt-sis ans ne consiste pas : à pouvoir sortir à cheval, en tiiburf , m &MAÊi mm m liiPft «voi mmm l» p^i$e9^ «1 m» ^ Tuby, Juby, Paddyf';4woirt le soir» pouf 4©iie francs» un coupé louage très-€onvenab1e; à se moulrer éiépiBMent tenu suivant Im \b\b vestimeutales qui régissent bftti bemmt sudi^ quatre henr^ M le soir; à ôtre bien reçu dans KHltai. Jm mbmêim, etj m cueillir les fleurs éphémères d'amitiés cosmopolites et superficielles; à ôtre d'une beauté supportable, et à bien porter son nom, son babil et sa tête ; à loger dans un charmant petit entre-sol arrangé comme je vous ai dit que l'était Tentre-sol du quai Malaquais; à pouvoir inviter des amis à vous accompagner au Rocher de Cancale sans avoir interrogé préalablement son gousset, et n'être arrêté dans aucun de ses mouvements raisonnables par ce mot: a Ah I et de l'argent ?» à pouvoir renouveler les bouffettes roses qui embellissent les oreilles de ses trois chevaux de pur sang, et à avoir toujours une coiffe neuve à son chapeau? Tous, nous-mêmes, gens supérieurs, tous répondraient que ce bonheur est incomplet, que c'est la Madeleine sans autel, qu'il faut aimer et être aimé, ou aimer sans être aimé, ou être aimé sans aimer, ou pouvoir aimer à tort et à travers. Arrivons au bonheur moral. Quand, en janvier 1823, il se trouva bien assis dans ses jouissances, après avoir pris pied et langue dans les différentes sociétés parisiennes où il lui plut d'aller, il sentit la nécessité de se mettre à Tabri d'une ombrelle, d'avoir à se plaindre d'une femme comme il faut, de ne pas mâchonner la queue d'une rose achetée dix sous à madame Prévost, à l'instar

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des petits jeunes gens qui gloussent dans les corridors.de TOpéra» comme des poulets en épinette. Enfin il résolut de rapporter ses sentiments, ses idées, ses affections à une femme, une femme! la PHàMMEl ahl... Il conçut d'abord la pensée saugrenue d*avoir une passion malheureuse, il tourna pendant quelque temps autour de sa belle cousine, madame d*Aiglemont, sans s'apercevoir qu'un diplomate avait déjà dansé la valse de Faust avec elle. L^année 25 se passa en essais, en recherches, en coquetteries inutiles. L'objet aimant demandé ne se trouva pas. Les passions sont extrêmement rares. Dans cette époque, il s'est élevé tout autant de barricades dans les mœurs que dans les rues! En vérité, mes frères, je vous le dis, Vimproper nous gagne! Gomme on nous fait le reproche d'aller sur les brisées des peintres en portraits, des commissairespriseurs et des marchandes de modes, je ne vous ferai pas subir la description de la personne en laquelle Godefroid reconnut sa femelle. Age, dix-neuf ans; taille, un mètre cinquante centimètres; cheveux blonds, sourcils idem^ yeux bleus, front moyen, nez courbé, bouche petite, menton court et relevé, visage ovale; signes particuliers, néant. Tel, le passe-port de l'objet aimé. Ne soyez pas plus difiSciles que la police, que MM. les maires de toutes les villes et communes de France, que les gendarmes et autres autorités constituées. D'ailleurs, c'est le bloc de la Vénus de Médicis, parole d'honneur. La première fois que Godefroid alla chez madame de Nucingen, qui l'avait invité à l'un de ces bals par lesquels elle acquit, à bon compte, une certaine réputation, il y aperçut, dans un quadrille, la personne à aimer et fut émerveillé par cette taille d'un mètre cinquante centimètres. Ces cheveux blonds ruisselaient en cascades bouillonnantes sur une petite tête ingénue et fraîche -comme celle d'une naïade qui aurait mis le nez à la fenêtre cristalline de sa source, pour voir les fleurs du printemps. (Ceci est notre nouveau style, des phrases qui filent comme notre macaroni tout à l'heure.) Videm des sourcils, n'en déplaise à la préfecture de police, aurait pu demander six vers à l'aimable Parny, ce poète badin les «ût fort agréablement comparés à l'arc de Cupidon, en faisant observer que le trait était au-dessous, mais un trait sans force, ^pointé, car il y règne encore aujourd'hui la moutonne douceur que les devants de cheminée attribuent à mademoiselle de la Vallièrot

m wmmtiA élte sa imdmMpBr^mBt Dîio« lÉlEftiiihmÉr

pu la signer par-devant notaire. Vous roTuiciisî^rz l'effet d':s cht> V6U3C blûQdâ el âm |eux bleus, combinés avec ua@ daose mollit fOtapmetie» eê Msiâlèf «teô }«^ pemome ne metf Ikimw fiè dors audacieusement au cœur, comme ces brunes qui par leur rtgard ont i*air de vous dire, en mendiant espagnol ; La bourst^ OU la vml cinq francs, ou je le méprise* » Ces beauté iosoleates (et quelque peu dangereuass !) peuvent plaire à beaucoup d'hommesi Itois, selon moi, la blonde qui a le bonheur tie paraître excessîi^eut tendre et complaisante, sans perdre ses droits de remou^ ^C9i ûm iBqfâû^ ^ ^Êst&m ImûàcrdMs, èe Jili»^ 4 tM et tnut ce qui rend h fmnmo adornblc, sern lou jours plus sûre de ae marier que la brune ardente. Le bois est cher, Isaure, blanche txmÉé noe AlsadiuM (elle «fift vu^Jiw tSMdKmif et pariait raltemand avec uû petit accent français fort agrêable), dansait i merveille. Ses pieds, que l'employé de la police n^avait pas meo* lionnés, et qui cependant pouvaient trouver tour place aoiis ta rth firhiw parMim, étaient fet&mpiAMtfw^fanrf^^ par ce jr-u particulier que les vieux maîtres ont nomnaft fti& flac^ ei comparable au débit agréable de mademoiseUe Mai% W tmles lep Muses sont sœurs, ie danseur et le poëte ont également les pieds sur terre. Les pieds d'Isaure conversaient avec une netteté, une précision, une légèreté, une rapidité de très-bon augure pour les choses du cœur. « Elle ^ du flic flac! n était le suprême éloge de Marcel, le seul maître de danse qui ait mérité le nom de grand. On a dit le grand Marcel comme le grand Frédéric, et du temps de Frédéric.

— Â-t-il composé des ballets? demanda Finot.

— Oui, quelque chose comme les Quatre ÉUmmts, FEurope galante.

— Quel temps, dit Finot, que le temps où les grands seigneurs habillaient les danseuses!

— Improper! reprit Bixiou. Isaure ne s'élevait pas sur ses pointes, elle restait terre à terre, se balançait sans secousses, ni plus ni moins voluptueusement que doit se balancer une jeune personne. Marcel disait avec une profonde philosophie que chaque état avait sa danse : une femme mariée devait danser autrement qu'une

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jeune personne, un robin autrement qu'un Gnancier, et un militaire autrement qu'un page; il allait même jusqu'à prétendre qu'un fantassin devait danser autrement qu'un cavalier : et, de là, il partait pour analyser toute la société. Toutes ces belles nuances sont bien loin de nous.

— Ahl dit Blondet, tu mets le doigt sur un grand malheur. Sij Marcel eût été compris, la Révolution française n'aurait pas eu lieu. '■

— Godefroid, reprit Bixiou, n'avait pas eu l'avantage de parcourir l'Europe sans observer à fond les danses étrangères. Sans cette profonde connaissance en chorégraphie, qualifiée de futile, peut-être n'eût-il pas aimé cette jeune personne; mais, de trois cents invités qui se pressaient dans les beaux salons de la rue Saint-Lazare, il fut le seul à comprendre l'amour inédit que trahissait une danse bavarde. On remarqua bien la manière d'Isaure d'Aldrigger; mais, dans le siècle où chacun s'écrie : o Glissons, n'appuyons pas î » l'un dit : « Voilà une jeune fille qui danse fameusement bien » (c'était un clerc de notaire); l'autre : «Voilà une jeune personne qui danse à ravir o (c'était une dame en turban); la troisième, une femme de trente ans : « Voilà une petite personne qui ne danse pas mail » Revenons au grand Marcel, et disons en parodiant son plus fameux mot : a Que de choses dans un avant-deux! »

— Et allons un peu plus vite! dit Blondet, tu marivaudes.

— Isaure, reprit Bixiou, qui regarda Blondet de travers, avait une simple robe de crêpe blanc ornée de rubans verts, un camellia dans ses cheveux, un camellia à sa ceinture, un autre camellia dans le bas de sa robe, et un camellia...

— Allons, voilà les trois cents chèvres de Sancho!

— C'est toute la littérature, mon cher! Clarisse est un chefd'œuvre, il a quatorze volumes, et le plus obtus vaudevilliste te le racontera dans un acte. Pourvu que je t'amuse, de quoi te plains-tu? Cette toilette était d'un effet délicieux. Est-ce que tu n'aimes pas le camellia? veux-tu des dahlias? Non. Eh bien, un marron, tiens I dit Bixiou, qui jeta sans doute un marron à Bloçdet, car nous en entendîmes le bruit sur l'assiette.

— Allons, j'ai tort, continue I dit Blondet.

— Je reprends, dit Bixiou. « N'est-ce pas joli à épouser? «dit

Itastignac à Beradtwd en lui moatrant la petite aux cameiliâi blancîï, purs et sans une feuille de moios, Rastigoac était m des totioies de Godefroid« a £b tiiea, pensais, lui lépoûdit à J^ûraiile CodeTfoU. Jlilaii oôeflpi à m dif« (ptm ïim éè iranbtor à tout laorneot dans son bonheur, dejeier Li grand^peino un moi dans uue oreille juatteadve, da regarder aux italiens s'il y a une fleur retige w blftodia dans une ouffore, s'il y a au &oi5 uaa mmJl gantée mm putneau d'uue vûiturei oomnie cela se fait à llî||i^;i^ Corso ; q Ueti de voler une bouchée de baba derrière une porte, comme U^aajs qui acbève une bouletUe, d^uaer aou inieUig^ee pour M tmmk tme lettre, comme^ im Utilma^i qo^au lien de dr*^ tendresses infinies en deux lignes, avoir cinq volâmes in-folio à Ure aujourd'hui, demain une livraisou de deux feoiiles, çù^ qui fiit ftttg&nt; qu'su tîeit de M traluer dans les cmières et é&mlbs^ Im haies, il vaudrait mieux se laisser aller à Tadorable passhm enviée par Jean-Jacques Rousseau, aimer tout bonnemenl une JettO/^ personne comme Xaaure, avec Tintention d'en faire miim^ il, duetiit rMiWii 4k les cœura m ^nmÊBtOMt

enûn ôtre Werther heureux 1 — Cest uo ridicule tout comme un autre, dit Rastignac sans rire. A ta place, peut-être me plongerais-je dans les délices infinies de cet ascétisme, il est neuf, original et peu coûteux. Ta Monna Lisa est suave, mais sotte comme une musique de ballet, je t'en préviens. )> La manière dont Rastignac dit cette dernière phrase fit croire à Beaudenord que son ami avait intérêt à le désenchanter, et il le crut son rival en sa quaUté d'ancien diplomate. Les vocations manquées déteignent sur toute l'existence. Godefroid s'amouracha si bien de mademoiselle Isaure d'Aldrigger, que Rastignac alla trouver une grande fille qui causait dans un salon de jeu, et lui dit à Toreille : n Malvina, votre sœur vient de ramener dans son filet un poisson qui pèse dix-huit mille livres de rente, il a un nom, une certaine assiette dans le monde et de la tenue; surveillez-les; s'ils filent le parfait amour, ayez soin d'être la confidente d'isaure pour ne pas lui laisser répondre un mot sans Tavoir corrigé. )> Vers deux heures du matin, le valet de chambre vint dire à une petite bergère des Alpes, de quarante ans, coquette comme la Zerline de l'opéra de Don Juan, et auprès de laquelle se tenait Isaure : « La voiture de madame la baronne

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est avancée. » Godefroid vit alors sa beauté de ballade allemande entraînant sa mère fantastique dans le salon de partance, où ces deux dames furent suivies par Malvina. Godefroid, qui feignit (Penfantl) d'aller savoir dans quel pot de confitures s'était blotti Joby, eut le bonheur d'apercevoir Isaure et Malvina embobelinant leur sémillante maman dans sa pelisse, et se rendant ces petits soins de toilette exigés par un voyage nocturne dans Paris. Les deux sœurs Texaminèrent du coin de l'œil en chattes bien apprises, qui lorgnent une souris sans avoir l'air d'y faire attention. 11 éprouva quelque satisfaction en voyant le ton, la mise, les manières du grand Alsacien en livrée, bien ganté, qui vint apporter de gros souliers fourrés à ses trois maîtresses. Jamais deux sœurs ne furent plus dissemblables que l'étaient Isaure et Malvina. L'aînée, grande et brune, Isaure petite et blonde; celle-ci les traits fins et délicats; l'autre des formes vigoureuses et prononcées ; Isaure était la femme qui règne par son défaut de force, et qu'un lycéen se croit obligé de protéger ; Malvina était la femme d'Avez-^ous vu dans Barcelone f A côté de sa sœur, Isaure faisait l'effet d'une miniature auprès d'un portrait à l'huile, a Elle est nchel dit Godefroid à Rastignac en rentrant dans le bal. — Qui? — Cette jeune personne. — Ah! Isaure d'Aldrigger? Mais oui. La mère est veuve, son mari a eu Nucingen dans ses bureaux à Strasbourg. Veux-tu la revoir, tourne un compliment à madame.de Restaud, qui donne un bal aprèsdemain, la baronne d'Aldrigger et ses deux filles y seront, tu seras invité! » Pendant trois jours, dans la chambre obscure de son cerveau, Godefroid vit son Isaure et les camellias blancs, et les airs de tète, comme lorsque, après avoir contemplé longtemps un objet fortement éclairé, nous le retrouvons les yeux fermés sous une forme moindre, radieux et coloré, qui pétille au centre des ténèbres.

— Bixiou, tu tombes dans le phénomène, masse-nous des tableaux! dit Couture.

— Voilà! reprit Bixiou en se posant sans doute comme un garçon de café, voilà, messieurs, le tableau demandé I Attention, Finot ! il faut tirer sur ta bouche comme un cocher de coucou sur celle de sa rosse! Madame Théodora-Marguerite-Wilhelmine Adolphus (de la maison Adolphus et compagnie, de Mannheim), veuve du baron

d'Aïdrigger, n'était pas une bonne grasse Allemande, compacte et réfléchie, hlâ&ohe, à visage dort^ comme la mousse d*uû pat de iiètt, «fifMïfe é& toittw tes vertus pairiarcales que U Germaate possède, romaEdèremaiit piïlAat. Sle avait les jooeâ encore fraîches, colorées aux pommettes comme celles d'une poupée dt Muraniberg, dea ttre-bûucbûiis trèsHâveiliéâ aux tempes, les jeux «gaçamst pai le motadi^cbim Uéû^ Ui «ain» mbm «téool

préteniîons tutoient mises en roHef |uir dos robes à corset, Ella Iwidt au &out et aujt tempes quelques rides iavolootaires qu""!!^^ «ttndlbfn fimltt, «maie VSmm^ mSm^m takmsi maia lest^pl^ ^■^l^miskiefit à dessiner leurs zigzags aux endroits Les plos rââUi& 0m le tour du nez se faDaît et le bout rougissait, ce qui 4till d'autant plus gênant que le mz s'harmoniait alors avec la cmiim ém pûmaeltoa* Sa ^piilM d'MâiqMJiMtlItt. fm m p;\reriis, ^huS*^ par son mari, gâtée par la ville de Strasbourg, f [ toujours gùtée par ses deux riUes qui i>doraieiit, la l^aronne ^e pwsmtftil ta roMt la jupe mmè^ te msuâ h li poioia du oonet qui Ini (li'5siJKiit Kl taille. Quand un Parisien voit cette baronoL» paasaut sur le boulevard, il sourit, la condamne sans ad£iettrB« mam le jury actuel, les circonstaiiflea atténuantes dans un imtricide! Le moqueur est toujours un être superficiel et conséquemment cruel, le drôle ne tient aucun compte de la part qui revient à la société dans le ridicule dont il rit, car la nature n*a fait que des bêtes, nous devons les sots à Tétat social.

— Ce que je trouve de beau dans Bixiou, dit Blondet, c'est qu'il est complet : quand il ne raille pas les autres, il se moque de luimême*

— Blondet, je te revaudrai cela, dit Bixiou d'un ton fin. Si cette petite baronne était évaporée, insouciante, égoïste, incapable de calcul, la responsabilité de ses défauts revenait à la maison Adol- {4ïua et OWpagnie, de Mannheim, à l'amour aveugle du baron d'AIdiih^hf^r. r>nuce comme un agneau, cette baronne avait le cœur ^miUf u, tttcile à émouvoir, mais malheureusement l'émotion durait fOtt M MWiéquemment se renouvelait souvent. Quand le baron m^'Uli cette bergère faillit le suivre, tant sa douleur fut violente # iMll Itiais... le lendemain, à déjeuner, on lui servit des petits gÉà4.%*1>tW aimait, et ces délicieux petits pois calmèrent la crise.

LA MAISON NUGINGEN.

Elle était si aveuglément aimée par ses deux filles, par ses gens, que toute la maison fut heureuse d'une circonstance qui leur permit de dérober à la baronne le spectacle douloureux du convoi. Isaure et Malvina cachèrent leurs larmes à cette mère adorée, et Toccupèrent à choisir ses habits de deuil, à les commander pendant que Ton chantait le Requiem. Quand un cercueil est placé sous ce grand catafalque noir et blanc, taché de cire, qui a servi à trois jùWle cadavres de gens comme il faut avant d'être réformé, ^ selon Testimation d'un croque-mort philosophe que j'ai consulté sur ce point, entre deux verres de petit blanc; quand un bas clergé très-indifférent braille le Dies irx, quand le haut clergé non moins indifférent dit l'office, savez-vous ce que disent les amis vêtus de noir, assis ou debout dans l'église? (Voilà le tableau demandé.). Tenez, les voyez-vous? « Combien croyez-vous que laisse le papa d'Aldrigger? » disait Desroches à Taillefer, qui nous a fait faire avant sa mort la plus belle orgie connue...

— Est-ce que Desroches était avoué dans ce temps-là ?

Il a traité en 1822, dit Couture. Et c'était hardi pour le ûls d'un pauvre employé qui n'a jamais eu plus de dix-huit cents francs, et dont la mère gérait un bureau de papier timbré. Mais il a rudement travaillé de 1818 à 1822. Entré quatrième clerc chez Derville, il y était second clerc eu 18191

— Desroches?

— Oui, dit Bixiou. Desroches a roulé comme nous sur les fumiers du jo6ûme. Ennuyé de porter des habits trop étroits et à manches trop courtes, il avait dévoré le droit par désespoir, et venait d'acheter un titre nu. Avoué sans le sou, sans clientèle, sans autres amis que nous, il devait payer les intérêts d'une charge et d'un cautionnement.

— 11 me faisait alors l'effet d'un tigre sorti du Jardin des plantes, dit Couture. Maigre, à cheveux roux, les yeux couleur tabac d'Espagne, un teint aigre, l'air froid et flegmatique, mais âpre à la veuve, tranchant sur l'orphelin, travailleur, la terreur de ses clercs qui ne devaient pas perdre leur temps, instruit, retors, double, d'une élocution mielleuse, ne s' emportant jamais, haineux à la manière de l'homme judiciaire.

— Et il a du bon, s'écria Finot, il est dévoué à ses amis, et son

jL-£\E5 DE LA VIE PARISIENNE.

'i'^ rrendre Godeschal pour maître derc, le frère

a-s Bioodet, l'avoué n'a que deux nuances : il y a ,0. nuii(^ àommef qui demeure dans les termes de la loi, . ji'.x-è5, ne court pas les affaires, ne néglige rien, con- . 'ii?u:s avec loyauté, les fait transiger sur les points dou- ^. 'ei-^ûle enfin. Puis il y a l'avoué famélique, à qui tout est i ^ae les frais soient assurés; qui ferait battre, non pas > iv-jun£nes, il les vend, mais des planètes; qui se charge du .. .oiLT-* i un coquin sur un honnête homme, quand par hasard iiomme ne s'est pas mis en règle. Quand un de ces avouésju lour de maître Gonin un peu trop fort, la chambre le ,j .ç. I rendre. Desroches, notre ami Desroches, a compris ce méj;î^z pauvrement fait par de pauvres hères : il a acheté des .au^ S^ns qui tremblaient de les perdre, il s'est rué sur la .:ucji!o en homme déterminé à sortir de la misère. Il a eu raison, ! fuit très-honnôtement son métier. Il a trouvé des protecteurs «aii> les hommes politiques en sauvant leurs affaires embarrassées, vmuie pour notre cher des Lupeaulx, dont la position était si corn- •iivniise. Il lui fallait cela pour se tirer de peine, car Desroches a ;«.uumencé par être très-mal vu du tribunal, lui qui rectifiait avec ..r.ii de peine les erreurs de ses clients I... Voyons, Bixiou, rêvevous... Pourquoi Desroches se Irouvait-il dans Téglise?

— (( D'Aldrigger laisse sept ou huit cent mille francs! réjX)ndii l'aillefer à Desroches. — Ah bah! il n'y a qu'une personne qui connaisse leur fortune, dit Werbrust, un ami du défunt. — Qui — Ce gros malin de Nucingeu; il ira jusqu'au cimetière, d'Aldrigger a été son patron, et, par reconnaissance, il faisait valoir les fonds du bonhomme. — Sa veuve va trouver une bien grande différence! — Comment Tentendez-vous? — Mais d'Aldrigger aimait tant sa femme! Ne riez donc pas, on nous regarde. — Tiens, voilà du Tillet, il est bien en retard, il arrive à Tépître. — 11 épousera bans doute Taînée. — Kst-ce possible? dit Desroches, il est plus que jamais engagé avec madame Roguin. — Luil engagé?... Vous ne le connaissez pas. — Savez-vous la position de Nucingen et de du Tillet? demanda Desroches. — La voici, dit Taillefer : Nucingen est homme à dévorer le capital de son ancien patron et à le lui rendre.

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— Heu ! heu I ût Werbrust. Il fait diablement humide dans les églises, heu! heul — Comment le rendre?... — Eh bien, Nucingen sait que du Tillet a une grande fortune, il veut le marier à Malvina; mais du Tillet se délie de Nucingen. Pour qui voit le jeu, cette partie est amusante. — Comment, dit Werbrust, déjà bonne à marier?... Comme nous vieillissons vitel — Malvina d'Aldrigger a plus de vingt ans, mon cher. Le bonhomme d'Aldrigger s'est marié en 1800! 11 nous a donné d'assez belles fêtes à Strasbourg pour son mariage et pour la naissance de Malvina. C'était en 1801, à la paix d'Amiens, et nous sommes en 1823, papa Werbrust. Dans ce temps-là, on ossianisait tout, il a nommé sa fille Malvina. Six ans après, sous l'Empire, il y a eu pendant quelque temps une fureur pour les choses chevaleresques, c'était Partant pour la Syrie... un tas de bêtises. Il a nommé sa seconde fille Isaure, elle a dix-sept ans. Voilà deux filles à marier. — Ces femmes n'auront pas un sou dans dix ans, dit Werbrust confidentiellement à Desroches. — 11 y a, répondit Taillefer, le valet de chambre de d'Aldrigger, ce vieux qui beugle au fond de l'église; il a vu élever ces deux demoiselles, il est capable de tout pour leur conserver de quoi vivre. Les chantres : Dies iras! Les enfants de chœur : Dûs illa! Taillefer : « Adieu, Werbrust; en entendant le Dies irœ, je pense trop à mon pauvre fils. — Je m'en vais aussi, il fait trop humide, dit Werbrust. {In favilla.) Les pauvres à la porte : « Quelques sous, mes chers messieurs I » Le suisse : « PanI pani pour les besoins de V église. » Les chantres : Amen! Un ami: u De quoi est-il mort? » Un curieux farceur : « D'un vaisseau rompu dans le talon. » Un passant : « Savez-vous quel est le personnage qui s'est laissé mourir? » Un parent : <( Le président de Montesquieu. » Le sacristain aux pauvres : a Allez-vous-en donc, on nous a donné pour vous, ne demandez plus rien 1 »

— Quelle verve! dit Couture.

(En effet, il nous semblait entendre tout le mouvement qui se fait dans une église. Bixiou imitait tout, jusqu'au bruit des gens qui s'en vont avec le corps, par un remuement de pieds sur le plancher.)

— Il y a des poètes, des romanciers, des écrivains qui disent beaucoup de belles choses sur les mœurs parisiennes, reprit Bixiou,

Ifs voflà k vérité sur les enterrements. Sur caat persooû^ qui rendent les demieiK devoirs à un pauvre diable de mort, qtiati^ viiigl^-B0Qf parlent â'^affairet et de plaisirs en pleine église, fim observer quelque pauvre petite vraie douleur, il faut des cîrcoijstances impossildeB. Encore l y a-il une douleur sans égoïsme?.*.

— Hml beu! Bi StoodiL 11 uft m fiea de meiiis mpm^ qitêh , peut-Cfrc esi-^^ ce qu'il y a de moins respectable?,*.

— C'est si commun l reprit Bixiou. Quand le service fut UdU Nudngen et da îfilet aocompagnfereQt le û&mt m dm&SèFe. U vieux valet de chambre allait à pied. Le cocher menait la voiture derrière celle du clergé. — Eh pim, ma pome ami, dit Nuciogeo à du Tillet en toumaiit le boulevard, Famim m pdi^ bin «bûir Maifim :. flàuM s^kbrùdMit leti M$tls bmfin pmHê bmfi^ vis aurez elne vamile, €me indèrihre; fovs drovferê^ «te wiuSÊ doule mondée, et Mai^m cercles t$d tmê frai dressor,

— Il me semble eoiendre perler ^ vi^ Bob^ Itesiire de Nijclngenl dit FLnot,

Une charmante personne, dit Ferdinand du Tillfit &v«c feu « É'Idi&iiirer, » reprit Bixiou.

—"tout du Tillet dans un mot! sTâcria Couture.

— « Elle peut paraître laide à ceux qui ne la connaissent pas. mais, je l'avoue, elle a de l'âme, disait du Tillet. — Ed tu quir, c'esd le pon te Viffire, mon cher, il aura ti téfuement et te VindeUi" gence. Tans nodre chin te mèdier, on ne said ni qui fit, ni qui mire; c*esd eine crant ponhire ki te pufoir se gonvier au quir te sa femme. Che droguerais tienne Telvine, qui, fous le safez, m'a abordé pUs d'eine million, gondre Malfina, qui n'a bas eine taude si crante. — Mais qu'a-t-elle? — Chêne sais bas au chiste, dit le baron de Nudngen, mais il a keke chausse. — Elle a une mère qui aime bien le rosel » dit du Tillet. Ce mot mit fin aux tentatives de Naciogen. Après le dîner, le baron apprit alors à la Wilhelmine Adolphus qu'il lui restait à peine quatre cent mille francs chez lui. La fille des Adolphus de Mannheim, réduite à vingt-quatre mille livres de rente, se perdit dans des calculs qui se brouillaient dans sa téte. « Comment! disait-eHe à Malvina, comment! j'ai toujours eu six mille francs pour nous ciiez la couturière! mais où ton père prenait-il de l'argent? Nous n'aurons rien avec vingt-quatre mille

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francs, nous sommes dans la misère. Ahl si mon père me voyait ainsi déchue, il en mourrait, s*il n*était pas mort déjàl Pauvre Wilhelmine ! » Et elle se mit à pleurer. Malvina, ne sachant comment consoler sa mère, lui représenta qu'elle était encore jeune et jolie, le rose lui seyait toujours, elle irait à TOpéra, aux Bouffons dans la loge de madame de Nucingen. Elle endormit sa mère dans un rêve de fêtes, de bals, de musique, de belles toilettes et de succès, qui commença sous les rideaux d*un lit en soie bleue, dans une chambre élégante, contiguê à celle où, deux nuits auparavant, avait expiré M. Jean-Baptiste baron d'Aldrigger, dont voici l'histoire en trois mots. En son vivant, ce respectable Alsacien, banquier à Strasbourg, s'était enrichi d'environ trois millions. Eo 1800, à râge de trente-six ans, à Tapogée d'une fortune faite pendant la Révolution, il avait épousé, par ambition et par inclination, rhéritière des Adolphus de Mannheim, jeune ûlle adorée de toute une famille, et naturellement elle en recueillit la fortune dans l'espace de dix années. D'Aldrigger fut alors baronnifié par Sa Majesté l'empereur et roi, car sa fortune se doubla ; mais il se passionna pour le grand homme qui l'avait titré. Donc, entre 18U et 1815, il se ruina pour avoir pris au sérieux le soleil d'Austerlitz. L'honnête Alsacien ne suspendit pas ses payements, ne désintéressa pas ses créanciers avec les valeurs qu'il regardait comme mauvaises; il paya tout à bureau ouvert, se retira de la banque et mérita le mot de son ancien premier commis, Nucingen : « Honnête homme, mais bête I » Tout compte fait, il lui resta cinq cent mille francs et des recouvrements sur l'Empire, qui n'existait plus. FoUà ze gue s^est gué Vafoirdrop cri anne Nappolion, dit-il en voyant le résultat de sa liquidation. Lorsqu'on a été les premiers d'une ville, le moyen d'y rester amoindri?... Le banquier de l'Alsace fit comme font tous les provinciaux ruinés : il vint à Paris, il y porta courageusement des bretelles tricolores sur lesquelles étaient brodées les aigles impériales et s'y concentra dans la société bonapartiste. 11 remit ses valeurs au baron de Nucingen, qui lui donna huit pour cent de tout, en acceptant ses créances impériales à soixante pour cent seulement de perte, ce qui fut cause que d'Aldrigger serra la main de Nucingen en lui disant : Œédais pien sir te de droufer le quir din Elzacien ! Nucingen se fit int^ralement payer par notre ami '4 nu 40

:iiap^Qb. Quoique bien étrillé, TAlsacien eut un fQ|«M ladite tfM de qnarante^aatre mille francs. Son chagrin se complîqaa du ^fkm ûmi sont sabia lis gens habitués à vivre par le jeu dss aSUves quand ils en s^iewés* Le banqni^ se donna pour Acte de se sacrifier, noble cœur! 5 sa femme, dont la fortune venait d'être dévorée, 61 qu'elle avait laissé prendre avec la facilité d'une iUe I ^ !efi aiym dftii^geiitdtilent làmimm* tmw^e d'Aldrigger retrouva donc les jouissances iiQxqnc] les elîi? Aall babitu^t vide que pouvait lui causer la société de Straaimtg M cotitblé psr lei ptÉï^ dë f&k, lift mtisoA Nucîngen te* lUtit déjà, comme elle tient encore, le haut bout de la société fiuanôère, et le baron habile mit son honneur à bien traiter le baron bonnôte. Cette belle vertu faisait bien dans ie salon Nucingen. CinQiie biw éoexcnidt le capitelde d'Aldrigpri naift il ifeiait Iran feinoindre rt^proche h la perle des Adoïptiiraî Ba fèndrem fat U flitôtegémeuse et la plus inintelligentô qu^il y ràt eiEWiaoïide. iM» feoinae^ tuii Mt&t II moimit on M éemidiiil ? « Qtt ttdront-elles sans moi? Puis, daas un momeni où il ftitiiri son vieoi valet de chambre Wîrth, le bonbomme, entre ûem étoulTeinents, M recommanda sa femme et 9^ deux filles, comm si ce Caléb d*Al8ace était le seul être raisonnable qu*il y eût dans la maison. Trois ans après, en 1826, Isaure était âgée de vingt ans et Malvina n'était pas mariée. En allant dans le monde, Malvina avait fini par remarquer combien les relations y sont superficielles, combien tout y est examiné, défini. Semblable à la plupart des filles dites bien élevées, Malvina ignorait le mécanisme de la vie, l'importance de la fortune, la difiSculté d'acquérir la moindre monnaie, le prix des choses. Aussi, pendant ces six années, chaque enseignement avait-il été une blessure pour elle. Les quatre cent mille francs laissés par feu d'Aldrigger à la maison Nucingen furent portés au crédit de la baronne, car la succession de son mari lui (^devait douze cent mille francs; et, dans les moments de gêne, la iber^g^ère des Alpes y puisait comme dans une caisse inépuisable. Au moment où notre pigeon s'avançait vers sa colombe, Nucingen, connaissant le caractère de son ancienne patronne, avait dû s*ouvrir à Malvina sur la situation financière où la veuve se trouvait : il jn'y avait plus que trois cent mille francs chez lui, les vingt-quatre

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mille livres de rente se trouvaient donc réduites à dix-huit mille. Wirth avait maintenu la position pendant trois ans ! Après la confidence du banquier, les chevaux furent réformés, la voiture fut vendue et le cocher congédié par Malvina, à l'insu de sa mère. Le mobilier de l'hôtel, qui comptait dix années d'existence, ne put être renouvelé, mais tout s*était fané en même temps. Pour ceux qui aiment l'harmonie, il n'y avait que demi-mal. La baronne, cette fleur si bien conservée, avait pris l'aspect d*une rose froide et grippée qui reste unique dans un buisson au milieu de novembre. Moi qui vous parle, j'ai vu cette opulence se dégradant par teintes, par demi-tons I Effroyable, parole d'honneur I Ç'a été mon dernier chagrin. Après je me suis dit : « G^est bête de prendre tant d'inté» rêt aux autres! » Pendant que j'étais employé, j'avais la sottise de m'intéresser à toutes les maisons où je dînais, je les défendais en cas de médisance, je ne les calomniais pas, je... Oh! j'étais un ^ enfant. Quand sa fille lui eut expliqué sa position, la ci-devant perle s'écria : « Mes pauvres enfants! qui donc me fera mes robes? Je ne pourrai donc plus avoir de bonnets frais, ni recevoir, ni aller dans le monde! » — A quoi pensez-vous que se reconnaisse l'amour chez un homme? dit Bixiou en s'interrompant, il s'agit de sayoir si Beaudenord était vraiment amoureux de cette petite blonde.

— Il n^Iige ses affaires, répondit Couture.

— Il met trois chemises par jour, dit Flnot.

— Une question préalable, dit Blondet : un homme supérieur peut-il et doit-il être amoureux?

— Mes amis, reprit Bixiou d'un air sentimental, gardons-nous comme d'une bête venimeuse de l'homme qui, se sentant pris d'amour pour une femme, fait claquer ses doigts ou jette son cigare en disant : « Bah! il y en a d'autres dans le monde! » Mais le gouvernement peut employer ce citoyen dans le ministère des affaires étrangères. Blondet, je te fais observer que ce Godefroid avait quitté la diplomatie.

— Eh bien, il a été absorbé, l'amour est la seule chance qu'aient les sots pour se grandir, répondit Blondet.

— Blondet, Blondet, pourquoi donc sommes-nous si pauvres? s^écria Bixiou.

— Et pourquoi Finot est-il si riche? reprit Blondet; je te le dirai,

lin SG&IlfiSK m LA. rii l>é»IBtBKNE.

, mon fïls, noûil»ffll entendons. Allons, voilà Finot quinjeversi boire comnid m f ftfifs mouté sou bois. Mais, h la fin d'ua diaer,

— Tu Tas dit, Tabsisrbé Godefroid fit ample conaaissaoce avec la 4(rande Malvinat la l^ëre liaroone et la petite danseuse, il tomba ésm le senraQtlsjne le plaa miaatieiui et le plus astringent. mm â'ime opulence cadavAoQ£» tze r^Sriy^c^ fm^ Ut h9bt Û s'habitua par degrés à toutes ces gueoilîes. Jamais le lampas vert k ornements blancs du salon ne devait paraître à ce garQon ni pa^, Jid^iiimi tacM, ni boa àfwptaw* Jbea ïlfl^ftn..^^ IM, les chinoiseries étalées sur la chGmtnée^>{t.|iifl0| ïOCOCHf te tapis façon cachemire qui montrait la corde* bl liilio, te petit service Senreté, 1^ serviettes frangée» et aussi totiées & Tespagnole, le ealcm de Itose qui précédait la efaanibraà cscmcker bleuedeh • baronoe, avec aea acceaioîres, tant Im fut saint et sacré. femmes Mupid@s ût cbez gtii la beauté brille de manière à laisser dans l^eodim r^il^ le «omît, Vim^ peuvent mâe» kis^m de pmb oublis, car uoe femme d'esprit n'abuse jamais de ses avantages, il faut être petite et sotte pour s* emparer d'un homme. Beaudentad, U Oie Ta MU suffit la vien et a^etmel Wîrihl Ce vîeei dr5Ie avait pour son futur maître le respect d'un croyant catholique pour l'eucharistie. Cet honnête Wirth était un Gaspard allemand, un de ces buveurs de bière qui enveloppent leur finesse de bonhomie, comme un cardinal moyen âge son poignard dans sa manche. Wirth, voyant un mari pour Isaure, entourait Godefroid des ambages et circonlocutions arabesques de sa bonhomie alsacienne, la glu la plus adhérente de toutes les matières collantes. Madame d'Aldrigger était profondément improper, elle trouvait l'amour la chose la plus naturelle. Quand Isaure et Malvina sortaient ensemble et allaient aux Tuileries ou aux Ghamps-Élysées, où elles devaient rencontrer des jeunes gens de leur société, la mère leur disait : <( Âmusez-vous bien, mes chères filles ! » Leurs amis, les seuls qui pussent calomnier les deux sœurs, les défendaient ; car l'excessive liberté que chacun avait dans le salon des d'Âldrigger en faisait un endroit unique à Paris. Avec des millions, on aurait obtenu difficilement de pareilles soirées, où l'on parlait de tout avec esprit, où la mise soignée n'était pas de rigueur, où l'on était à son aise au

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point d'y demander à souper. Les deux sœurs écrivaient à qui leur plaisait, recevaient tranquillement des lettres à côté de leur mère, sans que jamais la baronne eût l'idée de s'enquérir de quoi il s'agissait. Cette adorable mère donnait à ses filles tous les bénéfices de son égoisme, la passion la plus aimable du monde, en ce sens que les égoïstes, ne voulant pas être gênés, ne gênent personne, et n'embarrassent point la vie de ceux qui les entourent par les ronces du conseil, par les épines de la remontrance, ni par les tiquinages de guêpe que se permettent les amitiés excessives qui veulent tout savoir, tout contrôler...

— Tu me vas au cœur, dit Blondet. Mais, mon cher, tu ne racontes pas, tu blagues...

— Blondet, si tu n'étais pas gris, tu me ferais de la peine I De nous quatre, il est le seul homme sérieusement littéraire! A cause de lui, je vous fais l'honneur de vous traiter en gourmets, je vous distille mon histoire, et il me critique! Mes amis, la plus grande marque de stérilité spirituelle est l'entassement des faits. La su* blime comédie du Misanthrope prouve que l'art consiste à bâtir un palais sur la pointe d'une aiguille. Le mythe de mon idée est dans la baguette des fées, qui peut faire de la plaine des Sablons un Interlàken, en dix secondes (le temps dévider ce verre)! Voulezvous que je vous fasse un récit qui aille comme un boulet de canon, un rapport de général en chef? Nous causons, nous rions, ce journaliste, bibliophobe à jeun, veut, quand il est ivre, que je donne à ma langue la sotte allure d'un livre (il feignit de pleurer). Malheur à l'imagination française, on veut épointer les aiguilles de sa plaisanterie! Dies ira?. Pleurons Candide, et vive la Critique de la raison pure! la Symbolique, et les systèmes en cinq volumes compactes, imprimés par des Allemands qui ne les savaient pas à Paris depuis 1750, en quelques mots fins, les diamants de notre intelligence nationale. Blondet mène le convoi de son suicide, lui qui fait dans son journal les derniers mots de tous les grands hommes qui nous meurent sans rien dire!

— Va ton train, dit Finot.

— J'ai voulu vous expliquer en quoi consiste le bonheur d'an homme qui n'est pas actionnaire (une politesse à Couture!). Eh bien, ne voyez-vous pas maintenant à quel prix Godefroid se pro-

cura le bonhetir le plus étendu que puisse rt-vcr uEjâua8liûttlli||!.«v U étudiait Isaure pour être sûr d'être compris î,,* Les Choaesqdl ie compr^neDt lei unes les autres daîTeat être sîmikires. Or, il H*; a de pareils à eux-mêmes que le néant et riuûm; le néant eat la bêtise, le génie est Tiiifim* Ces deux amants s'écriv&îant 1^ pltit ilnfud^ lettres du mondâi en sa reavoyaot sur du i»pief pfirluiiiâ 4w iiifdsi M BiQ<H £ Ànsêt hmfBMImim udj§ mm- J3 y a m WUr dans ma poitrine (rhomme ! Faîble femme l <ffiim^mril1ia^}M, fripent du cœur moderne. Godefroid restait i fieim dfac mlaittèi étim uû ntim^ il mmit dam avtctme prétention avec tesfemmeSf elles ie trouvèrent alors très-spiniueL 11 i^tail de ceux qui n'ont d'autre esprit que ceiui qu'on leur prêta. Enfin, jugez de son absorption : Joby, ses chevanx, voiture devinrenl des choses secondaires dans son existence, 11 n'était beureui ^'enfoncé dans sa bonne bergùre en face de la baronne, mi coin d^' cette cheminée de marbre vert antique, occupa à voir isaure, à |ff9iiÀfe dtt^faém wiiaiit « Gerdfi d^amia qui ireteaieiit

ipfOB les soirs, entre onze heures et minuit, me Joubert, et ou ron ffuivait toujours jouer à la bouillotte sans crainte : j*y ai tou|oui5 pgnd. Quand fsmm avait avancé son joli petit pied chaussé é'm soulier de satin noir et que Godefroid Tavait longtemps regardé, 8 restait le dernier et disait à Isaure : a Donne-moi ton soulier... » Isaure levait le pied, le posait sur une chaise, ôtait son soulier, le lui donnait en lui jetant un regard, un de ces regards... enfin, vous comprenez I Godefroid finit par découvrir un grand mystère chez Malvina. Quand du Tillet frappait à la porte, la rougeur vive qui colorait les joues de Malvina disait : « Ferdinand! » En regardant ce tigre à deux pattes, les yeux de la pauvre fille s'allumaient comme un brasier sur lequel aiOue un courant d'air; elle trahissait un plaisir infini quand Ferdinand l'emmenait pour faire un aparté près d'une console ou d'une fenêtre. Comme c'est rare et beau, une femme assez amoureuse pour devenir naïve et laisser lire dans son cœuri Mon Dieu, c'est aussi rare, à Paris, que la fleur qui chante l'est aux Indes. Malgré cette amitié commencée depuis le jour où les d'Aldrigger apparurent chez les Nucingen, Ferdinand n'épousait pas Malvina. Notre féroce ami du Tillet n'avait pas paru jaloux de la cour assidue que Desroches faisait à Malvina, car, pour achever

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de payer sa charge avec une dot qui ne paraissait pas être moindre de cinquante mille écus, il avait feint l'amour, lui, homme de Palais! Quoique profondément humiliée de Tinsouciance de du Tillet, Malvina Taimait trop pour lui fermer la porte. Chez cette fille, tout &me, tout sentiment, tout expansion, tantôt la fierté cédait à l'amour,' tantôt Tamour offensé laissait la fierté prendre le dessus. Calme et froid, notre ami Ferdinand acceptait cette tendresse, il la respirait avec les tranquilles délices du tigre léchant le sang qui lui teint la gueule ; il en venait chercher les preuves, il ne passait pas deux jours sans se montrer rue Joubert. Le drôle possédait alors environ dix-huit cent mille francs, la question de fortune devait être peu de chose à ses yeux, et il avait résisté non-seulement à Malvina, mais aux barons de Nucingen et de Rastignac, qui, tous deux, lui avaient fait faire soixante-quinze lieues par jour, à quatre francs de guides, postillon en avant, et sans fill dans les labyrinthes de leur finesse. Godefroid ne put s^empêcher de parler à sa future belle-sœur de la situation ridicule où elle se trouvait entre un banquier et un avoué. « Vous voulez me sermonner au sujet de Ferdinand, savoir le secret qu'il y a entre nous, dit-elle avec franchise. Cher Godefroid, n*y revenez jamais. La naissance de Ferdinand, ses antécédents, sa fortune, n*y sont pour rien, ainsi croyez à quelque chose d'extraordinaire. » Cependant, à quelques jours de là, Malvina prit Beaudenord à part, et lui dit : « Je ne crois pas M. Desroches honnête homme (ce que c'est que Tinstinct de Tamourl), il voudrait m'épouser, et fait la cour à la fille d'un épicier. Je voudrais bien savoir si je suis un pis aller, si le maria^ est pour lui une affaire d'argent. » Malgré la profondeur d^ son esprit. Desroches ne pouvait deviner du Tillet, et il craigr^ait de lui voir épouser Malvina. Donc, le gars s'était ménagé ur^e retraite; sa position était intolérable, il gagnait à peine, t^\xs frais faits, les intérêts de sa dette. Les femmes ne comprefinent rien à ces situations-là. Pour elles, le cœur est toujours inîllionnaire !

— Mais, comme ni Desroches ni du Tillet n'a épousé Malvinà^ dit Finot, explique-nous le secret de Ferdinand?

— Le secret, le voici, répondit Bixiou. R^le générale : une jeune personne qui a donné une seule fois son soulier, le refusât-elle pendant dix ans, n'est jamais épousée par celui à qui...

SCÈNES DE LA VIE PÀ&ISIENN6.

— Beiisf^ ï dit Bloiidet en inierrompant, on aime aussi parce qu'on a aimé. Le secret, le voici. Eègle générale ; ne vous mariez

chaî de France. Auasi^ f(fp quelle alliance n faîiç dn Tillet î ïl a épûusé uoe des ûJtea dn comte de Granviiiet une des plus vieiUea 'lies de la migîstrature (lançaififi. ' La mère de Desroches avait une amie, reprît Biiîou, UQt femme de droguiste, Jequel droguiste s'était retiré gras d'une fortuoe* Cm droguistes ont des idées bien sangrenues ; pour doaiier k mtKÊ wn hWM éixsMàâ^, û Vâmi ntàm éam m pensîoiiMil^. Ce Matîfat comptait bien înarîor sa fitto, pir la raison deux ceet mille fraiics, en bel et bon argent jpti m aeMit pas la drogue. ^ — U Hatifiit âft llefindt dit SkiiMtet.

Eb JÙeQi oui, celui de Lousteao, ie nôtre, enfin î Ces MatîfaCt ûm perdus pour nous, étaient venus habiter la me du Chercb||

iUâitt le quartier le plus opposé & la iw dflS Lombonla, cm

}Mmimi fait fortune. Moi, je les ai cultivé les Matifat! Durant mon ■ temps de galère ministérielle, où j'étais serré pendant huit heurei ^ de jour entre de$ niais ât vmgHeux mtÊi^j^ ra à» osweiWfty^ qui m'ont convaincu que Tombre a des aspérités, et que dans la plus grande platitude on peut rencontrer des angles ! Oui, mon cher, tel bourgeois est à tef autre ce que Raphaël est à Natoire. Madame veuve Desroches avait moyenné de longue main ce mariage à son fils, malgré l'obstacle énorme que présentait un certain Cochin, fils de l'associé commanditaire des Matifat, jeune employé au ministère des finances. Aux yeux de M. et madame Matifat, l'état d'avoué {>araissait, selon leur mot, ofiDrir des garanties pour le bonheur d'une femme. Desroches s'était prêté aux plans de sa mère afin d'avoir un pis aller. Il ménageait donc les droguistes de la rue du Cherci];p-Midi. Pour vous faire comprendre un autre genre de bonheur, il faudrait vous peindre ces deux négociants m&le et femelle, jouissant d'un jardinet, logés à un beau rez-de-chaussée, s'amusant à regarder un jet d'eau, mince et long comme un épi, qui allait perpétuellement et s'élançait d'une petite table ronde en pierre de liais, située au milieu d'un bassin de six pieds de diamètre; se levant de bon matin pour voir si les fleurs de leur jardin avaient poussé, désœuvrés et inquiets, s'habillant pour s'habiller.

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sTennuyant au spectacle, et toujours entre Paris et Luzarches, où ils avaient une maison de campagne et où j'ai dîné. Blondet, un jour ils ont voulu me faire poser, je leur ai raconté une histoire depuis neuf heures du soir jusqu'à minuit, une aventure à tiroirs I J'en étais à l'introduction de mon vingt-neuvième personnage (les romans en feuilletons m'ont volél), quand le père Matifat, qui en qualité de maître de maison, tenait encore bon, a ronflé comme les autres, après avoir clignoté pendant cinq minutes. Le lendemain, tous m'ont fait des compliments sur le dénoûment de mon histoire. Ces épiciers avaient pour société M. et madame Cochin, Adolphe Gochin, madame Desroches, un petit Popinot, droguiste en exercice, qui leur donnait des nouvelles de la rue des Lombards (un homme de ta connaissance, Finotl). Madame Matifat, qui aimait les arts, achetait des lithographies, des lithochromies, des dessins coloriés, tout ce qu'il y avait de meilleur marché. Le sieur Matifat se distrayait en examinant les entreprises nouvelles et en essayant de jouer quelques capitaux, afin de ressentir des émotions (Florine l'avait guéri du genre Régence). Un seul mot vous fera comprendre la profondeur de mon Matifat. Le bonhomme souhaitait ainsi le bonsoir à ses nièces : « Va te coucher, mes nièces I » Il avait peur, disait-il, de les affliger en leur disant vous. Leur fille était une jeune personne sans manières, ayant l'air d'une femme de chambre de bonne maison, jouant tant bien que mal une sonate, ayant une jolie écriture anglaise, sachant le français et l'orthographe, enfm une complète éducation bourgeoise. Elle était assez impatiente d'être mariée afin de quitter la maison paternelle, où elle s'ennuyait comme un officier de marine au quart de nuit; il faut dire aussi que le quart durait toute la journée. Desroches ou Cochin fils, un notaire ou un garde du corps, un faux lord anglais, tout mari lui était bon. Comme évidemment elle ne savait rien de la vie, j'en ai eu pitié, j'ai voulu lui en révéler le grand mystère. Bahl les Matifat m'ont fermé leur porte : les bourgeois et moi, nous ne nous comprendrons jamais.

— Elle a épousé le général Gouraud, dit Finot.

— En quarante-huit heures, Godefroid de Beaudenord, l'ex-diplomate, devina les Matifat et leur intrigante corruption, reprit Bixiou. Par hasard, Rastignac se trouvait chez la légère baronne à causer

au coin du feu pendant que Godefroid faisait son rapport à Malvina. Quelques mots frappèrent son oreille, il devina de quoi il s^agissait, surtout à Pair aigrement satisfait de Malvina. Rastignac resta, loi, jusqu*à deux heures du matin, et Ton dit qu^il est égoïste I Beaadenord partit quand la baronne alla se coucher. « Cher enfant, dit Rastignac à Malvina d'un ton bonhomme et paternel, quand ils furent seuls, souvenez-vous qu'un pauvre garçon lourd de sommeil a pris du thé pour rester éveillé jusqu'à deux heures du matin, afin de pouvoir vous dire solennellement : Mariez-^aus. Ne faites pas la difficile, ne vous occupez pas de vos sentiments, ne pensez pas à Tignoble calcul des hommes qui ont un pied id, un pied chez les Matifat, ne réfléchissez à rien : mariez-voasi Pour une fille, se marier, c'est s'imposer à un homme qui prend l'engagement de la faire vivre dans une position plus ou moins heureuse, mais où la question matérielle est assurée. Je connais le monde : jeunes filles, mamans et grand'mères sont toutes hypocrites en démanchant sur le sentiment quand il s'agit de mariage. Aucun ne pense à autre chose qu'un bel état. Quand sa fille est bien mariée, une mère dit qu'elle a fait une excellente affaire. » Et Rastignac lui développa sa théorie sur le mariage, qui, selon lui, est une société de commerce instituée pour supporter la vie. « Je ne vous demande point votre secret, dit-il en terminant à Malvina, je le sais. Les hommes se disent tout entre eux, comme vous autres quand vous sortez après le dîner. Eh bien, voici mon dernier mot: mariez-vous. Si vous ne vous mariez pas, souvenez-vous que je vous ai suppliée ici, ce soir, de vous marier I » Rastignac parlait avec un certain accent qui commandait, non pas l'attention, mais la réflexion. Son insistance était de nature à surprendre. Malvina fut alors si bien frappée au vif de Tintelligence, là où Rastignac avait voulu l'atteindre, qu'elle y songeait encore le lendemain, et cherchait inutilement la cause de cet avis.

— Je ne vois, dans toutes ces toupies que tu lances, rien qui ressemble à l'origine de la fortune de Rastignac, et tu nous prends pour des Matifat multipliés par six bouteilles de vin de Champagne! s'écria Couture.

— Nous y sommes, répliqua Bixiou. Vous avez suivi le cours de tous les petits ruisseaux qui ont fait les quarante mille livres de

LX MAISON NUGINGEN.

rente auxquelles tant de gens poncnt envie! Rastignac tenait alors entre ses mains le ûl de toutes ces existenœs.

— Desroches, les Matifat, BeauJenord* les d'Aldrigger, d*Aiglemont?

— Et de cent autres!... dit Bixiou.

— Voyons, comment? s'écria Finot. Je sais bien des choses, et je n*entrevois pas le mot de cette énigme.

— Blondet vous a dit en gros les deux premières liquidations de Nucingen, voici la troisième en détail, reprit Bixiou. Dès la paix de 1815, Nucingen avait compris ce que nous ne comprenons qu'aujourd'hui : que l'argent n'est une puissance que quand il est &Ï quantités disproportionnées. Il jalousait secrètement les frères Rothschild. Il possédait cinq millions, il en voulait dix! Avec dix millions, il savait pouvoir en gagner trente, et n'en aurait eu que quinze avec cinq. 11 avait donc résolu d'opérer une troisième liquidation I Ce grand homme songeait alors à payer ses créanciers avec des valeurs fictives, en gardant leur argent. Sur la place, une conception de ce genre ne se présente pas sous une expression si mathématique. Une pareille liquidation consiste à donner un petit pâté pour un louis d'or à de grands enfants qui, comme les petits enfants d'autrefois, préfèrent le p&té à la pièce, sans savoir qu'avec la pièce ils peuvent avoir deux cents pâtés.

— Qu'est-ce que tu dis donc là, Bixiou? s'écria Couture, mais rien n'est plus loyal, il ne se passe pas de semaine aujourd'hui que l'on ne présente des pâtés au public en lui demandant un louis. Mais le public est-il forcé de donner son argent? n'a-t-il pas le droit de s'éclairer?

— Vous l'aimeriez mieux contraint d'être actionnaire, dit Blondet.

— Non, dit Finot, où serait le talent?

— C'est bien fort pour Finot, dit Bixiou.

— Qui lui a donné ce mot-là? demanda Couture.

— Enfin, reprit Bixiou, Nucingen avait eu deux fois le bonheur de donner, sans le vouloir, un pâté qui s'était trouvé valoir plus qu'il n'avait reçu. Ce malheureux bonheur lui causait des remords. De pareils bonheurs finissent par tuer un homme. 11 attendait depuis dix ans l'occasion de ne plus se tromper, de créer des valeurs qui auraient l'air de valoir quelque chose et qui...

— imii, dit CkHitQiîl, fia ispfiqtt&At ainsi It banqwi lont cott* merce n^cn possible. Km d'un loyal banquier a persuadé, soûi l'approbation d'uD lo|al gooTernemeot, aux plus ûns boursiers dû IMiidrd ttmàà qoi âmieiit, âms an imqiB ésmÊ^ mttùÊm ilépréciés. Vous avez vu mieux qtie cehî N'a-tmi pm émh, tofr jours avec faveu, avec Tappui des gouvememeutti dtts valeurs pour payer les iatérâts de œrfiltis fwds afiQ d'ett wîaMiilr te wmi et pcmvdr s*^ défaire. opâ-ationa ont plut ùa ffifitaft if «iidcign avec la liquîdaUoQ à la Nudngen.

— Eq petit, dit Bloodet, raffaîre peut paraître siogoUère ; mb en grand, cfèat de la tiante Bimiee. A f% flès^iw âiMifilWi^ itmt cniniiiels d'îodivîdii à individu, lesquels arrîveni à rïêTi qinnâ ÊÈ sont étendus k une multitude quelconque, comme une goutte fmùb pmsaiqlie devient înmsmÉt dans m iMqmC Ifmm^

tuez un homme, on vous gullloiine. Mais, avec une convîctioD gouvernementale quelconque, vous tuez cinq eenta hommes, on res* peete le orlme politique. V&m praiet dnq mîlte {mm «mm mm secrétaire, vous allez au bagne. Maïs, avec le piment d'an gain à faire habilement mis dans la gueule de mille boursiers, vous les forcez à prendre les rentes de je ne sais quelle république oa monarchie en faillite, émises, comme dit Couture, pour payer les intérêts de ces mêmes rentes : personne ne peut se plaindre. Voilà les vrais principes de Tâge d*or où nous vivons I

— La mise en scène d'une machine si vaste, reprit Binon, exigeait bien des polichinelles. D*abord, la maison Nudngen avait sciemment et à dessein employé ses cinq millions dans une affaire en Amérique, dont les profits avaient été calculés de manière à revenir trop tard. Elle s'était dégarnie avec préméditation. Toute liquidation doit être motivée. La maison possédait en fonds particuliers et en valeurs émises environ six millions. Parmi les fonds particuliers se trouvaient les trois cent mille francs de la baronne d*Aldrigger, les quatre cent mille de Beaudenord, un million à d^Aiglemont, trois cent mille francs à Matifat, un demi-million à Chartes Grandet, le man de mademoiselle d'Aubrion, etc. En créant lui-même une entreprise industrielle par actions, avec lesquelles il se proposait de désintéresser ses créanciers au moyen de manœuvres plus ou moins habiles, Nucingen aurait pu être suspecté, mais il

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s'y prit avec plus de finesse : il fit créer par un autre!... cette machine destinée à jouer le rôle du Mississipi du système de Law. Le propre de Nucing^n est de faire servir les plus habiles gens de la place à ses projets, sans les leur communiquer. Nucingen laissa donc échapper devant du Tillet ridée pyramidale et victorieuse de combiner une entreprise par actions en constituant un capital assez fort pour pouvoir servir de très-gros intérêts aux actionnaires pendant les premiers temps. Essayée pour la première fois, en un moment où des capitaux niais abondaient, cette combinaison devait produire une hausse sur les actions, et par conséquent un bénéfice pour le banquier qui les émettrait Songez que ceci est du 1826. Quoique frappé de cette idée, aussi féconde qu'ingénieuse, du Tillet pensa naturellement que, si Tentreprise ne réussissait pas, il y aurait un blâme quelconque. Aussi suggéra-t-il de mettre en avant un directeur visible de cette machine commerciale. Vous connaissez aujourd'hui le secret de la maison Claparon fondée par du Tillet, une de ses plus belles inventions I...

— Oui, dit Blondet, l'éditeur responsable en finance, Tagent provocateur, le bouc émissaire; mais, aujourd'hui, nous sommes plus forts, nous mettons : S'adresser à Vadministratian de la chose, telle rue, tel numéro, où le public trouve des employés en casquettes vertes, jolis comme des recors.

— Nucingen avait appuyé la maison Charles Claparon de tout son crédit, reprit Bixiou. On pouvait jeter sans crainte sur quelques places un million de papier Claparon. Du Tillet proposa donc de mettre sa maison Claparon en avant. Adopté. En 1825, l'actionnaire n'était pas gâté dans les conceptions industrielles. Le fonds de roulement était inconnu I Les gérants ne s'obligeaient pas à ne point émettre leurs actions bénéficiaires, ils ne déposaient rien à la Banque, ils ne garantissaient rien. On ne daignait pas expliquer la commandite en disant à Tactionnaire qu'on avait la bonté de ne pas lui demander plus de mille, de cinq cents; ou môme de deux cent cinquante francs I On ne publiait pas que Texpérience in xre publico ne durerait que sept ans, cinq ans, ou même trois ans, et qu'ainsi le dénoôment ne se ferait pas longtemps attendre. Céuit l'enfance de l'art! On n'avait même pas fait intervenir la publicité de ces gigantesques annonces par lesquelles on stimule

bft ÏBiaginaîîonsi « en demandant de Targeât à tout le mondaM* , ^ Gela arrive quand peEEtume a'ea veut doimer, dîi Goatu

— ËifiB la ooacafmicsâ éuu ces sentes û*emsefm^ a*£ pas^ reprit Bixtoit, Les fabricants de papier mâché, d'im^ sur iûdieaoes, les lamineurs de me, l€3 théâtres, les journûux ne se ruaient pas mwjm chiens à la curée de ractioonaire aipi-

mBtjiiiSfltt sppuyfe par des rapports de gens experts (le? firjiweî do te science K^O^ ualtaient hooieuâeraeat dans te aitoce u dans Vomin de la BomM» Las Imp^^emm eskn^ taient, financièrement parlant, Tair de ta Calomnia du Barbwr di SévUU^ Ilâ allaient pioîiOi pimOt procédant par de légers cancans, ' la bonté de TaETaire, dits d'oreille à oreille. Ils n'e^çloitaiâat k , ra^minajre, qu'à domicile, à îa Bourse, ou dans lej p?tr cette rotneiir habilemeot créée et qui ^afidîflttiîl iiS^llIaiK d'une cote à quatre cMQres*.,

tOil^dlrc, je reviens là-dessus, dit Couture.

f^^^i^^m monsieur ^f^ij^jm^ lot restera classique, coSSau^SST^ permfae, Blondet.

— Oui, je suis orfèvre, reprit Couture, pour le compte de qui Gérizet venait d'être condanmé en police correctionnelle. Je soutiens que la nouvelle méthode est infiniment moins traîtresse, plus loyale, moins assassine que Tancienne. La publicité permet la réflexion et Texamen. Si quelque actionnaire est gobé, il est venu de propos délibéré, on ne lui a pas vendu chat m poche. L'industrie...

— Allons, voilà l'industrie I s'écria Bixiou.

— L'industrie y gagne, dit Couture sans prendre garde à l'interruption. Tout gouvernement qui se mêle du commerce, et ne le laisse pas libre, entreprend une coûteuse sottise : il arrive ou au maximvm ou au monopole. Selon moi, rien n'est plus conforme aux principes sur la liberté du commerce que les sociétés par actions I Y toucher, c'est vouloir répondre du capital et des bénéfices, ce qui est stupide. En toute affaire, les bénéfices sont en proportion avec les risques! Qu'importe à l'État la manière dont s'obtient le

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mouvement rotatoire de Targent, pourva qo^il soit dans aoe activité perpétuelle? Qu'importe qui est riche, qui est pauvre, s'il y a toujours la même quantité de riches imposables? D'ailleurs, voilà vingt ans que les sociétés par actions, les commandites, primes sous toutes les formes, sont en usage dans le pays'Ie plus commercial du monde, en Angleterre, où tout se conteste, où les Chambres pondent mille ou douze cents lois par session, et où jamais un membre du Parlement ne s'est levé pour parler contre la méthode...

— ... Gurative des coffres pleins, et par les végétafux I dit Bixiou, les carottes !

— Voyons I dit Couture enflammé. Vous avez dix mille francs, vous prenez dix actions de chacune mille dans dix entreprises différentes. Vous êtes volé neuf fois... (cela n'est pasi le public est plus fort que qui que ce soit! mais je le suppose), une seule affaire réussit (par hasard I — d'accord I — on ne l'a pas fait exprès! — allez 1 blaguez I). Eh bien, le ponte assez sage pour diviser ainsi ses masses rencontre un superbe placement, comme l'ont trouvé ceux qui ont pris les actions des mines de Wortschin. Messieurs, avouons entre nous que les gens qui crient sont des hypocrites au désespoir de n'avoir ni l'idée d'une affaire, ni la puissance de la proclamer, ni l'adresse de l'exploiter. La preuve ne se fera pas attendre. Avant peu, vous verrez l'aristocratie, les gens de cour, les ministériels descendant en colonnes serrées dans la spéculation, et avançant des mains plus crochues et trouvant des idées plus tortueuses que les nôtres, sans avoir notre supériorité. Quelle tête il faut pour fonder une affaire, à une époque où l'avidité de l'actionnaire est égale à celle de l'inventeur I Quel grand magnétiseur doit être l'homme qui crée un Claparon, qui trouve des expédients nouveaux! Savez-vous la morale de ceci? Notre temps ne vaut pas mieux que nous! nous vivons à une époque d'avidité où l'on ne s'inquiète pas de la valeur de la chose, si l'on peut y gagner en la repassant au voisin ; et on la repasse au voisin, parce que Tavidité de l'actionnaire, qui croit à un gain, est égale à celle du fondateur qui la lui propose I

— Est-il beau, Couture, est-il beau! dit Bixiou à Blondet; il va demander qu'on lui élève des statues, comme à un bienfaiteur de l'humanité.

— Il faaâraît l'kmeMr I ecmclQre qnô i'argeitt éâi M dè Ôroît divin le patrimoine de» gens d'esprit, dit Bîoodçt.

— Messietirs, reprit Couture, rions ici pour tout Je sérieux qiie

élises que con^acroîit I'js lois faites à l'împroviste. , • n ft raison. Quel temps, messieurs, dit Bloodet, qfï*m temps O&t âèi que la feu de rinteïllgence apparaît^ on félriiit ^te pif râppUcatîon ifuae loi de drconstancBt Les I^islateurs, partis presque tous d'un petit arrondissement où ils ont étudié la société dans les journaux» reufermenl alors le leu dans la machine. Quand h macbiDe saitte, arrivent 1^ plèois et tel griiMseBieats dë ée^l Ifti VSÊÊXgÊ OÙ il ne se fait que des lois fiscales et pénnîe^ ! Le gr^nd VUM£ ^ ce qui se passe, le voulez-vous? Il n'y a pius têiigm

dmfÉM! - 1

~ âbl dit BixicKi^ bravo, Blondet! tu as mis le doigt sur la pkîe ] dp lftf!raiKe: M fiscalité, qui a plus ùîê de conquêtes à notre paysr tes irexations de la gaerre. Dans le ministère où j*ai fait Mpt iar do gliftres, a^Mtpté airee des boargeois, il y airaH im emidofé. homme de taleïit, qui avait résolu de changer tout ïe système â^h ûnancee,*. ah bieo, nous l'avons joliment d^omnoé. Fmtee eût été trop heureuse, elie se serait amusée à reconquérir TEurope, et nous avons agi pour le repos des nations. J'ai tué Rabourdin par une caricature! (Voir les Employés.)

— Quand je dis le mot religion, je n'entends pas dire une capacinade, j'entends le mot en grand politique, reprit Blondet.

* Explique-toi, dit Finot.

— Voici, reprit Blondet. On a beaucoup parlé des affaires de Lyon, de la République eanonuée dans les rues, personne n'a dit la vérité. La République s'était emparée de l'émeute comme on insurgé s'empare d'un fusil. La vérité, je vous la donne pour drôle et profonde. Le commerce de Lyon est un commerce sans àme, qui ne fait pas fabriquer une aune de soie sans qu'elle soit commandée et que le payement soit sûr. Quand la commande s'arrête, l'ouvrier meurt de faim, il gagne à peine de quoi vivre en travaillant, les forçats sont plus heureux que lui. Après la révolution de Juillet, la misère est arrivée à ce point, que les canots ont arboré le drapeau Du pain ou la morU une de ces proclamations que le

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gouvernement aurait dû étudier, elle était produite par la cherté de la vie à Lyon. Lyon veut bâtir des théâtres et devenir une capitale, de là des octrois insensés. Les républicains ont flairé cette révolte à propos du pain, et ils ont organisé les canuts, qui se sont battus en partie double. Lyon a eu ses trois jours, mais tout est rentré dans Tordre et le canut dans son taudis. Le canut, probe jusque-là, rendant en étoffe la soie qu'on lui pesait en bottes, a mis la probité à la porte en songeant que les négociants le victimaient, et a mis de Thuile à ses doigts : il a rendu poids pour poids, mais il a vendu la soie représentée par Thuile, et le commerce des soieries françaises a été infesté d'étoffes graissées, ce qui aurait pu entraîner la perte de Lyon et celle d'une branche de commerce français. Les fabricants et le gouvernement, au lieu de supprimer la cause du mal, ont fait, comme certains médecins, rentrer le mal par un violent topique. Il fallait envoyer à Lyon un homme habile, un de ces gens qu'on appelle immoraux, un abbé Terray, mais Ton a vu le côté militaire! Les troubles ont donc pro» duit les gros de Naples à quarante sous Faune. Ces gros de Naples sont aujourd'hui vendus, on peut le dire, et les fabricants ont sans doute inventé je ne sais quel moyen de contrôle. Ce système de fabrication sans prévoyance devait arriver dans un pays ou Richard Lqioir, un des plus grands citoyens que la France ait eus, s'est ruiné pour avoir fait travailler six mille ouvriers sans commandes, les avoir nourris, et avoir rencontré des ministres assez stupides pour le laisser succomber à la révolution que ISlft a faite dans le prix des tissus. Voilà le seul cas où le négociant mérite une statue. Eh bien, cet homme est aujourd'hui l'objet d'une souscription sans souscripteurs, tandis que l'on a donné un million aux enfants du général Foy. Lyon est conséquent : il connaît la France, elle est sans aucun sentiment religieux. L'histoire de Richard Lenoir est une de ces fautes que Fouché trouvait pires qu'un crime.

— Si dans la manière dont les affaires se présentent, reprit Couture en se remettant au point où il était avant l'interruption, il y a une teinte de charlatanisme, mot devenu flétrissant et mis à cheval sur le mur mitoyen du juste et de l'injuste, car je demande où commence, où finit le charlatanisme, ce qu'est le charlatanisme. Faites-moi' r amitié de me dire qui n'est pas charlatan 7 Voyons, un viu. 44

peu de bonne fol, Tlngrédient social le plus rare! Le commerce qui coosisterait à aller cherctier la aiiit ce qu'on veaadrait dans k ftoiimte serait m non-ftetift. Vn imïchmi d^àllumettes a rinMinct l^accaparemont. Accaparer fa marchandise est la pensée du l^tîquier de la niâ Saînt^Denis dit le plus vertueux, comme du Spéculateur dit te pIsB et&oïité. Quand les magasins soat pleins, il f t nécessité rendra, tmr vendre, il faut allumir le dialasd, de îà renseigne du moyen âge et aujourd'hui le prospectus! Entre appeler ia pratique et la forcer d'entrer, de consommer, je ne vm l^îa âiAfreÉoe^ d^mi chetreuî II petit siriver, il doit anrifïer* H ' ÉrriV0 souvenl qnc" Ûos m;initrin<ls attrapent des marcbaâdiacs iirariéô9f car le vendeur trompe incessamment racbeteur» Qkbfeii. toisultex les pltiff huâtes gens de Paris, les notables cosiDiarçants enOn... tous vmti raconteront triomphalement la rouerie qu'ils ont alors Inventt^o pour écouler leur marchandise quand on la leur t?ait vendue mauvaise > La fameuse maison Minard a commence |af des ventes de ce genre, ta rue ^ut-Denis ne vous tfiadqQ'^ttoft robe de soie graissée, elle ne peut que cola. Les plus \'erÈueux négodapts vous disent de Tair le plus candide ce mot de Tim^ith

pmàt, Blondet vous a fait voir les afTairBs de Lyon âans leurs cans» etle^ mites; mai, je vais à rappUcatmii de ma théorie par une âfiët^àlSi'^ tb onvrier en laine, âmMttimçc et cïiblé d*enfaots par une femme trop aimée, croit à la République. Mon gars achète de la laine ronge, et fabrique ces casquettes en laine tricotée que vous avez pu voir snr la tête de tous les gamins de Paris, et vous allez savoir pourquoi. La République est vaincue. Après Taffaire de Saint-Merri, les casquettes étaient invendables. Quand un ouvrier se trouve dans son ménage avec femme, enfants et dix mille casquettes en laine rouge dont ne veulent plus les chapeliers d'aucun bord, il lui passe par la tête autant d'idées qu'il en peut venir à un banquier bourré de dix millions d'actions à placer dans une affaire dont il se défie. Savez-vous ce qu'a fait l'ouvrier, ce Law faubourien, ce Nucingen des casquettes ? Il est allé trouver un dandy d'estaminet, un de ces farceurs qui font le désespoir des sergents de ville dans les bals champêtres aux barrières, et l'a prié de jouer le rôle d'un capitaine américain pacotilleur, logé hôtel

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Meurice, d*aller désirer dix mille casquettes en laine rouge, chez un riche chapelier qui en avait encore une dans son étalage. Le chapelier flaire une affaire avec l'Amérique, accourt chez Touvrier et se rue au comptant sur les casquettes. Vous comprenez : plus de capitaine américain, mais beaucoup de casquettes. Attaquer la liberté commerciale à cause de ces inconvénients, ce serait attaquer la justice sous prétexte qu*il y a des délits qu*elle ne punit pas, ou accuser la société d'être mal organisée à cause des malheurs qu'elle engendre 1 Des casquettes et de la rue Saint-Denis aux actions et à la Banque, concluez I

— Couture, une couronne I dit Blondet en lui mettant sa serviette tortillée sur la tête. Je vais plus loin, messieurs. S'il y a vice dans la théorie actuelle, à qui la faute? à la loi I à la loi prise dans son système entier, à la législation I à ces grands hommes d'arrondissement que la province envoie bouffis d'idées morales, idées indispensables dans la conduite de la vie, à moins de se battre avec la justice, mais stupides dès qu'elles empêchent un homme de s'élever à la hauteur où doit se tenir le législateur. Que les lois interdisent aux passions tel ou tel dévdoppement (le jeu, la loterie, les Ninons de la borne, tout ce que vous voudrez), elles n'extirperont jamais les passions. Tuer les passions, ce serait tuer la société, qui, si elle ne les engendre pas, du moins les dévelo;^. Ainsi, vous entravez par des restrictions l'envie de jouer qui gît au fond de tous les cœurs, chez la jeune fille, chez l'homme de province, comme chez le diplomate, car tout le monde souhaite une fortune gratis, le jeu s'exerce aussitôt en d'autres sphères. Vous supprimez stupidement la loterie, les cuisinières n'en volent pas moins leurs maîtres, elles portent leurs vols à une caisse d'épargne, et la mise est pour elles de deux cent cinquante francs au lieu d'être de quarante sous, car les actions industrielles, les commandites deviennent la loterie, le jeu sans tapis, mais avec un râteau invisible et un refait calculé. Les jeux sont fermés, la loterie n'existe plus, voilà la France bien plus morale, crient les imbéciles, comme s^ils avaient supprimé les ponus! On joue toujours! seulement, le bénéfice n'est plus à l'État, qui remplace un impôt payé avec plaisir par un impôt gênant, sans diminuer les suicides, car le joueur ne meurt pas, mais biea sa victime l Je ne vous parle pas des capi-

USX k MmDger* perdus poor la France, ni des loteries de Flmi^ toru contre le colportage desqtieUeB la CooveotKm avait é^senà }a peine de mort, et aaqael m livraient les proctirans^dkil VMtt te iew* h «fabe jUH^mtto é^ MUmi^iitaliiir.

coLiragement donné aox cai^se^^ d^^aigM Mt mse grosse soi Usa poUtiquQL Supposez uae inqiuétadrfOAlMiqâfitQr Ift marche

laM Ift Sfcfolution, la queue du pain. Autant de caisses, d'élDWlIeKr Si dans uo coîu trois gamins arborent un seul âmpeaa, vdlà me rtfolutioa. Hais ce danger, quelque grand qui tmiaie être, me parait moins à craindre que celui de la démorali** m£M du peuple. Une caisse d'épargne est Tînoculation des ticea tn^dïéâ par Tintérèt, à des gens que ûi Téducation ni le raii mum m wàmwm èmê kraifi csotttbiaaisoAS tifittoamt crii f Jiclles, Et voîlà les effeis de la philanthropie. Un grand politique ieit être un scélérat abstrait; sans quoi, les société sont mal me* nées. On pcAîtiqitâ iMadle tioi^^

sentirait, ou un pilote qui ferait l'amour eu tenant la barre : le bateau sombre. Un premier mi|daM gui prend cent millions et qui rend la France graïKle et iMptom n'mA pas |pi«S$ra|ite i mi ministre enterré aux firais de TÉtat, mais qui a ruiné son pays? Entre Richelieu, Mazarin, Potemkin, riches tous trois à chaque époque de trois cents millions, et le vertueux Robert Lindet, qui n*a su tirer parti ni des assignats, ni des biens nationaux, ou les vertueux imbéciles qui ont perdu Louis XVI, hésiteriez-YOus? Va ton train, Bixiou.

— Je ne vous expliquerai pas, reprit Bixiou, la nature de Tentreprise inventée par le génie financier de Nucingen, ce serait d'autant plus inconvenant qu'elle existe encore aujourd'hui, ses actions sont cotées à la Bourse; les combinaisons étaient si réelles, l'objet de l'entreprise si vivace, que, créées au capital nominal de mille francs, établies par une ordonnance royale, descendues à trois cents francs, elles ont remonté à sept cents francs, et arriveront au pair après avoir traversé les orages des années 27, 30 et 32. La crise financière de 1827 les fit fléchir, la révolution de Juillet les abattit, mais l'affaire a des réalités dans le ventre (Nucingen ne saurait inventer une mauvaise affaire). Enfin, comme plusieurs maisons de

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banque da premier ordre y ont participé, il ne serait pas parlementaire d'entrer dans plus de détails. Le capital nominal fut de dix millions, capital réel sept, trois millions appartenaient aux fondateurs et aux banquiers chargés de rémission des actions. Tout fut calculé pour faire arriver, dans les six premiers mois, l'action à gagner deux cents francs par la distribution d'un faux dividende. Donc, vingt pour cent sur dix millions. L'intérêt de du Tillet fut de cinq cent mille francs. Dans le vocabulaire financier, ce gâteau s'appelle part à goinfre! Nucingen se proposait d*opérer, avec ses millions faits d'une main de papier rose à l'aide d'une pierre lithographique, de jolies petites actions à placer, précieusement conservées dans son cabinet. Les actions réelles allaient servir à fonder Taffaire, acheter un magnifique h6tel et commencer les opérations. Nucingen se trouvait encore des actions dans je ne sais quelles mines de plomb argentifère, dans des mines de houille et dans deux canaux, actions bénéficiaires accordées pour la mise en scène de ces quatre entreprises en pleine activité, supérieurement montées et en faveur, au moyen du dividende pris sur le capital. Nucingen pouvait compter sur un agio si les actions montaient, mais le baron le négligea dans ses calculs, il le laissait à fleur d'eau, sur la place, afin d'attirer les poissons! 11 avait donc massé ses valeurs, comme Napoléon massait ses troupiers, afin de liquider durant la crise qui se dessinait et qui révolutionna, en 26 et 27, les places européennes. S'il avait eu son prince de Wagram, il aurait pu dire comme Napoléon du haut du Santon : a Examinez bien la place; tel jour, à telle heure, il y aura là des fonds répandus! » Mais à qui pouvait-il se confier? Du Tillet ne soupçonna pas son compérage involontaire. Les deux premières liquidations avaient démontré à notre puissant baron la nécessité de s'attacher un homme qui pût lui servir de piston pour agir sur le créancier. Nucingen n'avait point de neveu, n'osait prendre de confident, il lui fallait un homme dévoué, un Glaparon intelligent, doué de bonnes manières, un véritable diplomate, un homme digne d'être ministre et digne de lui. Pareilles liaisons ne se forment ni en un jour ni en un an. Rastignac avait alors été si bien entortillé par le baron, que, comme le prince de la Paix, qui était autant aimé par le roi que par la reine d*Espagne, il croyait avoir conquis dans

Nacingen une précieuse dupe. Après avoir ri d*uD homme dont la portée lui fut longtemps inconnue, il avait ûni par lui vouer un culte grave et sérieux en reconnaissant en lui la force qu'il croyait posséder seul. Dès son début à Paris, Rastignac fut conduit à mépriser la société tout entière. Dès 1820, il pensait, comme le baron, qu'il n'y a que des apparences d'honnête homme, et il regardait le monde comme la réunion de toutes les corruptions, de toutes les friponneries* S'il admettait des exceptions, il condamnait la masse : il ne croyait à aucune vertu, mais à des circonstances où Thomme est vertueux. Cette science fut l'affaire d'un moment; elle fut acquise au sommet du Père-Lachaise, le jour où il y conduisait un pauvre hoonôte homme, le père de sa Delphine, mort la dupe de noire société, des sentiments les plus vrais, et abandonné par ses filles et par ses gendres. 11 résolut de jouer tout ce monde, et de s'y tenir en grand costume de vertu, de probité, de belles manières. L'égoisme arma de pied en cap ce jeune noble. Quand le gars trouva Nacingen revêtu de la même armure, il l'estima cconine au moyen âge, dans un tournoi, un chevalier damasquiné de la této aux pieds, monté sur un barbe, eût estimé son adver- .saiiv houssé, monté comme lui. Mais il s'amollit pendant quelque tomps dans les délices de Capoue. L'amitié d'une femme comme la haroiHie de Nuciogen est de nature à faire abjurer tout égoïsme. Apr^s avoir été trompée une première fois dans ses affections en iviicoiilrant une mécanique de Birmingham, comme était feu de Marsay, Delphine dut éprouver, pour un homme jeune et plein des roligions do la province, un attachement sans bornes. Cette lendrosso a réagi sur Rastignac. Quand Nucingen eut passé à l'ami de sa lenune le harnais que tout exploitant met à son exploité, ce qui an iva précisément au moment où il méditait sa troisième liquidation, il lui confia sa position, en lui montrant comme une obligaikm de son intimité, comme une réparation, le rôle de compère à ju-ijudro et à jouer. Le baron jugea dangereux d'initier son collaborateur œnjugal à son plan. Rastignac crut à un malheur, et le Uaroa lui laissa croire qu'il sauvait la boutique. Mais, quand un ocucveau a tant de fils, il s'y fait des nœuds. Rastignac trembla ^iùi !a lortiine de Delphine : il stipula Tindépendance de la ba- •.Huw. ou exigeant une séparation de biens, en se jurant à lui-

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même de solder son compte avec elle en lui triplant sa fortune. Gomme Eugène ne parlait pas de lui-même, Nucingen le supplia d*accepter, en cas de réussite complète, vingt-cinq actions de mille francs chacune dans les mines de plomb argentifère, que Rastignac prit pour ne pas l'offenser! Nucingen avait seriné Rastignac la veille de la soirée où notre ami disait à Malvina de se marier. A Taspect des cent familles heureuses qui allaient et venaient dans Paris, tranquilles sur leur fortune, les Godefroid de Beaudenord, les d'Aldrigger, les d'Aiglemont, etc., il prit à Rastignac un frisson comme à un jeune général qui pour la première fois contemple une armée avant la bataille. La pauvre petite Isaure et Godefroid, jouant à l'amour, ne représentaient-ils pas Acis et Galathée sous le rocher que le gros Polyphème va faire tomber sur eux?...

— Ce singe de Bixiou, dit Blondet, il a presque du talent.

— Àhl je ne marivaude donc plus? dit Bixiou jouissant de son succès et regardant ses auditeurs surpris. — Depuis deux mois, reprit-il après cette interruption, Godefroid se livrait à tous les petits bonheurs d'un homme qui se marie. On ressemble alors à ces oiseaux qui font leurs nids au printemps, vont et viennent, ramassent des brins de paille, les portent dans leur bec, et cotonnent le domicile de leurs œufs. Le futur d'Isaure avait loué rue de la Planche un petit hôtel de mille écus, commode, convenable, ni trop grand ni trop petit. Il allait tous les matins voir les ouvriers travaillant, et y surveiller les peintures. Il y avait introduit le confort, la seule bonne chose qu'il y ait en Angleterre : calorifère pour maintenir une température égale dans la maison ; mobilier bien choisi, ni trop brillant ni trop élégant; couleurs fraîches et douces à l'œil, stores intérieurs et extérieurs à toutes les fenêtres; argenterie, voitures neuves. Il avait fait arranger l'écurie, la sellerie, les remises où Toby, Joby, Paddy se démenait, frétillait comme une marmotte déchaînée, en paraissant très-heureux de savoir qu'il y aurait des femmes au logis et une lady! Cette passion de l'homme qui se met en ménage, qui choisit des pendules, qui vient chez sa future les poches pleines d'échantillons d'étoffes, la consulte sur l'ameublement de la chambre à coucher, qui va, vient, trotte, quand il va, vient et trotte animé par l'amour, est une des choses qui réjouissent le plus un cœur honnête et sur-

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triste de ta joie, et je D*ai pas le cœur, en voyant tous ces apprêts, ce bonheur en fleur, de garder un secret pareil. — Dis donc en trois mots. — Jure-moi sur l*honneur que tu seras en ceci muet comme une tombe. — Comme une tombe. — Que, si l'un de tes proches était intéressé dans ce secret, il ne le saurait pas. — Pas. — Eh bien, Nucingen est parti cette nuit pour Bruxelles, il faut déposer si Ton ne peut pas liquider. Delphine vient de demander ce matin même au Palais sa séparation de biens. Tu peux encore sauver ta fortune. — Comment? dit Godefroid en se sentant un sang de glace dans les veines. — Écris tout simplement au baron de Nucingen une lettre antidatée de quinze jours, par laquelle tu lui donnes Tordre de Remployer tous tes fonds en actions (et il lui nomma la société Uaparon). Tu as quinze jours, un mois, trois mois peut-être pour les vendre au-dessus du prix actuel, elles gagneront encore. — Mais d*Aiglemont qui déjeunait avec nous, d'Aiglemont qui a chez Nucingen un million I — Écoute, je ne sais pas s'il se trouve assez de ces actions pour le couvrir, et puis je ne suis pas son ami, je ne puis pas trahir les secrets de Nucingen, tu ne dois pas lui en parler. Si tu dis un mot, tu me réponds des conséquences. » Godefroid resta pendant dix minutes dans la plus parfaite immobilité, u Acceptes-tu, oui ou non? » lui dit impitoyablement Rastignac. Godefroid prit une plume et de Tencre, il écrivit et signa la lettre que lui dicta Rastignac. « Mon pauvre cousin! s'écria-t-il. — Chacun pour soi, dit Rastignac. Et d'un de chambré I » ajouta-t-il en quittant Godefroid. Pendant que Rastignac manœuvrait dans Paris, voici quel aspect présentait la Bourse. i*ai un ami de province, une bête, qui me demandait en passant à la Bourse, entre quatre et cinq heures, pourquoi ce rassemblement de causeurs qui vont et viennent, ce qu'ils peuvent se dire, et pourquoi se promener après Tirrévocable fixation du cours des efléts publics. « Mon ami, lui dis-je, ils ont mangé, ils digèrent; pendant la digestion, ils font des cancans sur le voisin ; sans cela, pas de sécurité commerciale à Paris. Là se lancent les affaires, et il y a tel homme, Palma, par exemple, dont l'autorité est semblable à celle de Sinard à l'Académie royale des sciences. Il dit : « Que la spéculation se fasse I » et la spéculation est faite. — Quel homme, messieurs, dit Blondet, que ce juif qui possède

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vTODS dans les intérêts de Nucingen. » Werbrust comprit alors le tour à faire et serra la main de du Tillet en lui jetant le regard d'une femme qui fait une niche à sa voisine. « Eh bien, vous savez la nouvelle? leur dit Martin Falleix. La maison Nucingen suspend I — Bahl répondit Werbrust; n'ébruitez dpnc pas cela, laissez les g6ns qui ont de son papier faire leurs affaires. — Savez-vous la cause du désastre?... dit Claparon en intervenant. — Toi, tu ne sais rien, lui dit du Tillet, il n*y aura pas le moindre désastre, il y aura un payement int^ral. Nucingen recommencera les affaires et trouvera des fonds tant qu'il en voudra chez moi. Je sais la cause de la suspension : il a disposé de tous ses capi-^ taux en faveur du Mexique, qui lui retourne des métaux, des canons espagnols si sottement fondus qu'il s'y trouve de Tor, des cloches, des argenteries d'église, toutes les démolitions de la monarchie espagnole dans les Indes. Le retour de ces valeurs tarde* Le cher baron est gêné, voilà tout. — C'est vrai, dit Werbrust, je prends son papier à vingt pour cent d'escompte. » La nouvelle circula dès lors avec la rapidité du feu sur une meule de paille. Les choses les plus contradictoires se disaient. Mais il y avait une telle confiance à la maison Nucingen, toujours à cause des deux précédentes liquidations, que tout le monde gardait le papier Nucingen. « Il faut que Palma nous donne un coup de main, » dit Werbrust. Palma était l'oracle des Keller, gorgés de valeurs Nucingen. Un mot d'alarme dit par lui suffisait. Werbrust obtint de Palma qu'il sonnât un coup de cloche. Le lendemain, l'alarme régnait à la Bourse. Les Keller, conseillés par Palma, cédèrent leurs valeurs à dix pour cent de remise, et firent autorité à la Bourse : on les savait très-fins. Taillefer donna dès lors trois cent mille francs à vingt pour cent, Martin Falleix deux cent mille à quinze pour cent. Gigonnet devina le coup! Il chauffa la panique afin de se procurer du papier Nucingen pour gagner quelque deux ou trois pour cent en le céd^t à Werbrust. Il avise, dans un coin de la Bourse, le pauvre Matifat, qui avait trois cent mille francs chez Nucingen. Le droguiste, pâle et blême, ne vit pas sans frémir le terrible Gigonnet, l'escompteur de son ancien quartier, venant à lui pour le scier en deux. (( Ça va mal, la crise se dessine. Nucingen arrange I mais ça ne vous regarde pas, père Matifat, vous êtes retiré des affaires. —

Eh bien, vous vous Irampez, Gigoonet, je suis pincé de trois cônt mille francs avec lesquôls je voulais opérer sur les reotes d'Espigno» lis sont saiîvdii les restes d^Ëspagae vous auraient tout èArarfr, taiitii fit jMNmém««ilfiie^^ ite voW^emfUi rhpz Nucîngen comme cinquante pour cent. — J'aime mieux voîr venir la iiquidatioo, répondit MaLifat, jamais ud banquier n's donné nokn dio etûquinte^iiottr oeot. Aht i^^ ae i^ttgiassit que d& dii ^our , cent de perte, dit Tanden droguiste. — Eh bien, voulez-vous k quinsel dit Gi^nnet. — Vous me paraissez bien pressé, dit Matî- Mi — Bonsoir, dit Gigonuet. — VouleaHroïK k àmze? — Soit, » dit Gigoûoetp Ddui millions furent TactotAï le aoir «t balances chei Nucingeo par du Tillet» pour îe compte de ces trois associés for* tuita, qui, le lendemain, louchèreat leur prime. La vieille, jolie^ Ifititt blMftM d'AlA^j^ é^itm^ &im lea dma ilke et âodè* Utiât lorsque Rastignac vint d'un air dipiomatique engager la n0l«i«atioii sur la crise ûnancière. Le baron dô Nucingea avait wi lira aiéellM fOtfr ft ftttittB dWdrigK«-, il a'Aait mangé, en cas de malheur, pour couvrir le compte de la baronne par ses meilleures valeurs, des iQtioQS dans les min^ de plomb ti^entifèrei miis, pour la sûreté de la baitmne, eHe devait le prier d'emplo^ir^ ainsi les fonds, o Ce pauvre Nucingen, dit la baronne, et que lui arrive-t-il donc? — Il est en Belgique; sa femme demande une séparation de biens; mais il est allé chercher des ressources chez des banquiers. — Mon Dieu, cela me rappelle mon pauvre mari I Cher monsieur de Rastignac, comme cela doit vous faire mal, à vous, si attaché à cette maison-là. — Pourvu que tous les indifférents soient à Tabri, ses amis seront récompensés plus tard, il s'en tirera, c'est un homme habile. — Un honnête homme, surtout, » dit la baronne. Au bout d'un mois, la liquidation du passif de la maison Nucingen était opérée, sans autres procédés que les lettres par lesquelles chacun demandait l'emploi de son argent en valeurs désignées et sans autres formalités de la part des maisons de banque que la remise des valeurs Nucingen contre les actions qui prenaient faveur. Pendant que du Tillet, Werbrust, Claparon, Gigonnet et quelques gens, qui se croyaient fins, faisaient revenir de l'étranger avec un pour cent de prime le papier de la maison Nucingen, car ils gagnaient encore à l'échanger contre les actions en hausse, la

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rumeur était d'autant plus grande sur la place de Paris, que personne n'avait plus rien à craindre. On babillait sur Nucingen, on Texaminait, on le jugeait, on trouvait moyen de le calomnier! Son luxe, ses entreprises! Quand un homme en fait autant, il se coule, etc. Au plus fort de ce tutti, quelques personnes furent très-étonnées de recevoir des lettres de Genève, de Bftle, de Milan, de Naples, de Gênes, de Marseille, de Londres, dans lesquelles leurs correspondants annonçaient, non sans étonnement, qu'on leur offrait un pour cent de prime du papier de Nucingen, de qui elles leur mandaient la faillite, a II se passe quelque chose, » dirent les loups-cerviers. Le tribunal avait prononcé la séparation de biens entre Nucingen et sa femme. La question se compliqua bien plus encore : les journaux annoncèrent le retour de M. le baron de Nucingen, lequel était allé s'entendre avec un célèbre industriel de la Belgique pour l'exploitation d'anciennes mines de charbon de terre, alors en souffrance, les fosses des bois de Bossut. Le baron reparut à la Bourse, sans seulement prendre la peine de démentir les rumeurs calomnieuses qui avaient circulé sur sa maison, il dédaigna de réclamer par la voie des journaux, il acheta pour deux millions un magnifique domaine aux portes de Paris. Six semaines après, le journal de Bordeaux annonça l'entrée en rivière de deux vaisseaux chargés, pour le compte de la maison Nucingen, de métaux dont la valeur était de sept millions. Palma, Werbrust et du Tillet comprirent que le tour était fait, mais ils forent les seuls à le comprendre. Ces écoliers étudièrent la mise en scène de ce puff financier, reconnurent qu'il était préparé depuis onze mois, et proclamèrent Nucingen le plus grand financier européen. Rastignac n'y comprit rien, mais il y avait gagné quatre cent mille francs que Nucingen lui avait laissé tondre sur les brebis parisiennes, et avec lesquels il a doté ses deux sœurs. D'Aiglemont, averti par son cousin Beaudenord, était venu supplier Rastignac d'accepter dix pour cent de son million, s'il lui faisait obtenir l'emploi du million en actions sur un canal qui est encore à faire, car Nucingen a si bien roulé le gouvernement dans cette affaire-là, que les concessionDaires du canal ont intérêt à ne pas le finir. Charles Grandet a imploré ramant de Delphine pour qu'il lui fasse échanger son argent contre des actions. Enfin, Rastignac a joué pendant dix jours le rôle de

Law supplié par les j)l us jolies diiclu-sscs Je Ifin iJi^uoer de^ acdoos, ôt aujaard'hui le gaxâ peut avoir guarante millù livrer da rente ûmi rorigine vient des actioa^ da&s les mism de plomb argeatifèrep Si tout le ïiWHiâ gtgoat qui dooc a perdu ? dit F'nwu — Conclusion, reprit Bixîou. Alléchés par le pseudo-dividende qu'ils touchèrent quelques mois après récbange de leur argeiu^ MUre tes aeÉh&ir ta mmpm à^àii^mm «t Be&ndeiiOTd lw| ^ dèrent (je vous les pose pour tous los autres), ils avaient trois pou C6iat da plus que ieurs capitaux, ils cJiantùreat les louanges

; «1^1» dtfiteitfîraâi tu momêBt mêsm ob il fte soapçôiiiié 4i iQ^iôlid^e sea payementâ» Godefroid épousa sa chère Isa are, et MQUE pour cent mille francs d'actions daas les miaes. A rocxasicm de ce mariage, les T^ucingeo donnèrent un bal dcint la magmâcence Mrpiaia Tidd» ffi^oa m'en faisait- Delpliine alHik lajtumi&ftriéi nnu chaniiftnt& parure en rubis. Isaure dansa^ OOD plus eo jMUIft Mie, mais m femme banrense. U petite baroMt ftit giia que ftiBiift'lkeiiiMâei ti femme d'io^foiiarw dm

Barcdonc? eûtendil 111 milieu de ce bal du Tillet lui conseillant sèchement d'ètrt 'HUritoe Desrpches. Desrodius, chau0é par les Nucingen, par Hestignac, essaja de traita les slhirea d*int6rili mais, aux premiers mots d'actions des mines donn^ïes en dot, it rompit et se retourna vers les Matifat. Rue du Cherche-Midi, l'avoué trouva les damnées actions sur les canaux que Gigonnet avait fourrées à Matifat au lieu de lui donner de Targent. Vois-tu Desroches rencontrant le râteau de Nucingen sur les deux dots qu'il avait couchées en joue I Les catastrophes ne se firent pas attendre. La société Claparon fit trop d'affaires, il y eut engorgement, elle cessa de servir les intérêts et de donner des dividendes, quoique ses opérations fussent excellentes. Ce malheur se combina avec les événements de 1827. En 1829, Claparon était trop connu pour être Thomme de paille de ces deux colosses, et il roula de son piédestal à terre. De douze cent cinquante francs, les actions tombèrent à quatre cents francs, quoiqu'elles valussent intrinsèquement six cents francs. Nucingen, qui connaissait leur prix intrinsèque, racheta. La petite baronne d'AIdrigger avait vendu ses actions dans les mines qui ne rapportaient rien, et Godefroid vendit celles de sa femme par la même raison. De même que la baronne, Beaudenord avait

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échangé ses actions de mines contre les actions de la société Claparon. Leurs dettes les forcèrent à vendre en pleine baisse. De çe qui leur représentait sept cent mille francs, ils eurent deux cent trente mille francs. Ils firent leur lessive, et le reste fut prudemment placé dans le trois pour cent à soixante-quinze. Godefroid, si heureux garçon, sans soucis, qui n'avait qu'à se laisser vivre, se vit chargé d'une petite femme béte comme une oie, incapable de supporter rinfortune, car, au bout de six mois, il s'était aperçu du changement de l'objet aimé en volatile; et,, de plus, il est chargé d'une belle-mère sans pain qui rêve toilettes. Les deux familles se sont réunies pour pouvoir exister. Godefroid fut obligé d'en venir à faire agir toutes ses protections refroidies pour avoir une place de mille écus au ministère des finances. Les amis?... aux eaux. Les parents?... étonnés, promettant : Comment, mon cher, mais comptez sur moi! Pauvre garçon! Oublié net un quart d'heure après, Beaudenord dut sa place à l'influence de Nucingen et de Vandenesse. Ces gens si estimables et si malheureux logent aujourd'hui, rue du Mont-Thabor, à un troisième étage au-dessus de l'entre-sol. L'arrière-petite perle des Adolphus, Malvina, ne possède rien, elle donne des leçons de piano pour ne pas être à charge à son beau-frère. Noire, grande, mince, sèche, elle ressemble à une momie échappée de chez Passalacqua qui court à pied dans Paris. En 1830, Beaudenord a perdu sa place, et sa femme lui a donné un quatrième enfant. Huit maîtres et deux domestiques (Wirth et sa femme)! argent : huit mille livres de rente. Les mines donnent aujourd'hui des dividendes si considérables, que l'action de mille francs vaut mille francs de rente. Rastignac et madame de Nucingen ont acheté les actions vendues par Godefroid et par la baronne. Nucingen a été créé pair de France par la révolution de Juillet, et grand officier de la Légion d'honneur. Quoiqu'il n'ait pas liquidé après 1830, il a, dit-on, seize à dix-huit millions de fortune. Sûr des ordonnances de Juillet, il avait vendu tous ses fonds et replacé hardjment quand le trois pour cent fut à quarante-cinq ; il a fait croire au château que c'était par dévouement, et il a dans ce temps avalé, de concert avec du Tillet, trois millions à ce grand drôle de Philippe Bridau I Dernièrement, en passant rue de Rivoli pour aller au bois de Boulogne , notre baron aperçut sous les arcades la baronne d'Al-

SCÈHtS D£ LA Tl£ FARISIÊNKE.

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««in des Alpet, or #9 #i pvt

eîi de !*oa malbenr que tes causes de soo opaleooe, |aii SÛT la paafre Malviai, modèle des dévouemeats bi^uqniei,

d^être b jetioe fiJJe; et Wirlh Im mémi m porâpïaie à h — FoUà cei £A«f«ir dil le baroa & M* Ooiom, «m aiiiustit afiacteqtid il aOaii se prâaieaer, Mf « «'g ai Mm^ti m wÊàm

la tfyrdew. La pmtrmqus à brm^bu hméi^ wMÊeaÊmÊBm baufre Pemlenard, Beaadeoard est rentré atti fioaiioes ^ les sois) de Nudogeo, goe les d'Àldrigger vameai ooauoe itii bénis d*aiiiitii etr it Mille loejmi la fieiils iMifèm des sises iUes à m esl impossible a qm qne cesoïl aQ monde de dëmaolrer ^ cet hoamie a« par trois fois et sans d&actioo, tooIo vqier fopablie mtrichi psr loi, malgré ]ttL iMomie ii> de refHDclte i In Utre. Qui viendrait dire que la Uaiiie banque est sunveûi m œupe- 0Ofge oommeuraii ta plus io^igne cajornoie. Si les ettm baoaseut ei bsias^ 4 Iss yiIws augmeotsat si m û&AiomÊ^ ss itt il rsfltisest produit par ud mouvement mutael, atm<iapliériqiiet rapport avec TînAuenoe de la lune, et le grand Arago est coupable de ne donner aucune théorie scientifique sur cet important phénomène. U résulte seulement de ceci une vérité pécuniaire que je n'ai vue écrite nulle part...

— Laquelle?

— Le débiteur est plus fort que le créancier.

— Oh! dit Blondet, moi, je vois dans ce que nous avons dit la paraphrase d'un mot de Montesquieu, dans lequel il a concentré VEsprit des lois.

— Quoi? dit Finot.

— Les lois sont des toiles d*araignée à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites.

— Où veux-tu donc en venir? dit Finot à Blondet.

— Au gouvernement absolu, le seul où les entreprises de l'esprit contre la loi puissent être réprimées I Oui, l'arbitraire sauve les peuples en venant au secours de la justice, car le droit de grâce n'a pas d'envers ; le roi, qui peut gracier le banqueroutier frauduleux,

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ne rend rien à la victime oepouiiiée. La légalité tue la société moderne.

— Fais comprendre cela aux électeurs! dit Bixiou.

— Il y a quelqu'un qui s'en est chargé.

— Qui?

— Le temps. Comme Ta dit l'évêque de Léon : « Si la liberté est ancienne, la royauté est éternelle ; » toute nation saine d'esprit y reviendra sous une forme ou sous une autre.

— Tiens,' il y avait du monde à côté, dit Finot en nous entendant sortir.

— Il y a toujours du monde à côté, répondit Bixiou, qui devait être aviné.

Paris, Dovembre 1837.

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