‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 12 sur 325 · SCÈNE IX Les Mêmes, LE DUC · texte numérisé non relu

SCÈNE IX Les Mêmes, LE DUC

Il est entré pendant que la duchesse prononçait les dernières paroles. LE DUC.

C'est pour me le remettre, madame.

LA DUCHESSE

Depuis quand, monsieur, entrez-vous chez moi sans vous faire annoncer et sans ma permission?

Depuis que vous manquez à nos conventions, madame'; vous aviez juré de ne faire aucune démarche pour retrouver ce... votre fils... À cette condition seulement j'ai promis de le laisser vivre.

THÉÂTRE

LA DUCHESSE

Et n'y a-t-il pas plus d'honneur à trahir un pareil serment qu'à tenir tous les autres?

LE DUC

Nous SQmmes dès lors déliés tous deux de nos engagements.

LA DUCHESSE

Avez-vous respecté les vôtres jusqu'à ce jour?

LE DUC

Oui, madame.

LA DUCHESSE

Vous l'entendez, ma tante, et vous témoignerez de ceci.

MADEMOISELLE DE VAUDREY

Mais, monsieur, n'avez-vous jamais pensé que Louise est innocente ?

LE DUC

Mademoiselle de Vaudrey, vous devez le croire, vous! Et que ne donnerais-je pas pour avoir cette opinion ! Madame a eu vingt ans pour me prouver son innocence.

Depuis vingt ans, vous frappez sur mon cœur, sans pitié, sans relâche. Vous n'étiez pas un juge, vous êtes un bourreau.

LE DUC

Madame, si vous ne me remettez cet acte, votre Fernand aura tout à craindre. A peine rentrée en France, vous vous êtes procuré cette pièce; vous voulez vous en faire une arme co itre moi ; vous voulez donner à votre fils un nom et une fortune qui ne lui appartiennent pas; vous voulez le faire entrer dans une famille où la race a été conservée pure jusqu'à moi par des femmes sans tache, une famille qui ne compte pas une mésalliance...

LA DUCHESSE

Et que votre fils Albert continuera dignement.

LE DUC

Imprudente! vous excitez de terribles souvenirs. Et ce dernier mot me dit assez que vous ne reculerez pas devant un scandale qui nous couvrira tous de honte. Irons-nous dérouler devant les tribunaux un passé qui ne me laisse pas sans reproche, mais où

VOUS êtes infâme? (M se tourne vers mademoiselle de Vaudrey.) Elle ne VOUS

VAUTRIN

a sans doute pas tout dit, ma tante? Elle aimait le vicomte de Langeac, je le savais, je respectais cet amour, j'étais si jeune ! Le vicomte vint à moi : sans espoir de fortune, le dernier des enfants de sa maison, il prétendit renoncer à Louise de Vaudrey pour ellemême. Confiant dans leur mutuelle noblesse , je l'accepte pure de ses mains. Ah! j'aurais donné ma vie pour lui, je l'ai prouvé. Le misérable fait, au 10 août, des prodiges de valeur qui le signalent à la rage du peuple; je le confie à F un de mes gens; il est découvert, mis à l'Abbaye. Quand je le sais là, tout l'or destiné à notre fuite, je le donne à ce Bouiard, que je décide à se mêler aux septembriseurs pour arracher le vicomte à la mort, je le sauve! (a madame de Montsorei.) Et il a bien payé sa dette, n'est-ce pas, madame? Jeune, ivre d'amour, violent, je n'ai pas écrasé cet enfant! Vous me récompensez aujourd'hui de ma pitié comme votre amant m'a récompensé de ma confiance. Eh bien, voici les choses au point où elles en étaient, il y a vingt ans — moins la pitié. Et je vous dirai comme autrefois : Oubliez votre fils, il vivra.

MADEMOISELLE DE VAUDREY

Et ses souffrances pendant vingt ans, ne les comptez-vous pour rien? •

LE DUC

La grandeur du repentir accuse la grandeur de la faute.

LA DUCHESSE

Ah! si vous prenez mes douleurs pour des remords, je vous crierai pour la seconde fois : Je suis innocente ! Non, monsieur, Langeac n'a pas trahi votre confiance; il n'allait pas mourir seulement pour son roi, et, depuis le jour fatal où il me fit ses adieux en renonçant à moi, je ne l'ai jamais revu.

LE DUC

Vous avez acheté la vie de votre fils en m 3 disant le contraire.

LA DUCHESSE

Un marché conseillé par la terreur peut-il compter pour un aveu ?

LE DUC

Me donnez-vou3 cet acte d3 naissance?

LA DUCHESSE

Je ne l'ai plus.

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