SCÈNE VII DUPRÉ, JOSEPH
JOSEPH
3 n'ai su qu'hier que vous étiez le défenseur de seau; je suis allé chez vous, je vous ai attendu, ; rentré trop tard; ce matin, vous étiez sorti, et, aille pour la maison, je suis entré ici par une bonne nsant que vous y viendriez, et je vous guettais...
DUPRÉ
lez-vous?
JOSEPH
>h Rinet.
DUPRÉ
ès?
)it dit sans vous offenser, j'ai quatorze cents francs ien à moi! gagnés sou à sou; je suis ouvrier tapisoncle Dumouchel, ancien marchand de vin, a des
DUPRÉ
clairement! que signifient ces préparations mysté-
JOSEPH
nts francs, c'est un denier, et on dit qu'il faut bien ats, et que c'est parce qu'on les paye bien qu'il y urais mieux fait d'être avocat, elle serait ma femme!
DUPRÉ
280 THÉÂTRE
JOSEPH
Du tout. Mes quatorze cents francs, je les ai là ; tenez, mon-
sieur, ce n'est pas une frime... Ils sont à vous!
DUPRÉ
EJt comment?
JOSEPH
Si vous sauvez M. Jules... de la mort, s'entend... et si vous obtenez de le faire déporter. Je ne veux pas sa perte; mais il faut qu'il voyage... Il est riche, il s'amusera... Ainsi, sauvez sa tête..* faites-le condamner à une simple déportation, quinze ans, pat exemple, et mes quatorze cents francs sont à vous; je vous l^s donnerai de bon cœur, et je vous ferai par-dessus le marché fauteuil de cabinet... Voilà!
DUPRÉ
Dans quel but me parlez-vous ainsi?
JOSEPH
Dans quel but? j'épouserai Paméla... j'aurai ma petite Paméls*5^
DUPRÉ
Paméla!
JOSEPH
Paméla Giraud.
DUPRÉ
Quel rapport y a-t-il entre Paméla Giraud et Jules Rousseau?
JOSEPH
Ah çà ! moi qui croyais que les avocats étaient payés pour avoir"* mT de l'instruction et savaient tout... Mais vous ne savez donc rien,.*- * monsieur? Je ne m'étonne pas qu'il y en a qui disent que les avo— — ^ cats sont des ignorants. Mais je retire mes quatorze cents francs. — -Sf Paméla s'accuse, c'est-à-dire m'accuse d'avoir livré sa tête au bourreau, et, vous comprenez, s'il est sauvé surtout, s'il est dé- — '** porté, je me marie, j'épouse Paméla, et, comme le déporté ne se trouve pas en France, je n'ai rien à craindre dans mon ménage. — ' Obtenez quinze ans; ce n'est rien, quinze ans pour voyager, et j'ai * J le temps de voir mes enfants grandis, et ma femme arrivée à un âge... Vous comprenez?...
PAMÉLA GIRÀUD.
DU PRÉ, à lui-même.
11 est naïf, au moins, celui-là... Ceux qui calculent ainsi à haute voix et par passion ne sont pas les plus mauvais cœurs.
JOSEPH
Ah çà! qu'est-ce qu'il se dit? Un avocat qui se parle à luimême, c'est comme un pâtissier qui mange sa marchandise... Monsieur?...
DUPRÉ
Paméla l'aime donc, M. Jules?
JOSEPH
Dame! vous comprenez..., tant qu'il sera dans cette position, c'est bien intéressant.
dupré. % Ils se voyaient donc beaucoup?
JOSEPH
Trop!... Oh! si j'avais su, moi, je l'aurais bien fait sauver.
DUPRÉ
Elle est belle?
JOSEPH
Qui?... Paméla?... c'te farce!... Ma Paméla!... comme l'Apollon du Belvédère.
DUPRÉ
Gardez vos quatorze cents francs, mon ami, et, si vous avez bon cœur, vous et votre Paméla, vous pourrez m' aider à le sauver ; car ^1 y va de le laisser ou de l'enlever à l'échafaud.
Monsieur, n'allez pas dire un mot à Paméla; elle est au déespoir.
DUPRÉ
Pourtant il faut faire en sorte que je la voie ce matin.
JOSEPH
Je le lui ferai dire par son père et sa mère.
DUPRÉ
Ah ! il y a un père et une mère? (a part.) Cela coûtera beaucoup ^ argent. (Haut.) Qui sont-ils?
JOSEPH
D'honorables portiers.
THÉÂTRE
DCPRÉ.
Bon!
JOSEPH
Le père Giraud est un tailleur ruiné.
DU PRÉ
Bien... Allez les prévenir de ma visite... et, sur toute chose, \e plu3 profond secret, ou vous sacrifiez M. Jules.
JOSEPH
Je suis muet.
Nous ne nous sommes jamais vus.
JOSEPH
Jamais. •
DUPRÉ
Allez.
JOSEPH
Je Vais... (Il se trompe de porte.)
DUPRÉ
Par là.
JOSEPH
Par là, grand avocat... Mais permettez-moi de vous donner un conseil : un petit bout de déportation ne lui ferait pas de mal î & lui apprendrait à laisser le gouvernement tranquille.