SCÈNE IV DUPRÉ, DE VERBY
DUPRÉ
Vous ici, monsieur, quand tout le monde vous croit à cinquante Ueues de Paris!
dk v l n B y.
Je suis arrivé ce matia
THÉÂTRE
DUPRÉ
Sans doute un intérêt puissant...?
Non pour moi, mais je n'ai pu rester indifférent... Vous pouve^^z m'être utile.
DUPRÉ
Trop heureux, monsieur, de pouvoir vous servir.
DE VERBY.
Monsieur Dupré, les circonstances dans lesquelles nous doim^bs
sommes rencontrés m'ont mis dans la position de vous appréciet s.
Parmi les hommes que leurs talents et leur caractère m'ont foie— sé d'estimer, vous vous êtes placé au premier rang!...
DUPRÉ
Ah! monsieur, vous allez me forcer de déclarer que vous, ai«r^acien officier de l'Empire, vous m'avez paru résumer complètement^ cette époque glorieuse, par votre loyauté, votre courage et votr — »e indépendance, (a pan.) J'espère que je ne lui dois rienl
DE VERBY.
Je puis donc compter sur vous?
DUPRÉ
Entièrement.
DE VERBY.
Je vous demanderai quelques renseignements sur la jeun ^=3e Paméla Giraud.
DUPRÉ
J'en étais sûr!
DE VERBY.
La famille Rousseau s'est conduite indignement.
Monsieur aurait-il mieux agi?
DE VERBY.
Je compte m' employer pour elle! Depuis son arrestation comm» ^e faux témoin, où en est l'affaire?
DUPRÉ
Oh! c'est pour vous d'un bien mince intérêt.
DE VERBY.
Sans doute... mais...
PAMÉLA GIRAUD. 3Î3
DUPRÉ, à part.
II veut adroitement me faire jaser, et savoir s'il peut se trouver compromis. (Haut ) Monsieur le général de Verby, il y a dés hommes qui sont impénétrables dans leurs projets, dans leurs pensées. Leurs actions, les événements seuls les révèlent ou les expliquent; ceux-là sont des hommes forts... Je vous prie humblement d'excuser ma franchise, mais je ne vous crois pas de ce nombre.
DE VERBY.
^Monsieur, ce langage... Vous êtes un homme singulier!...
DUPRÉ
^Nlieux que cela!... je crois être un homme original... Écoutezmoi... vous parlez ici à demi-mots, et vous croyez, futur ambassade ut t, faire sur moi vos études diplomatiques; vous avez mal choisi votre sujet, et je vais vous dire, moi, ce que vous ne voulez pas m"* apprendre. Ambitieux, mais prudent, vous vous êtes fait le chef d'urie conspiration... Le complot échoué — preuve de courage! — sans vous inquiéter de ceux que vous aviez mis en avant, impatient arriver, vous avez pris un autre sentier : vous vous êtes rallié, renégat politique, vous avez encensé le nouveau pouvoir, — preuve «^indépendance! — Vous attendez une récompense... Ambassadeur à Turin!... dans un mois, vous recevrez vos lettres de créance; mais ^Onéla est arrêtée, on vous a vu chez elle, vous pouvez être compromis dans cette affaire de faux témoignage ! Alors, vous accourez, tremblant d'être démasqué, de perdre cette faveur, prix de tant ^^tïorts!... vous venez à moi, l'air obséquieux, la parole doucere*ase, croyant me rendre votre dupe, preuve de loyauté!... Eh kï^n, vous avez raison de craindre... Paméla est entre les mains la justice, elle a tout dit.
DE VERBY.
<3ue faire, alors?
DUPRÉ
J'ai un moyen!... Écrivez à Jules que vous lui rendez sa parole; ^ï**^ mademoiselle de Verby reprenne la sienne.
' DE VERBY.
y pensez-vous?
THÉÂTRE
DUPRÉ
Vous trouvez que les Rousseau se sont conduits indignement... vous devez les mépriser!...
DE VERBY.
Vous le savez..., des engagements...
DUPRÉ
Voici ce que je sais : c'est que votre fortune particulière n'e* guère en rapport avec la position que vous ambitionnez... Madame du Brocard, aussi riche qu'orgueilleuse, doit vous venir en aide, si cette alliance...
DE VERBY.
Monsieur... une pareille atteinte à ma dignité!
Que cela soit faux ou vrai, faites ce que je vous demande!...) ce prix-là, je tâcherai que vous ne soyez pas compromis... mais écrivez... ou tirez-vous de là comme vous pourrez!... Tenez, fentends des clients...
DE VERBY.
Je ne veux voir personne!... On me croit parti... la famille même de Jules...
LE DOMESTIQUE, annonçant.
iMadame du Brocard!
DE VERBY. .
0 Ciel ! (Il entre vivement dans le cabinet de droite.)