‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 212 sur 325 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, hors FERDINAND, RAMEL, LE JUGE et BAUDRILLON.

GODARD, à part.

\ vais savoir, dans l'instant, si Pauline aime M. Ferdinand. Ce in, qui demande en quoi est faite la justice, me paraît trèsur, il me servira. (Félix parait.)

GERTRUDE

Café ! (Félix apporte le guéridon où les tasses sont déposées. ) GODARD, qui a pris Napoléon à part.

i-tu faire une bonne farce?

372 THÉÂTRE

NAPOLÉON

Je crois bien ! Vous en savez ?

GODARD

Viens, je vais te dire comment il faut t'y prendre. (Godard n jusqu'au perron avec Napoléon. )

LE GÉNÉRAL

Pauline, mon café. (Pauline le iai apporte.) Il n'est pas assez sucré.

(Pauline lui donne du sucre.) Merci, petite.

GERTRUDE

Monsieur de Rimonville?

LE GÉNÉRAL

Godard I...

GERTRUDE

Monsieur de Rimonville?

LE GÉNÉRAL

Godard, ma femme vous demande si vous voulez du café?

GODARD

Volontiers, madame la comtesse, (n vient à une place d'où n p*>t

observer Pauline.)

Oh! que c'est agréable de prendre son café bien a?sis!

NAPOLÉON

Maman, maman! mon bon ami Ferdinand vient de tomber; ^ s'est cassé la jambe, car on le porte.

VERNON

Ah bah!

LE GÉNÉRAL

Quel malheur!

PAULINE

Ah! mon Dieu! (Elle tombe sur un fauteuil.)

GERTRUDE

Que dis-tu donc là ?

NAPOLÉON

C'est pour rire! Je voulais voir si vous aimiez mon bon ami -

GERTRUDE

C'est bien mal, ce que tu fais là; tu n'es pas capable d'inv*^11 de pareilles noirceurs?

LA MARATRE

NAPOLÉON , tout bas.

C'est Godard.

Il est aimé, elle a été prise à ma souricière, qui est infaillible.

GERTRUDE, à Godard, à qui elle tend un petit verre.

Savez-vous, monsieur, que vous seriez un détestable précepteur! Cest bien mal à vous d'apprendre de semblables méchancetés à un enfant.

GODARD

Vous trouverez que j'ai très-bien fait, quand vous saurez que, par ce petit stratagème de société, j'ai pu découvrir mon rival, (n

montre Ferdinand, qui entre.)

GERTRUDE, elle laisse tomber lo sucrier.

Lui!

GODARD, à part.

Elle aussi!

GERTRUDE, haut.

Vous m'avez fait peur.

LE GÉNÉRAL, qui s'est levé.

Qu' as-tu donc, ma chère enfant?

GERTRUDE

Rien ; une espièglerie de monsieur, qui m'a dit que le procureur du roi revenait. — Félix, emportez ce sucrier, et donnez-en un autre.

VERNON

Cest la journée aux événements.

GERTRUDE

Monsieur Ferdinand, vous allez avoir du sucre, (a part.) Il ne la rogarde pas. (Haut.) Eh bien, Pauline, tu ne prends pas un morceau sucre dans le café de ton père?

NAPOLÉON

Ah bien, oui! elle est trop émue; elle a fait : « Ah ! »

PAULINE

Veux-tu te taire , petit menteur ! tu ne cesses de me taquiner.

' ^Ile s'assied sur son père et prend un canard.)

GERTRUDE

Ce serait vrai? et moi qui l'ai si bien habillée! (a Godard.) Si vous

THÉÂTRE

aviez raison, votre mariage se ferait dans quinze jours. (Haut.) Monsieur Ferdinand, votre café.

GODARD, à part.

J'en ai donc pris deux dans ma souricière! Et le général si calme, si tranquille, et cette maison si paisible!... Ça va devenir drôle... je reste, je veux faire le whist! Oh! je n'épouse plus. (Montrant Ferdinand.) En voilà-t-il un homme heureux ! aimé de deux ^ femmes charmantes, délicieuses! quel factotum! Mais qu'a-t-il ^ donc de plus que moi, qui ai quarante mille livres de rente?

GERTRDDE.

Pauline , ma fille, présente les cartes à ces messieurs pour 1^ whist. Il est bientôt neuf heures ; s'ils veulent faire leur partie, j ne faut pas perdre de temps. (Pauline arrange les cartes.) Allons, Napcrrr> léon, dites bonsoir à ces messieurs, et donnez bonne opinion vous, en ne gaminant pas comme vous faites tous les soirs.

NAPOLÉON

Bonsoir, papa. Comment donc est faite la justice?

Comme un aveugle! Bonne nuit, mon mignon!

NAPOLÉON

Bonsoir, monsieur Vernon! De quoi est donc faite la justice?

VERNON

De tous nos crimes. Quand tu as commis une sottise, on te donne le fouet ; voilà la justice.

NAPOLÉON

Je n'ai jamais eu le fouet.

VERNON

On ne t'a jamais fait justice, alors!

NAPOLÉON

Bonsoir, mon bon ami! — Bonsoir, Pauline! — Adieu, monsieur Godard...

GODARD

De Rimonville.

NAPOLÉON, à sa mèro.

Ai-je été gentil? (Gertrude l'embrasse.)

LE GÉNÉRAL

fai le roi.

LA MARATRE

Moi, la dame.

FERDINAND , à Godard.

Monsieur, nous sommes ensemble.

GERTRUDE, voyant Marguerite.

Dis bien tes prières, ne fais pas enrager Marguerite... Va, cher amour.

NAPOLÉON

Tiens, cher amour!... En quoi c'est-y fait l'amour? (n s'en va.)

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