SCÈNE V GERTRUDE, LE GÉNÉRAL, PAULINE
LE GÉNÉRAL, il embrasse sa fille.
Tu ne m'as seulement pas dit bonjour, fille dénaturée!
PAULINE, elle l'embrasse.
Mais aussi tu commences par quereller à propos de rien... ^ vous déclare, monsieur mon père, que je vais entreprendre votre éducation... Il est bien temps, à ton âge, de te calmer le sang-
LA MARATRE
n jeune homme n'est pas si vif que toi ! Tu as fait peur à Mar- .lerite, et, quand les femmes ont peur, elles font des petits mentnges, et l'on ne sait rien...
LE GÉNÉRAL, à part.
Tirez-vous de là! (Haut.) Votre conduite, mademoiselle ma fille, est pas de nature à calmer le sang... Je veux te marier, je te •opose un homme jeune...
PAULINE
Beau, surtout, et bien élevé !
LE GÉNÉRAL
Allons, silence, quand votre père vous parle, mademoiselle. Un >mme qui possède une magnifique fortune, au moins sextuple de . vôtre, et tu le refuses... Tu le peux, je te laisse libre; mais, si i ne veux pas de Godard, dis-moi qui tu choisis, d'autant plus ne je le sais...
PAULINE
Ah! mon père..., vous êtes plus clairvoyant que moi... Qui *t-ce?
Un homme de trente à trente-cinq ans, qui me plaît à moi plus ne Godard, quoiqu'il soit sans fortune... 11 fait déjà partie de la mille.
PAULINE
Je ne vous vois pas de parents ici.
LE GÉNÉRAL
Qu'as-tu donc contre ce pauvre Ferdinand, pour ne pas vouir...?
PAULINE
Ah! ah! qui vous a fait ce conte-là? je parie que c'est madame s Grandchamp.
LE GÉNÉRAL
Un conte! ce n'est donc pas vrai? tu n'as jamais pensé à ce %ave garçon?
PAULINE
Jamais !
GERTRUDE, bas, au général.
Elle ment! observez-la.
THÉÂTRE
PAULINE
Madame a sans doute des raisons pour me supposer un attachement pour le commis de mon père. Oh! je te vôis, elle te fera dire : « Si votre cœur, ma fille, n'a point de préférence, épousez Godard! » (Bas, à Gertrude.) Ce trait, madame, est infâme! me faire abjurer mon amour devant mon père! Oh! je me vengerai!
GERTRUDE
A votre aise; mais vous épouserez Godard.
* LE GÉNÉRAL, à part.
Seraient-elles mal ensemble?... Je vais interroger Ferdinand. (Haut.) Que dites-vous donc entre vous?
GERTRUDE
Ta fille, mon ami, m'en veut de ce que j'ai pu la croire éprise d'un subalterne; elle en est profondément humiliée.
LE GÉNÉRAL
C'est décidé, tu ne l'aimes pas?
PAULINE
Mon père, je... je ne vous demande pas à me marier! je suis heureuse ! la seule chose que Dieu nous ait donnée en propre, à nous autres femmes, c'est notre cœur... Je ne comprends pas pourquoi madame de Grandchamp, qui n'est pas ma mère, se mêle de mes sentiments.
GERTRUDE
Mon enfant, je ne veux que votre bonheur. Je suis votre bellem£re, je le sais; mais, si vous aviez aimé Ferdinand, j'aurais...
LE GÉNÉRAL, baisant la main de Gertrude.
Que tu es bonne !
PAULINE, à part.
J'étouffe!... Ah ! je voudrais lui faire bien du mal !
GERTRUDE
Oui, je me serais jetée aux pieds de votre père pour obtenir son consentement, s'il l'avait refusé.
Voici Ferdinand, (a part.) Je vais le questionner à ma manière, je saurai peut-être quelque chose.
LA MARATRE